La fin d'un mythe

Un mythe gastronomique pourrait bien s'écrouler. Si les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont bel et bien installés dans notre environnement et dans les allées de nos épiceries, leur rayonnement dans les assiettes des consommateurs semble beaucoup moins important que ce que laissent croire les pourfendeurs des transgènes.

C'est du moins ce que révèle l'analyse en laboratoire d'une brochette d'aliments entrant chaque jour dans une bonne proportion des paniers d'épicerie au Québec. Un test, commandé par Le Devoir en collaboration avec l'émission L'Épicerie diffusée sur les ondes de Radio-Canada, qui livre le tout premier portrait du genre au pays.

Et quel portrait! En effet, des 27 produits de consommation courante passés au crible en janvier dernier par les limiers d'un laboratoire spécialisé dans la détection et la quantification d'OGM, plus du tiers (37 %) se sont avérés avoir été en contact avec des organismes issus du génie génétique. La présence de ces gènes modifiés était toutefois très importante dans seulement deux échantillons

(7 %), moyenne dans quatre autres (14 %), alors qu'on n'en trouvait que des traces infimes dans le reste des aliments analysés, à peine testés positifs.

Ces traces, comme pour les produits biologiques passés à la moulinette à la demande du Devoir en septembre dernier pour évaluer leur teneur en OGM, laissent présager une contamination accidentelle par des organismes génétiquement modifiés plutôt que l'utilisation délibérée de ces mêmes transgènes dans la conception des produits.

Par ailleurs, sous les équipements de l'entreprise française Atlangène Application, spécialiste en détection d'OGM par l'entremise de la technologie dite du PCR (Polymerase Chain Reaction) en temps réel — la plus précise connue à ce jour —, la grande majorité (63 %) des aliments soumis au test se sont révélés exempts de toute substance issue du génie génétique. Un résultat qui tranche avec le discours de Santé Canada tout comme avec celui des groupes de pression prenant part au débat sur les biotechnologies qui, depuis des années, affirment en choeur que 70 % des produits disponibles dans les épiceries contiennent des OGM.

Un panier représentatif

Pourtant, le panier d'épicerie expédié dans les laboratoires français d'Atlangène pour fin d'analyse se voulait le plus proche possible de ceux sortant chaque jour des supermarchés de la province tout en étant bien sûr le plus susceptible, théoriquement, de regorger d'organismes génétiquement modifiés.

Ainsi, des céréales pour le petit-déjeuner au maïs en grain, en passant par le bouillon de poulet, le mélange à crêpes, les biscuits au chocolat ou les macaronis au fromage — pour ne citer qu'eux —, tous ces aliments, en vente libre dans une chaîne de distribution alimentaire près du Devoir, contenaient des ingrédients issus du maïs ou du soya, deux plantes qui, dans leur version transgénique, occupent une place importante dans l'agriculture canadienne.

Les fraises, les laitues, les bananes, les oranges, le brocoli, les champignons et autres fruits et légumes frais ont été de facto exclus de la liste. Motif? Les versions génétiquement modifiées de ces aliments n'existent pas ou ne sont pas exploitées commercialement. La viande a connu aussi le même sort puisqu'elle ne peut contenir d'OGM: les transgènes ingérés par le bétail ne se retrouvent pas en effet, après assimilation, dans les rôtis, steaks ou tranches de bacon. Simple question de métabolisme.

Toutefois, le zèle a été poussé jusqu'à soumettre à l'étude une poignée d'aliments à base de tomates, un jus de pommes ainsi que deux échantillons de bière, trois types de produit qui occupent une place importante dans les craintes des consommateurs lorsqu'il est question d'OGM.

Notons toutefois que, malgré les rumeurs persistantes, les tomates génétiquement modifiées, tout comme les pommes de terre d'ailleurs, si elles possèdent des autorisations de mise en marché au Canada, ne sont plus utilisées à des fins commerciales depuis belle lurette. Les possibilités d'en voir à l'épicerie sont donc minces, voire inexistantes. Même chose pour le malt et le houblon, les ingrédients principaux de la bière, ou les pommes dont les versions génétiquement modifiées n'existent tout simplement pas.

Les résultats du test en laboratoire confirment d'ailleurs le tout. Sous la loupe, la boîte de tomates entières en conserve, de marque Aylmer, mais aussi la pâte de tomates Hunt, très prisées pour la conception de sauce, n'ont révélé aucune trace, aussi minime soit-elle, d'OGM. Idem pour le jus de pommes Oasis, que le PCR en temps réel a blanchi après les quelques heures réglementaires pour la mise à jour de gènes modifiés.

Du côté de la bière, le constat est identique: la Maudite d'Unibroue, qui s'affiche «sans OGM» sur le matériel promotionnel présent dans les bars, n'en contient effectivement pas une once. Sa cousine à gros tirage, Bleue de Labatt, qui ne s'en vante pas, pourrait aussi tirer sur les mêmes cordes pour se vendre. L'analyse n'ayant identifié, là encore, aucune trace de gènes manipulés dans la boisson.

