Un accord de libre-échange canado-chinois serait difficile à conclure

Justin Trudeau et son homologue de la Chine, Li Keqiang
Photo: Wang Zhao Agence France-Presse Justin Trudeau et son homologue de la Chine, Li Keqiang
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et son homologue chinois, Li Keqiang, ont convenu mardi d’approfondir les relations économiques et commerciales entre les deux pays – et notamment de « discuter de négociations » pour un éventuel accord de libre-échange.

Mais l’ambassadeur du Canada à Pékin prévient que ces négociations seraient ardues, surtout au chapitre des normes du travail, de l’environnement et de l’acquisition d’entreprises privées canadiennes par des sociétés d’État chinoises.

Lors d’une conférence de presse commune tenue à Pékin au sortir de sa rencontre, mercredi, avec son vis-à-vis canadien, le premier ministre Li a précisé que le Canada et la Chine procéderont à une étude de faisabilité sur la capacité des deux pays de conclure un accord commercial, hautement souhaité par les dirigeants chinois. Aucune négociation formelle n’est cependant en cours, a-t-on immédiatement précisé du côté canadien.

Selon l’ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques, le premier ministre Trudeau a été très clair sur le cadre d’éventuelles négociations.

« Le premier ministre a rappelé que dans le cadre de toute négociation pour un accord de libre-échange, le Canada tient toujours à inclure un certain nombre d’enjeux », a indiqué aux journalistes l’ambassadeur Saint-Jacques, qui a accompagné M. Trudeau lors de sa rencontre avec le premier ministre Li puis plus tard avec le président chinois, Xi Jinping. « Le premier ministre [Trudeau] a été très clair là-dessus. »

L’acquisition d’entreprises canadiennes par des sociétés d’État chinoises inquiète beaucoup de Canadiens. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait même restreint les investissements chinois dans le secteur des sables bitumineux de l’Alberta.

M. Trudeau souhaite bien sûr accroître le commerce avec la superpuissance chinoise, mais il n’a jamais promis d’engager formellement des négociations pour un accord de libre-échange avec la Chine. Un haut fonctionnaire canadien a précisé mercredi que des discussions techniques ont eu lieu et se poursuivront, mais qu’aucune négociation formelle n’a débuté.

« Espion » canadien en prison

Le premier ministre Trudeau a aussi indiqué mercredi que les deux pays œuvreront à l’amélioration de leurs échanges culturels, touristiques et commerciaux, et qu’ils travailleront de concert pour lutter contre le réchauffement climatique. Les deux chefs de gouvernement se sont aussi entendus pour se revoir chaque année.

« Nous soulignons cette année le 45e anniversaire des relations diplomatiques entre le Canada et la Chine », a rappelé M. Trudeau lors de son allocution commune avec le premier ministre Li, dans le palais de l’Assemblée du peuple, qui domine la place Tiananmen. « Alors qu’il était premier ministre, mon père, Pierre Elliott Trudeau, a joué un rôle important pour établir un partenariat entre nos deux pays. Je suis donc très heureux de poursuivre dans cette voie aujourd’hui. »

Son homologue Li a signalé par ailleurs qu’il était naturel que le Canada et la Chine aient des divergences sur certains dossiers. Il a cependant ajouté que leurs intérêts communs étaient bien plus importants et qu’il leur fallait dialoguer pour résoudre ces différends.

Lorsque des journalistes ont demandé à M. Trudeau s’il avait abordé avec son hôte le sort du Canadien Kevin Garratt, emprisonné depuis plus de deux ans en Chine pour espionnage, il a assuré qu’à chaque occasion de rencontre avec des leaders chinois, il faisait mention de tels dossiers. Il n’a toutefois pas révélé le contenu de ses entretiens sur le cas de M. Garratt.

Pour sa part, le premier ministre Li a affirmé que la Chine était un État de droit et que les détenus étaient traités de façon humaine.

Par l’intermédiaire de son avocat, la famille de Kevin Garratt a fait connaître sa vive frustration devant le peu de progrès du dossier. Elle réclame sa remise en liberté afin qu’il puisse obtenir, dit-elle, les soins médicaux urgents dont il aurait besoin.

Droits des Autochtones

L’agence de presse officielle Chine nouvelle a affirmé que le Canada était mal placé pour faire la leçon aux autres pays, considérant son bilan en matière de droits des Autochtones.

L’ambassadeur Saint-Jacques, en poste à Pékin depuis près de quatre ans, soutient que la Chine a accompli de réels progrès au chapitre des droits de la personne — notamment les droits économiques, en tirant de la pauvreté 600 millions de personnes. Mais il admet que depuis trois ans, le pays semble reculer au chapitre des libertés individuelles, particulièrement sur Internet.

Plus tard mercredi, le premier ministre Trudeau s’est rendu à la Résidence des hôtes d’État de Diaoyutai, à Pékin, où il a été reçu par le président Xi Jinping.

Le chef du gouvernement canadien a présenté au président Xi l’ambassadeur du Canada en Chine, de même que ses ministres Stéphane Dion, des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, du Commerce international, et Bill Morneau, des Finances. M. Trudeau a dit croire que l’accueil que lui réservent les leaders chinois démontre l’amélioration des relations sino-canadiennes.

Par ailleurs, la Chine a annoncé son intention de conclure une entente à long terme avec le Canada sur les exportations canadiennes de canola en Chine. Le gouvernement chinois avait fixé à jeudi l’obligation pour le Canada de réduire de plus de la moitié la présence de matières étrangères dans ses exportations de canola.