Une coalition dénonce la contradiction du projet de loi 106

«Il y a une contradiction entre l’exploitation des hydrocarbures et la transition énergétique qui doit aider à se sortir des énergies fossiles», a indiqué en conférence de presse Patrick Bonin, de Greenpeace (au micro sur notre photo).
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Il y a une contradiction entre l’exploitation des hydrocarbures et la transition énergétique qui doit aider à se sortir des énergies fossiles», a indiqué en conférence de presse Patrick Bonin, de Greenpeace (au micro sur notre photo).

Diviser pour mieux légiférer. À l’approche de la rentrée parlementaire, le Front commun pour la transition énergétique a qualifié une nouvelle fois de « suspecte » la volonté du gouvernement Couillard d’inclure l’exploitation des hydrocarbures dans son projet de loi 106 sur la mise en oeuvre de la Politique énergétique 2030. Dimanche, le groupe a d’ailleurs sommé Québec de scinder en deux ce cadre législatif en construction, afin que l’exploitation des matières fossiles ne soit pas diluée dans la question de la transition énergétique, et ce, au mépris du territoire Québécois et des habitants.

« Il y a une contradiction entre l’exploitation des hydrocarbures et la transition énergétique qui doit aider à se sortir des énergies fossiles, a indiqué en conférence de presse Patrick Bonin, de Greenpeace. C’est un peu comme si un projet de loi contre le tabagisme contenait une partie sur le soutien aux producteurs de tabac. Ce projet de loi doit être divisé en deux pour prendre le temps de bien évaluer cette exploitation et son impact le Québec. »

Un projet qui n’avancera pas

L’adoption du principe de ce projet de loi est imminente et elle inquiète le Front commun, composé de représentants du monde municipal, agricole, de scientifiques, de regroupements de citoyens et de plusieurs élus de l’opposition. « L’exploitation des hydrocarbures va être un boulet dans ce projet de loi qui, pour cette raison, ne va pas avancer », aux dépens d’une mutation vers des sources d’énergie renouvelable pourtant essentielle, a indiqué Alain Therrien, porte-parole du Parti québécois (PQ) en matière d’énergie et de ressources naturelles.

Avec sa collègue Manon Massé, de Québec solidaire, il compte d’ailleurs déposer une demande officielle de scission du projet dès la reprise des travaux parlementaires, « par respect pour le Québec et les Québécois ».

Pour le regroupement, l’encadrement législatif de l’exploitation des hydrocarbures ne peut pas se faire à la hâte étant donné les enjeux sociaux, environnementaux et territoriaux importants qui accompagnent cette quête de pétrole et de gaz actuellement. Le sol du Québec contient des « hydrocarbures extrêmes », a rappelé Mme Massé, soit du pétrole et du gaz de schiste qui induisent généralement la fracturation hydraulique pour y accéder, mais également des hydrocarbures se trouvant dans des milieux marins fragiles. Les risques de pollution des sources d’eau potable et la destruction d’écosystème par cette exploitation sont, du coup, très élevés, dit-elle.

Le Front commun s’inquiète également des droits que ce projet de loi se prépare à donner aux compagnies pétrolières en matière d’accès au territoire et d’expropriation des citoyens pour mener à bien l’exploitation de ces ressources. « C’est un projet qui va livrer le territoire aux entreprises titulaires de licences d’exploitation, a indiqué Carole Dupuis, porte-parole du Regroupement vigilance hydrocarbure Québec. Les Québécois ne seront plus chez eux. Le gouvernement doit prendre la mesure de l’opposition à ce projet de loi et prendre le temps d’avoir un débat ouvert et sain sur la question de l’exploitation des hydrocarbures. »

C’est cette semaine que l’Assemblée nationale doit voter sur le principe du projet de loi 106 soumis aux élus par le Parti libéral. Outre le PQ et QS, la Coalition avenir Québec est également en faveur d’une séparation du texte de loi en deux, afin de le sortir de sa contradiction.

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