Réseaux locaux de services intégrés - Boum informatique dans la santé

Le ministère de la Santé et des Services sociaux vient d'octroyer un contrat de deux millions pour assurer l'informatisation de toutes les prescriptions faites dans les Groupes de médecine familiale (GMF). Un contrat qui n'est toutefois qu'un timide prélude aux investissements d'environ 250 millions que souhaite réaliser Québec pour lancer les fameux réseaux locaux de services intégrés qui seront créés au cours de 2004 dans la foulée de la loi 25.

Ce premier contrat de deux millions est en fait le résultat d'un appel d'offres lancé en février 2003, pendant le mandat des péquistes, pour amorcer l'informatisation des GMF. En vertu de cette entente, conclue le 5 février dernier avec la compagnie Purkinje, le ministère de la Santé s'engage à fournir gratuitement à tous les GMF qui le désirent un module de prescription informatisé qui aidera les médecins à prévenir les erreurs et les prescriptions inappropriées.

Testé au cours des mois de juin à septembre 2003, cet outil intelligent permet de prévenir les médecins, au moyen d'une alerte informatique, des dangers d'allergies ou d'interaction médicamenteuse reliés à 8000 médicaments et produits homéopathiques ou naturels.

Mais selon Cathy Rouleau, porte-parole du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, ce contrat ne constitue qu'une infime partie des investissements prévus dans l'informatisation du réseau au cours des prochaines années. Le gouvernement du Québec, qui vient de se joindre, le 6 février dernier, à Inforoute Santé du Canada, entend en effet récolter sa juste part de la manne de quelque 1,1 milliard mise à la disposition des provinces par l'Inforoute pour appuyer l'informatisation du réseau de la santé et le développement de dossiers de santé électroniques.

«On ignore combien nous recevrons, car les subventions sont octroyées par projet, mais nous espérons que cela correspondra à au moins 25 % du montant», a expliqué Mme Rouleau. La mise en réseau qui découlera du développement imminent des réseaux locaux de services intégrés, créés dans la foulée de la loi 25 laisse en effet prévoir que des investissements de taille seront faits prochainement.

Selon l'attaché de presse du ministre Couillard, le ministère de la Santé s'affairera d'ici au mois de juin à chiffrer les sommes nécessaires pour procéder au développement informatique de base nécessaire pour lancer ces fameux réseaux locaux. Il procédera ensuite à des appels d'offres en bonne et due forme. Le défilé des fournisseurs en informatique, qui espèrent profiter de cette manne, est d'ailleurs déjà bel et bien amorcé dans les bureaux du ministère de la Santé.

Résultats probants à Laval

Hier, la région de Laval dévoilait d'ailleurs les résultats probants de l'informatisation de son propre réseau de santé intégré, appelé projet SI-RIL, qui permet depuis trois ans l'échange d'informations cliniques entre la Cité de la Santé, l'Hôpital juif de réadaptation, les quatre CLSC-CHSLD du territoire et les médecins de 10 cliniques médicales. Un modèle d'ailleurs subventionné à 40 % par le ministère de la Santé, et à 40 % par Santé Canada, dont le ministre Couillard entend largement s'inspirer pour informatiser les services de santé d'autres régions du Québec, a indiqué hier Mme Rouleau.

La création de ce système d'information en réseau dans la région lavalloise a permis notamment à quelque 105 médecins de famille de recevoir en un temps éclair tous les résultats de tests de laboratoire et d'imagerie médicale concernant leurs patients, et même d'être informés de leur hospitalisation ou leur admission à l'urgence. «Les grands malades se rendent moins à l'urgence, et c'est un des éléments qui ont permis de désengorger notre urgence», a indiqué hier Yolaine Lapointe, directrice de ce projet pour l'Agence lavalloise de développement des réseaux de services de santé.

Catastrophique il y a huit ans, la durée d'attente à l'urgence de la Cité de la Santé a en effet fondu, notamment pour ce qui est des séjours de plus de 48 heures, passés de 20 % en 1995 à quelque 2,7 % en 2003.

On estime qu'un meilleur suivi médical, rendu possible notamment par l'échange rapide d'informations entre partenaires, a aussi permis d'éviter les réhospitalisations et d'écourter la durée du séjour moyen à la Cité de la santé de Laval.

L'Agence de Laval entend d'ailleurs pousser plus loin ce projet pour parvenir, à terme, à relier par informatique la totalité des 250 médecins omnipraticiens lavallois à son réseau d'établissements publics. On s'apprête aussi à relier au reste du réseau une clinique de radiologie privée et les laboratoires diagnostics privés MDS.

Pour l'instant, 83 % des médecins consultés à Laval sont ravis du système et 82 % des patients considèrent avoir été mieux traités grâce à lui. Seulement 6 % des patients se disent indisposés par l'usage de l'ordinateur par leur médecin en cours de consultation. Chose certaine, le système a reçu la bénédiction de la Commission d'accès à l'information, l'organisme québécois qui veille scrupuleusement à la protection des renseignements personnels des individus, qui a émis un avis favorable à son égard. Précisons que les médecins ne pouvaient avoir accès aux informations concernant leurs patients qu'après avoir obtenu leur consentement.

«Nous partageons entièrement la philosophie du système d'information et du réseau développé à Laval. Le modèle peut être exporté, mais il faudra s'adapter dans chaque cas aux besoins de chaque région», soutient l'attachée de presse du ministre Couillard.