Droits de scolarité: les recteurs sont profondément divisés

Des étudiants ont renversé une clôture de sécurité au cours d’une manifestation en faveur de la gratuité scolaire, hier, sur la colline parlementaire, à Québec. — Photo: Louise Leblanc
Photo: Des étudiants ont renversé une clôture de sécurité au cours d’une manifestation en faveur de la gratuité scolaire, hier, sur la colline parlementaire, à Québec. — Photo: Louise Leblanc

Québec — La commission parlementaire sur l'avenir des universités a confirmé hier à Québec la profonde division des recteurs sur la question des droits de scolarité: l'Université du Québec a imploré le gouvernement de maintenir le gel alors que McGill proposait de laisser aux universités le loisir d'augmenter la facture des étudiants. Évitant une «position» officielle, la Conférence des recteurs a soumis à Québec quatre scénarios pour résoudre le problème du sous-financement du réseau, de l'ordre de 375 millions. Trois d'entre eux impliquent un dégel des droits de scolarité!

Pendant que les recteurs évoquaient cette hausse, 300 étudiants tapageaient à l'extérieur du parlement, manifestant non pas pour le maintien du gel, mais plutôt pour la gratuité scolaire. La Sûreté du Québec a déployé un contingent imposant par rapport à l'envergure modeste de cette manifestation — pas moins de 200 policiers de l'escouade antiémeute ont été dépêchés sur place — et a rapidement eu recours au gaz lacrymogène pour repousser les étudiants.

Les échanges de la commission parlementaire sur la qualité, l'accessibilité et le financement des universités, qui ont commencé hier à Québec, ont donné lieu à des prises de position diamétralement opposées sur l'épineux dossier des droits de scolarité. Tout en promettant le maintien du gel pour la durée de l'actuel mandat, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a indiqué aux participants venus défiler devant lui que cette commission constituait pour lui «un temps d'arrêt» permettant de vérifier «la viabilité de ce choix social» qu'est le gel des droits de scolarité, effectué en 1994.

Fort intéressé à connaître les vues de chacun sur un éventuel dégel des droits, le ministre a indiqué par ailleurs que les finances de Québec avaient leurs limites. «L'État québécois ne peut pas accroître sa contribution au financement des universités à la hauteur de tous les chiffres que nous entendrons», a-t-il lancé d'entrée de jeu, spécifiant toutefois que tous s'entendaient sur la nécessité d'un réinvestissement.

Pour le tout nouveau président de l'Université du Québec, Pierre Moreau, une hausse des droits est impensable, car elle «aurait un effet négatif sur la clientèle», constituée à 40 % de son effectif de premier cycle d'étudiants issus de milieux à faible revenu. «Je sais qu'il y a d'autres établissements au Québec qui sont pour une hausse des droits», expliquait-il aux journalistes, pendant que son homologue de l'université McGill faisait valoir la nécessité de permettre aux dirigeants d'université de gonfler la facture des étudiants. «La seule différence, c'est que je prétends ne pas avoir en main les éléments pour dire: prenez cela dans la poche de mes étudiants.»

Pour McGill, «le statu quo n'est pas une option». L'importance du gouffre financier dans lequel sombrent les universités — un constat sur lequel l'ensemble des participants invités hier s'entendent — et l'apparente limite des finances québécoises forcent McGill à proposer le transfert aux universités «de la responsabilité de fixer des droits de scolarité».

«Nous n'en serions pas là si le financement des universités était suffisant, a affirmé Heather Munroe-Blum, la principale de McGill. Mais on ne devrait pas regarder la hausse des droits sans l'accompagner d'un financement accru de l'aide financière.»

Accessibilité et hausse des droits sont intimement liées, ont tous affirmé les participants défilant hier, sans toutefois s'entendre sur la nature de cet effet: positif ou négatif? «Une hausse des droits nuit à l'accessibilité, toutes les études sérieuses le démontrent», a indiqué le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec, Nicolas Brisson. «Des données démontrent qu'un gel ou même l'absence complète des droits de scolarité ne sont pas garants d'une meilleure accessibilité à l'obtention d'un diplôme», fait valoir McGill dans son mémoire.

