Le grand bal des fruits et légumes

Comment résister à ces étalages multicolores qui envahissent les marchés ?
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Comment résister à ces étalages multicolores qui envahissent les marchés ?

Comment résister à ces étalages multicolores qui envahissent les marchés depuis quelques semaines ? Si seulement l’été que nous connaissons pouvait durer, on n’aurait plus besoin d’aller voir ailleurs pour capter ce soleil qui rend le Québec beau et joyeux.

Chaque année, pourtant, on veut nous faire croire qu’après les « vacances de la construction », la belle saison est terminée. On ferme les piscines municipales alors qu’il fait encore 30 °C, on sort les vêtements d’automne et les abris Tempo dans les magasins, les pneus d’hiver font leur apparition pour nous annoncer que la saison froide s’en vient, comme si nous ne le savions pas ! Heureusement, il reste la fête du goût, celle des récoltes que procure notre terre nourricière.

Huit millions de bouches à nourrir

Le Québec, par sa superficie, pourrait contenir trois fois la France ou quinze fois Cuba. Mais avec un peu plus de huit millions d’habitants, soit une population similaire à celle de New York, il s’agit, tout compte fait, d’un tout petit marché. Un marché qu’il faut encore partager avec le reste du monde, ce qui rend la vie des petites entreprises difficile.

En effet, la diversité des produits que l’on retrouve aujourd’hui au Québec est immense. Depuis une vingtaine d’années, l’industrie agroalimentaire fait face à la concurrence internationale et au libre marché. Aussi, la plupart des régions se sont mises sur le mode de la production, et on y trouve désormais à peu près les mêmes produits qu’à Montréal.

Un bel exemple de cela, ce sont les Jardins du Centre, de la famille Leblond, dans Charlevoix, qui produisent aujourd’hui des légumes qu’on ne connaissait pas dans la région il y a 20 ans.

Un peu partout, des chefs font cultiver leurs produits, comme Louis Pacquelin, du Panache à Québec, qui a pris le relais de François Blais et qui cultive une grande diversité de légumes sur les terrains de la famille Price, à l’île d’Orléans.

MM. Brouillard, Birri et Rémillard, au marché Jean-Talon, se sont créé un réseau d’habitués qui, comme les chefs, les attendent avec impatience pour se procurer fleurs de courgette, crosnes du Japon, échalotes cuisses de poulet ou autres légumes moins connus, comme l’okra, qui porte aussi le nom de gombo.

Les Québécois sont devenus des gourmets gâtés qui, lors de chaque visite dans les différents marchés, durant la belle saison, se réjouissent de l’apparition de nouvelles variétés.

Des incontournables pour les touristes

La plus belle chose qui ait pu arriver au Québec, c’est la multitude de marchés qui ouvrent chaque année un peu partout, dont le principal avantage est de faire affaire directement avec des producteurs. Il en est ainsi pour les artisans en général, qui complètent l’offre des maraîchers et des horticulteurs. De plus, les prix, en général moins élevés que dans les supermarchés, sont un autre attrait des marchés.

La même situation existe ailleurs dans le monde. Là où l’on croyait que les marchés allaient disparaître, c’est tout le contraire qui s’est passé. Malgré la législation et les règles de salubrité sévères mises en place en Europe, pas question de supprimer cet art de vivre, qui se raffine de plus en plus.

Ainsi, après la destruction de l’ancien marché de la Part-Dieu, à Lyon, pour y construire une halle-marché mieux adaptée à notre époque, certains commerçants avaient des craintes quant au succès du projet. Mais le résultat est sans équivoque. Grâce au nom du pape de la gastronomie, Paul Bocuse, et au choix des commerçants qu’on y retrouve, ce marché est devenu une référence pour tous.

Tous les offices de tourisme incluent désormais dans les visites des grandes villes celle des marchés. Tant à Barcelone qu’à Bordeaux, Montréal ou Washington, ils sont devenus des lieux incontournables qui permettent de prendre le pouls de la population.

La ville de Québec ne sera bientôt plus en reste grâce à l’aménagement du grand et bel espace Jean-Beliveau. Outre un grand marché, on y trouvera plusieurs activités, tant gastronomiques que sportives ou culturelles.

Pour le maire Labeaume, les petits marchés de quartier et régionaux ont leur raison d’être et doivent continuer d’exister, mais la région de la Capitale-Nationale doit se doter d’un marché à l’image de la ville, qui valorise l’ensemble de l’agroalimentaire.

Il s’agit aussi d’une merveilleuse vitrine où étaler les richesses de ce que nous produisons au Québec. Ce sera, selon les gestionnaires du projet, un modèle de savoir-faire pour les futures générations. On ne construit pas un grand marché pour une seule saison, mais bien pour profiter d’un certain style de vie à longueur d’année.

Pour sentir le pouls de la terre et de ceux qui la font vivre, rien ne vaut l’expérience des marchés, lesquels nous permettent en plus de savourer ce que le Québec a de mieux à offrir.