Dean.com s'éclipse

Fin des émissions pour Howard Dean. Lointain troisième à la primaire de mardi dans le Wisconsin, l'ex-gouverneur du Vermont s'est rendu à l'évidence et a annoncé hier de son fief de Burlington, dans le Vermont voisin, qu'il se retirait de la course à l'investiture présidentielle démocrate. Sa défection laisse le champ libre au sénateur John Edwards dans sa chasse au favori, le sénateur John Kerry.

M. Dean s'était publiquement placé en situation de vie ou de mort électorale au Wisconsin, affirmant il y a deux semaines qu'une défaite dans cet État à l'électorat progressiste le placerait définitivement «hors course». Il n'aura recueilli que 18 % des voix, loin derrière MM. Kerry (40 %) et Edwards (34 %), dont le score a surpris. Performance toute à l'image de cet homme parti préféré dans les sondages à l'aube de la saison électorale mais qui n'aura finalement remporté aucun des 17 caucus primaires ou primaires tenus jusqu'à maintenant.

Revendiquant une victoire d'influence sur l'ensemble des démocrates, M. Dean a promis de demeurer malgré tout dans le paysage politique pour résister aux républicains. «Je ne brigue plus activement la présidence. Mais nous continuerons cependant à bâtir une nouvelle organisation en utilisant notre considérable réseau de terrain pour poursuivre nos efforts de transformation du Parti démocrate et de notre pays.»

Pour avoir secoué les puces du parti sur la question irakienne, analysait-on hier, M. Dean a fait une contribution importante à la course à l'investiture. «Nous avons exposé la nature radicale et dangereuse du programme du président George W. Bush. Nous avons démontré aux autres démocrates que la meilleure stratégie est de s'élever contre ses politiques de droite et non de collaborer avec lui.» Allusion à peine voilée à M. Kerry, sénateur du Massachusetts et candidat de l'establishment, qui a donné en 2002 au Congrès son appui à la résolution de la Maison-Blanche pour faire la guerre à l'Irak. Si, du reste, «l'important est de battre George W. Bush en novembre», il n'a toutefois pas l'intention, a précisé un de ses collaborateurs, de se rallier dans l'immédiat à MM. Kerry ou Edwards.

Poussant le parti à gauche, ce médecin de 55 ans qui se présentait comme le représentant anti-establishment de «l'aile démocrate du Parti démocrate» aura battu le record de fonds collectés pour un candidat démocrate: 41 millions $US. Détracteur impénitent de la guerre d'Irak, l'ex-gouverneur du Vermont a rempli sa caisse de campagne et créé autour de sa candidature un grand mouvement de sympathie, en particulier parmi les jeunes, en s'appuyant tous azimuts sur Internet comme outil de mobilisation. Mais sa bulle se sera avérée virtuelle et, un cri primal aidant, sa candidature s'est écrasée dès la tenue dès premières consultations tenues dans l'Iowa, le 19 janvier. Sa chute aura été aussi sensationnelle que son ascension. Hier, Dean.com s'est avoué vaincu.

Edwards, éternel bon deuxième

Dans la foulée de la primaire du Wisconsin, qui avait la particularité d'être «ouverte» aux électeurs indépendants et républicains, l'excellente performance de John Edwards, éternel bon deuxième depuis le début de la campagne, sauf pour sa victoire dans son État natal de la Caroline du Sud, retenait hier davantage l'attention que la victoire de M. Kerry, qui a pourtant remporté 15 États sur 17 jusqu'à maintenant. Pouvant encore prétendre faire durer le suspense, M. Edwards se présentait hier comme un candidat plus consensuel et plus «présidentiable» que M. Kerry dans la mesure où il a obtenu dans le Wisconsin la plus large part du vote indépendant et républicain.

N'empêche que, malgré cette victoire plus serrée que prévu pour John Kerry, les médias et experts politiques jugeaient hier que cela ne changera probablement rien à la probabilité que le sénateur du Massachusetts obtienne l'investiture à la convention de juillet à Boston et affronte M. Bush à la présidentielle du 2 novembre. Dès quelque 2160 votes de délégué nécessaires pour décrocher l'investiture, M. Kerry en contrôle maintenant plus du quart (605), contre seulement 188 pour M. Edwards, que plusieurs voient dans la peau du colistier à la vice-présidence.

«Je crois qu'il s'agit seulement d'un retard», a affirmé à l'AFP Jonathan Siegel, professeur de sciences politiques à l'université George Washington, à Washington. Ce sera terminé après le «Super Tuesday» 2 mars, a-t-il dit, date à laquelle plus de 1100 délégués seront choisis dans dix États, dont ceux de l'Ohio, de New York et de la Californie. Du reste, d'aucuns analysent que les démocrates ont pour le moment intérêt à faire mousser le duel entre MM. Kerry et Edwards. Une bataille utile au parti dans la mesure où elle permet au Parti démocrate et aux candidats à l'investiture de conserver l'attention des médias contre un George W. Bush que les sondages continuaient, hier encore, à écorcher.

Un nouveau sondage Gallup-CNN-USA Today, publié hier, indique en effet que M. Bush perdrait la Maison-Blanche face à MM. Kerry ou Edwards si la présidentielle avait lieu tout de suite. Ce sondage, réalisé en début de semaine, crédite M. Kerry de 55 % des suffrages contre 43 % pour M. Bush. Edwards battrait lui aussi largement le président sortant, avec 54 % des voix contre 44 %. Ce sondage est publié alors que M. Bush est impliqué dans une polémique sur ses états de service au Vietnam où, contrairement au héros de guerre John Kerry, il n'a pas combattu.

D'après l'Associated Press et l'Agence France-Presse