Marchant sur des oeufs, la Conférence des recteurs et principaux d'université du Québec (CREPUQ) a soumis à l'attention de la commission quatre scénarios qui permettraient de réduire le manque à gagner «qui se creuse d'année en année», un «boulet qui finit par nous tirer en arrière», a indiqué hier Robert Lacroix, président de la CREPUQ.

En plus de suggérer une baisse d'impôt moins importante, la CREPUQ a évoqué des ajustements de droits de scolarité de manière à rattraper la moyenne canadienne, à les indexer ou à les moduler en fonction de taux de rendement des étudiants liés à leur secteur d'étude. «Nous proposons ces scénarios à titre d'illustrations, ce n'est pas du mur à mur», a nuancé Robert Lacroix, car ses membres ne s'entendent pas sur cette question.

Alors qu'on discutait gel ou dégel à l'intérieur aux côtés de parlementaires, l'Association pour une solidarité étudiante (ASSE) et la Convergence étudiante opposée à la réingénierie, pour qui le maintien du gel des droits de scolarité ne suffit pas, ont revendiqué hier la gratuité scolaire. Quelque 300 étudiants se sont déplacés de l'Université Laval jusqu'au parlement afin de faire entendre leur message.

«Il faut un vrai financement public, c'est ça, la gratuité. Les frais n'arrêtent pas d'augmenter depuis 1994, malgré le gel des droits de scolarité», a lancé Marie-Michèle Whitlock, de l'ASSE, qui s'inquiète aussi de l'incursion toujours plus importante du secteur privé dans les universités.

C'est lorsqu'une dizaine d'étudiants ont lancé des projectiles aux policiers et tenté de renverser les clôtures de sécurité que des agents de la Sûreté du Québec ont eu recours, abondamment, au gaz lacrymogène. Les étudiants se sont dispersés aussitôt, consternés par les effectifs policiers qui ont été déployés.

«Je ne pense pas que le parlement devrait être protégé de cette façon-là. Ils n'ont pas besoin d'utiliser la force comme ça pour arriver à leurs fins. En fait, nos revendications sont fortes, et le gouvernement ne veut pas nous entendre. Et quand ce sont les étudiants, on gaze assez facilement», a affirmé Mme Whitlock.

En décembre, lors d'une manifestation organisée par les centrales syndicales — où des syndiqués avaient franchi les clôtures de sécurité, lancé des balles de peinture et des bouteilles de bière sur le parlement et même allumé un feu à un jet de pierre de la porte principale de l'édifice —, la Sûreté du Québec n'avait pas voulu utiliser le gaz lacrymogène. Des policiers de l'escouade antiémeute s'étaient limités à retenir les syndiqués les plus colériques.

Depuis ces grandes manifestations de l'automne dernier, la Sûreté du Québec ne lésine cependant plus sur les moyens et les effectifs. Le corps de police estime avoir déployé les «effectifs nécessaires» hier.
1 commentaire
  • Élaine Hébert - Inscrite 18 février 2004 09 h 37

    Pour un accès égal à l'éducation

    J'accède à l'université à l'âge de 50 ans .C'est un grand bonheur de pouvoir apprendre et un grand privilège que ma condition financière et sociale m'ont jusqu'ici interdit .

    Je suis donc entourée de jeunes gens qui se débattent pour joindre les deux bouts, à moins que leurs parents ne puissent les aider. Beaucoup d'entre eux ne trouvent que des emplois peu payés dont ils sont dépendants ( on s'étonnera des abandons... ) .

    Ayant voulu compléter des études précédemment, je me suis alors rendue compte que la plupart des cours étaient offerts de jour seulement. Si notre gouvernement veut favoriser la formation continue des travailleurs, il devrait obliger les universités à offrir leurs cours de façon à ce que ceux-ci puissent y accéder tout en conservant leurs emplois ( rotation jour-soir de l'horaire des cours ).

    Le gouvernement doit maintenir les frais d'accès au minimum . En favorisant par des mesures fiscales les compagnies qui voudraient investir dans les universités ou en créant une loterie-éducation, peu m'importe mais n'oublions pas que l'amélioration des conditions de vie passe souvent par le savoir, j'en sais quelque chose .