Affrontement des spécialistes avec Barrette sur la question des coûteux appareils en clinique

Les médecins spécialistes ont affirmé jeudi ne pas vouloir « assumer tous les coûts des appareils qui ont été sortis des hôpitaux ».
Photo: Amélie Daoust-Boisvert Le Devoir Les médecins spécialistes ont affirmé jeudi ne pas vouloir « assumer tous les coûts des appareils qui ont été sortis des hôpitaux ».

Les médecins spécialistes sont prêts à absorber les coûts des fournitures médicales et médicaments fournis en clinique, mais pas ceux des appareils onéreux et du personnel infirmier et technique pour les faire fonctionner. Mais Québec ne donne pas de signe de vouloir négocier quoi que ce soit avec eux.

« Nous ne demanderons pas d’argent supplémentaire pour des gouttes ou de l’azote », a convenu la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, jeudi, au lendemain de l’annonce de Québec concernant l’illégalité imminente de facturer des frais aux patients qui présentent par ailleurs leur carte d’assurance-maladie. Mais « ce ne sont pas les spécialistes qui vont assumer tous les coûts des appareils qui ont été sortis des hôpitaux », a-t-elle averti.

Différentes interventions sont concernées, comme les côlonoscopies, les infiltrations en physiatrie, des chirurgies mineures, par exemple.

Exemple des physiatres

En réaction à l’annonce de l’abolition des frais accessoires, la FMSQ avait convié les médias, jeudi, à l’Institut de physiatrie du Québec à Montréal.

Cette clinique, qui voit 10 000 patients par an, facture en moyenne 237 $ par intervention. Les médecins reçoivent aussi 91 $ de la RAMQ pour l’acte médical en tant que tel, ainsi que les frais de bureau, comme le loyer et le secrétariat. Les administrateurs de la clinique, les Drs Yves Bergeron et Marc Filiatrault, affirment que les sommes payées par les patients couvrent tout juste les frais de fonctionnement. Il s’agit de patients souffrant de diverses douleurs, des hernies discales par exemple.

Entre autres dépenses, la clinique compte trois salles dont l’aménagement et les appareils ont coûté environ 1 million de dollars chacune. Les frais couvrent aussi les salaires des infirmières et technologues.

« Le MSSS lui-même a évalué que ces interventions coûtaient 229 $ à l’hôpital, une firme externe a évalué nos coûts et nous arrivons au même constat à 5 % près », a justifié le Dr Yves Bergeron, l’un des propriétaires de la clinique.

Les Drs Bergeron et Filiatrault pratiquent tous deux au CHUM, mais ne peuvent y pratiquer d’intervention avec ce type d’appareil qu’une demi-journée par semaine chacun. Selon eux, le CHUM fait environ 700 interventions par an, contre 10 000 à la clinique.

Quant à privatiser complètement leurs activités, ils s’y refusent.

Barrette « non négociable »

En conférence de presse mercredi, le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette avait bien précisé qu’il ne donnerait « pas un sou supplémentaire » aux médecins. Il donne deux options à ceux qui ne sont pas satisfaits : opérer dans une des trois cliniques de la région de Montréal qui font l’objet d’un projet pilote avec des hôpitaux et où tous les coûts sont pris en charge par le régime public, ou bien se désaffilier complètement de la RAMQ, a rappelé son attachée de presse Julie White jeudi.

Pour le ministre, ces frais, qu’il évalue à de 10 à 13 millions de dollars sur une enveloppe de rémunération de 7 milliards, sont de toute façon assumés par les médecins dans les autres provinces.

La FMSQ conteste cette évaluation, sans être capable de chiffrer elle-même l’ampleur des sommes en jeu. Elle estime toutefois qu’ils sont bien plus élevés.


Les frais accessoires québécois étaient illégaux, dit Philpott

L’abolition des frais accessoires au Québec fera en sorte que la province respecte enfin la Loi canadienne sur la santé, qui régit les transferts en santé, s’est réjouie jeudi la ministre fédérale Jane Philpott. Tout en refusant de dire si Ottawa avait exercé des pressions afin que Québec mette fin à ces frais, la ministre fédérale de la Santé a souligné que le ministre Barrette et elle ont discuté à maintes reprises « de la nécessité pour les Canadiens d’accéder à des soins en fonction des besoins, et non pas en fonction de la capacité de payer ». La Dre Philpott a souligné, en entretien au Devoir, que le principe d’accessibilité fait partie intégrante de la Loi canadienne sur la santé. « Tout ce qui constitue une barrière à l’accès des soins est inacceptable selon cette loi, et donc on est ravis que ces barrières [aient été abolies]. Pour les soins médicalement nécessaires, on devait être sûr que les Canadiens ne se buteraient pas à des obstacles. Les frais d’utilisateurs ne sont pas permis pour des actes médicaux nécessaires, dans ce pays. »
2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 16 septembre 2016 13 h 04

    Monsieur confrontation!

    Dr Barrette: je n'ai jamais vu un ministre attirer autant la confrontation. Il semble y carburer. Est-ce une bonne chose pour le bien de notre système de santé? Je ne le crois pas. Mais le gouvernement, curieusement, le laisse aller, sans surveillance apparente.

    M.L.

  • Alain Massicotte - Inscrit 17 septembre 2016 21 h 44

    affrontement des spécialistes avec Barette sur la question des coûteux appareils en clinique

    Ces pauvres médecins spécialistes ils ne me feront pas pleurés c'est quoi leur sakaire annuel déjà plus 300 milles dollads an Je soutien Barette ppour cette fois,