La Caisse de dépôt rebondit

Après deux années particulièrement difficiles, la Caisse de dépôt et placement du Québec a retrouvé la forme en 2003. Les bons résultats des marchés boursiers ont permis à la Caisse d'afficher un rendement de 15,2 % l'année dernière. L'actif net a ainsi progressé de 11,5 milliards de dollars pour s'établir à 89,4 milliards. Ces résultats dévoilés hier ont été qualifiés de «satisfaisants» par le président et directeur général, Henri-Paul Rousseau, visiblement heureux que les nuages noirs se dissipent au-dessus de l'institution.

À titre de comparaison, la désastreuse année 2002 avait entraîné une perte de 8,55 milliards, soit un rendement négatif de 9,57 %. Pour 2001, le rendement avait été dans le rouge de 4,99 %. Cette débâcle cumulative de près de 15 % était en grande partie le résultat d'un marché boursier particulièrement malmené par des titres technologiques en pleine déroute.

Les bons résultats de l'année 2003 s'enlignent donc eux aussi sur ceux des marchés financiers, qui ont cette fois été exceptionnels. Près de 60 % de l'augmentation de 11,5 milliards est attribuable à la bonne santé des Bourses; 18 % provient des revenus fixes (obligations et valeurs à court terme); 12,8 % provient des placements privés (compagnies non publiques); 7,3 % vient du secteur immobilier (les financements hypothécaires y compris) et 2,7 % provient du groupe Rendement absolu (gestion active et stratégique).

«Après les contre-performances de 2001 et 2002, le rendement de 2003 est plus conforme à ce qu'on attend de la Caisse, a déclaré Henri-Paul Rousseau lors de son allocution. [...] À court terme, il s'agit d'une performance satisfaisante. Le défi sera de la reproduire et de l'améliorer au cours des années à venir afin d'atteindre le but que nous nous sommes fixé de figurer parmi les meilleurs gestionnaires en démontrant une performance élevée et constante à long terme.»

Si l'on prend l'actif total des déposants de la Caisse, comprenant les mandats de gestion, on voit qu'il se chiffre à 118,8 milliards, en hausse de 11,4 milliards. Si l'on inclut le passif de 29,4 milliards utilisé par la Caisse comme levier, on remarque que le grand total sous gestion par la Caisse atteignait 140,3 milliards au 31 décembre 2003.

La Caisse parmi les meilleurs au pays?

Selon les enquêtes utilisées par la Caisse pour se situer dans l'ensemble des gestionnaires canadiens, l'institution québécoise se classerait tout près du premier quartile des administrateurs de fonds au pays. La moyenne des rendements canadiens se situerait entre 13,5 % et 13,9 % en 2003. Les meilleurs afficheraient des rendements entre 15,3 % et 15,6 %, soit tout près des 15,2 % de la Caisse. «Nous renouons avec un rendement supérieur à la médiane des gestionnaires canadiens», s'est réjouit Henri-Paul Rousseau.

En 2003, les gestionnaires ont pu profiter d'un contexte boursier très favorable, avec des indices qui ont explosé partout sur la planète. Par exemple, le TSX de Toronto a bondi de 26,7 %, le S&P 500 aux États-Unis a progressé de 28,7 % et le Nasdaq des technologies, de 50 %. Les titres en Bourse que possède la Caisse ont très souvent pris la même courbe ascendante.

À la lumière de ces chiffres favorables, le rendement aurait-il été supérieur si la Caisse avait davantage misé sur les actions en Bourse plutôt que sur les obligations et les titres à revenu fixe? C'est que le détail des résultats dévoilés hier montre bien que la Caisse a fortement jeté son dévolu sur la sécurité des obligations plutôt que sur les actions, à l'inverse de la tendance du marché en 2003.

«Nous avons un portefeuille d'obligations de grande qualité, a dit Henri-Paul Rousseau. Ça ne veut pas dire que le rendement aurait été meilleur [avec plus d'actions en Bourse]. Mais c'est vrai que nous devons suivre ce que nos déposants [SAAQ, régime de retraite des employés du gouvernement, Commission de la construction, Fonds de la santé et de la sécurité du travail, etc.] nous demandent. Avec la marge de manoeuvre qu'on a, on a fait assez bien.»

Les gestionnaires de la Caisse se sont bien débrouillés dans le contexte de la hausse vertigineuse du dollar canadien, qui a pris plus de 20 % en 2003. «Nous nous sommes protégés rapidement contre la dépréciation du dollar américain et ça nous a bien servis, a-t-il dit. Sans ces mesures, l'effet aurait été très négatif. En 2003, c'est souvent ce qui a fait la différence entre une performance dans la moyenne canadienne et une juste au-dessus de la moyenne, comme nous.»

Les technologies de l'information se redressent

Le controversé placement dans Quebecor Media pour l'achat de Vidéotron a pris du mieux en 2003 sous l'impulsion des résultats de TVA et des compagnies affiliées à la multinationale montréalaise. Le redressement des titres technologiques en Bourse a également fait sa part. D'une valeur de 3,16 milliards de dollars au départ, le placement dans l'empire Péladeau vaut aujourd'hui 942 millions, selon l'évaluation d'un comité indépendant. C'est mieux qu'il y a un an, alors que cet investissement ne valait plus que 436 millions.

Dans l'ensemble des technologies de l'information (TI), l'horizon s'est éclairci en 2003 pour la Caisse, qui avait misé fortement sur ce secteur avant l'éclatement de la bulle spéculative en 2001. Le portefeuille des TI de la Caisse a contribué pour 3,5 % des 11,5 milliards de gains en 2003. Une situation qui contraste avec 2001 et 2002, alors que la Caisse avait perdu six milliards dans ce domaine sur les 13,2 milliards de pertes totales enregistrées lors de ces deux années.

Pour 2004, Henri-Paul Rousseau a des «espérances élevées», mais il convient que «les prévisions, c'est autre chose»! «Nous avons bien profité du redressement en 2003 et, pour les années à venir, je préfère les prendre une à la fois, a-t-il expliqué. En 2004, la reprise américaine sera forte, la Chine et l'Asie resteront en grande forme, alors que l'Europe semble toujours en difficulté. Je m'attends à ce que les entreprises affichent de bons profits en général, ce qui est bien pour nous.»

Bémol toutefois sur l'endettement des ménages américains. «Tout est très positif, sauf l'endettement, a-t-il dit. On ne peut pas pousser l'économie avec sans cesse un endettement croissant. En 2005, avec une hausse prévisible des taux d'intérêt, ça va certainement ralentir les dépenses des ménages.» Si les gestionnaires de la Caisse font 15 % de rendement en 2004, Henri-Paul Rousseau sera «super content»