Le Parti libéral n'est pas corrompu, affirme Martin

«Tous les libéraux sans exception» veulent obtenir des réponses sur la question des commandites, a déclaré hier le premier ministre Paul Martin, qui s’est rendu à Québec, puis à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau «Tous les libéraux sans exception» veulent obtenir des réponses sur la question des commandites, a déclaré hier le premier ministre Paul Martin, qui s’est rendu à Québec, puis à Montréal.

Même s'il est incapable de dire où l'argent du scandale des commandites est allé, Paul Martin a soutenu, hier, que le Parti libéral du Canada n'était pas corrompu.

Lancée la semaine dernière par le gouvernement libéral à la suite des révélations de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, la commission d'enquête, présidée par le juge James Gomery, ne rendra son rapport que dans 12 mois. Cette commission devra se pencher, entre autres, sur les liens entre le Parti libéral du Canada et les 100 millions engouffrés dans le scandale des commandites. Entre-temps, dans l'hypothèse d'élections générales au printemps, les électeurs devront-ils se résigner à voter pour un parti qui pourrait être corrompu? lui a demandé une journaliste. «Le Parti libéral n'est pas corrompu», a affirmé Paul Martin. «Tous les libéraux sans exception de tous les coins du pays veulent obtenir des réponses à ce sujet [les commandites]», a-t-il dit. Le Parti libéral veut faire toute la lumière sur le scandale et souhaite que les responsables soient punis, a assuré le premier ministre.

Paul Martin était de passage à Québec pour annoncer la candidature dans la circonscription redécoupée de Limoilou-Beauport, de Dennis Dawson, son conseiller au Québec et ami. Associé au cabinet de relations publiques Hill & Knowlton Ducharme Perron, M. Dawson a été député de Louis-Hébert à la Chambre des communes entre 1977 et 1984.

Quant à savoir si une partie de l'argent du scandale des commandites a pu se retrouver entre les mains de députés libéraux, M. Martin ne pouvait l'écarter. «Je ne sais pas où l'argent est allé. C'est pourquoi j'ai annoncé la tenue d'une commission d'enquête», a-t-il dit.

«Nous allons découvrir la vérité, nous allons faire le ménage», a affirmé le premier ministre. Mais ce sera sans doute après les prochaines élections fédérales prévues pour le printemps. Quand on lui a demandé s'il envisageait de reporter la tenue du scrutin, M. Martin est resté vague. «C'est une question d'équilibre» entre le droit du public de connaître la vérité et son droit de donner un mandat à son nouveau gouvernement, a-t-il avancé.

À Ottawa, le président du Conseil du trésor, Reg Alcock, a indiqué que le gouvernement, avant les élections, allait «s'assurer que tous les faits soient sur la table, dans la mesure de nos possibilités, et que les gens comprennent qui est responsable et ce qui sera fait».

Le député conservateur et président du comité des comptes publics, chargé lui aussi d'étudier le dossier des commandites, John Williams, estime que son comité pourrait publier un rapport intérimaire avant les élections. «C'est quelque chose de faisable dont peut parler le comité, à savoir publier un rapport intérimaire qui cerne les enjeux et où on se dirige», a-t-il dit.

«Un problème québécois»

Après son passage à Québec, Paul Martin s'est rendu à Montréal pour rencontrer les représentants du Chantier de l'économie sociale. Lors d'un point de presse, le premier ministre a toutefois dû faire face à une autre controverse. Le ministre d'État pour le Développement économique du nord de l'Ontario et député de la région de Thunder Bay, Joe Comuzzi, a déclaré jeudi dernier au quotidien Chronicle-Journal que le scandale des commandites était avant tout un phénomène circonscrit à la province du Québec. «C'est un problème québécois, et j'imagine que c'est ainsi qu'ils font de la politique là-bas», a-t-il dit.

C’est tout à fait inacceptable. Je suis québécois. La politique québécoise est très saine», a affirmé Paul Martin. Certains problèmes sont survenus au Québec, dit-il, mais il existe, a-t-il rappelé, des exemples de scandales dans d’autres provinces comme ceux qui ont secoué le gouvernement conservateur de Grant Devine en Saskatchewan et le gouvernement du Nouveau Parti démocratique de Glenn Clark en Colombie-Britannique. «C’est des choses qui arrivent [et] qui ne devraient jamais arriver. Mais je vais vous dire quelque chose: je suis très fier d’être québécois et de la politique que nous avons ici au Québec. La question des commandites, ce n’est pas typiquement québécois. Pas du tout», a dit M. Martin. M. Comuzzi et son cabinet se sont murés dans le mutisme, hier.

Le premier ministre n'était pas le seul à désapprouver les propos de son ministre. Le président du Conseil privé, Denis Coderre, a indiqué qu'il allait se «payer un petit déjeuner-causerie» avec le principal intéressé pour aller au fond des choses. Il s'oppose à cette tactique qui vise à isoler une région du pays.

M. Coderre reconnaît que les révélations à propos du programme de commandites ont déclenché une vague de sentiments anti-Québec au Canada. C'est au Québec que les malversations se sont produites, ce sont des agences de publicité québécoises qui ont empoché de généreuses commissions de 15 % sur les commandites sans nécessairement effectuer un travail justifiant cette rétribution. «Si les médias sont le reflet de ce qu'on entend partout à travers le Canada, oui, il y a du "Québec bashing" présentement, et je trouve ça extrêmement regrettable», a dit M. Coderre.

Son collègue Jacques Saada, le leader en Chambre, a dit vouloir vérifier avec Joe Comuzzi avant de réagir à ses propos. «Ça me paraît tellement aberrant, ce n'est pas acceptable. Les Québécois sont autant attachés que les autres au respect de la loi.»

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, ne contenait pas sa colère à la lecture des propos «inqualifiables» de M. Comuzzi. Paul Martin «devrait intervenir et demander sa démission parce que ça contredit tout ce qu'il nous a dit». Il a ajouté: «On tente de salir le Québec partout à travers le Canada en disant que c'est une façon québécoise. Ce n'est pas une façon québécoise, c'est une façon libérale de faire de la politique. Et la preuve, c'est que le Bloc québécois est ici. Si les gens votent pour le Bloc, c'est qu'ils ne veulent pas être complices de ce que font les libéraux.»

Pour la première fois, l'ancien ministre et député de Saint-Laurent, Stéphane Dion, s'est prononcé sur le scandale des commandites. «Il y a eu des voleurs, et les voleurs doivent payer et aller en prison. Mais j'ai pleinement confiance en l'honnêteté de tous mes collègues, du premier ministre Martin et de l'ancien premier ministre Chrétien. Et je voudrais dire aux gens: avant de condamner M. Gagliano, laissons-lui la chance de s'expliquer, d'entendre ce qu'il a à dire. Je veux croire que M. Gagliano est un homme honnête aussi.»

Le scandale des commandites ne manquera pas d'occuper une large place, aujourd'hui, à la Chambre des communes. Le Parti conservateur consacrera sa journée d'opposition aujourd'hui à enfoncer ce clou.

Avec la collaboration de Manon Cornellier et de Kathleen Lévesque