Difficile d'en dire autant par contre des traditionnels Jos Louis de Vachon. L'illustre gâteau chocolaté s'est en effet révélé être, dans l'ensemble des produits sélectionnés pour analyse, l'un des plus chargés en organismes génétiquement modifiés, avec une teneur supérieure à 5 % d'OGM issus du soya: le RRS — pour Roundup Ready Soybean — de la compagnie Monsanto, pour être précis.

Du RRS, le mélange à crêpes Aunt Jemina n'en avait pas. Par contre, les traqueurs de gènes y ont découvert là aussi plus de 5 % de Mon810, un maïs retouché en laboratoire par Monsanto pour lui permettre de se protéger lui-même contre le parasite connu sous le nom de pyrale du maïs. Le produit contient également des traces infimes de Bt176, un maïs génétiquement modifié commercialisé par Novartis, et de Bt11 de l'entreprise Syngenta Seeds.

Rappelons au passage que la culture de ces OGM n'a rien d'illégale et que leur utilisation dans la conception de produits alimentaires est tout à fait en harmonie avec les règlements en vigueur au pays.

Et c'est tant mieux pour les Froot Loops de Kellogg's, dont l'arc-en-ciel de couleurs hautement sucrées dissimule aussi moins de 0,9 % d'OGM issus des cultures du maïs, ou encore pour les céréales de maïs soufflé de marque Super C qui, elles, offrent aux consommateurs un cocktail de transgènes composés de 0,1 % de Bt176, de 0,2 % de Bt11 et de 0,9 % de Mon810. Un taux de 0,9 % d'OGM qu'on retrouve dans un autre mélange à crêpes, Choix du président (la marque maison des épiceries Loblaw's), et dans les céréales de soya pour bébé Pablum premières étapes où, en plus, des traces infimes de Mon810 ont également été relevées par le PCR en temps réel.

Des traces infimes d'OGM, c'est ce qui caractérise d'ailleurs le tofu Mori-Nu, présent sur la liste d'épicerie, de même que les biscuits Oréo, les biscuits Décadent du Choix du président et les cornets pour crème glacée de marque Super C soumis au test. Enfin, les soupçons envers les Corn Flakes de Kellogg's, le sirop de maïs Sans Nom, le bouillon de poulet Campbell ou encore les traditionnels macaronis au fromage Kraft Dinner devraient être écartés: ces produits ont tous été testés négatifs par les spécialistes en détection des laboratoires d'Atlangène.

Et ce n'est pas faute d'être aux premières loges pour l'exposition aux fruits de la biotechnologie. En effet, les ingrédients qui entrent dans la composition de ces produits, comme les colorants, la lécithine, l'amidon ou les farines, pourraient, par les temps qui courent, être issus d'OGM. Surtout en Amérique du Nord, où 81 % du soya, 65 % du canola et 40 % du maïs mis en culture sont en effet génétiquement modifiés.

«Le problème c'est que les produits très purifiés ou très raffinés, comme l'huile ou la lécithine de soya, sont aussi très difficiles à analyser, explique Sylvanie Cassard, la scientifique derrière l'analyse des 27 échantillons sélectionnés par Le Devoir et L'Épicerie. La raison? Ils ne contiennent plus d'ADN ni de protéines»... empêchant du même coup de mettre la main au collet des gènes améliorés par l'homme qu'ils pourraient contenir.

Le même phénomène se produit également pour le canola transgénique transformé uniquement en huile avant d'entrer dans la chaîne alimentaire et pour les aliments surtransformés, trop cuits ou fermentés. Là encore, l'ADN, le code génétique d'une cellule contenant l'information sur le type de manipulation réalisé, ayant disparu, toute détection de transgènes avec le PCR en temps réel, la méthode la plus précise qui passe justement par l'observation de l'ADN, devient donc impossible.

L'analyse en laboratoire commandée en janvier dernier pourrait, avec une sélection de produits rigoureusement identiques, donner des résultats différents, à la hausse ou à la baisse, à une autre époque de l'année.
1 commentaire
  • Sébastien Royer - Inscrite 19 novembre 2007 01 h 46

    Les OGM sont indispensable

    Le génie génétique et lec OGM jouent déjà un rôle très important dans notre vie et sont pratiquement indispensable pour certaines personnes. Débutont dans le domaine médical les micro-organismes génétiquement modifiés sont déjà utilisés pour la production d'insuline ( ex.: insuline Glargine LANTUS & insuline Lispro HUMALOG ) ou de vaccins anti- hépatite B ( Engerix-B & Recombivax HB ). Les OGM sont utile aussi à l'environnement puisque les biotechnologies employant des enzymes superformante permettent de traiter les eaux usées industrielles. Pour leur résistance aux ravageurs, l'utilisation des pesticides se retrouve considérablement réduite.