Commandites: Martin blanchit Chrétien

Martin Cauchon (à droite) a confié à Jean Lapierre la circonscription d’Outremont, qu’il représente encore, au cours d’une assemblée d’investiture, hier.
Photo: Patrick Sanfaçon Martin Cauchon (à droite) a confié à Jean Lapierre la circonscription d’Outremont, qu’il représente encore, au cours d’une assemblée d’investiture, hier.

Paul Martin, à Ottawa, et Jean Lapierre, au Québec, ont tenté hier de redorer le blason du Parti libéral, fortement terni ces derniers jours par le scandale des commandites, en vantant l'unité du parti et en assurant à ses membres une victoire triomphale lors des prochaines élections.

Des sondages publiés samedi révèlent en effet que l'affaire des commandites a une importante incidence sur les intentions de vote des Canadiens et des Québécois. Au Québec, le gouvernement Martin reçoit maintenant l'appui de 34 % des électeurs, soit une chute de 17 points. Le Bloc québécois connaît de son côté une étonnante remontée, avec 47 %. Pour l'ensemble du Canada, le Parti libéral a dégringolé à 39 % des intentions de vote, soit un plongeon de neuf points, comparativement au dernier résultat récolté en janvier (48 %).

Lors d'une entrevue accordée hier à l'émission Question Period du réseau CTV, le premier ministre Paul Martin a absous Jean Chrétien de tout blâme dans le scandale des commandites, tentant ainsi de calmer le jeu au sein du parti et de prouver à la population que son parti est uni. Des partisans de Jean Chrétien ont effectivement annoncé vendredi au gouvernement Martin qu'ils allaient désormais riposter si celui-ci continuait à relier l'affaire des commandites à l'équipe de l'ancien premier ministre.

Dans la foulée du rapport Fraser, M. Martin a en effet tenté de prendre ses distances de M. Chrétien en affirmant que l'ex-premier ministre sollicitait rarement son avis sur les affaires politiques québécoises. Un adjoint de M. Martin, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, aurait même laissé entendre que le gouvernement Chrétien avait délibérément camouflé des preuves d'agissement fautif. M. Martin s'est cependant montré plus conciliant hier. «L'ex-premier ministre, M. Chrétien, est un homme d'une intégrité incontestée, et je ne crois pas qu'il était impliqué là-dedans», a-t-il dit.

À l'émission Cross Country Checkup du réseau CBC, M. Martin a par ailleurs affirmé qu'il était prêt à quitter son poste s'il est prouvé, lors des enquêtes, qu'il était au courant des transactions effectuées dans le cadre du programme des commandites. «Toute personne qui était au courant que des gens falsifiaient des chèques — moi ou qui que ce soit d'autre — devrait démissionner», a déclaré le premier ministre.

M. Martin a ajouté à l'émission Question Period qu'il était «furieux» que des gens aient perverti un programme gouvernemental qui aurait pu être très positif, et il s'est dit déterminé à châtier les personnes qui ont été impliquées dans le scandale.

Il a par contre rejeté les affirmations selon lesquelles le tapage effectué autour du rapport de la vérificatrice générale Sheila Fraser risque de compromettre les chances des libéraux de remporter un quatrième mandat d'affilée. Rappelons que le rapport de Mme Fraser révèle que plus de 100 des 250 millions de dollars en fonds de commandite ont été octroyés à des entreprises qui ne répondaient pas aux objectifs du programme, soit accroître la visibilité fédérale au Québec et promouvoir l'unité canadienne.

«Tous derrière Paul Martin»

Au cours de son assemblée d'investiture dans la circonscription d'Outremont, Jean Lapierre a soutenu de son côté que le Parti libéral est «une famille unie». «On travaille ensemble, tous derrière Paul Martin», a-t-il ajouté. Selon lui, «il n'y a pas trois ou quatre sortes de libéraux, il n'y a que des bons libéraux. Et c'est dans ces temps de tourmente que nous allons voir la force du Parti libéral, la force de sa cohésion».

M. Lapierre, qui est le lieutenant politique de Paul Martin au Québec, a par ailleurs affirmé qu'il n'y aura pas «de chasse aux sorcières» au Québec et au sein du parti. «Je ne suis pas venu au parti pour ça», a-t-il déclaré, affirmant que des mesures sont déjà en place pour trouver et punir les coupables. «C'est maintenant aux juges et à la police de faire leur travail. En ce qui nous concerne, nous devons maintenant retourner aux affaires du pays», soutient M. Lapierre.

Jean Lapierre a également profité de cette assemblée pour saluer le travail de son prédécesseur, Martin Cauchon, dans la circonscription d'Outremont. «Martin Cauchon est un gentleman dans le plein sens du terme. Il est un exemple dans tout le pays [...]. Et à l'âge qu'il a, un retour en politique, c'est toujours possible», a-t-il déclaré.

M. Lapierre a soutenu dans son discours qu'il était maintenant temps d'assurer une meilleure sécurité personnelle aux citoyens, notamment dans le domaine de la santé. «En collaboration avec les provinces, il faut absolument améliorer le service et l'accès aux soins de santé. C'est une question de dignité humaine et les libéraux ne peuvent pas tolérer une situation comme celle-là», a-t-il affirmé, faisant notamment référence aux longues listes d'attente dans les hôpitaux.

Le candidat libéral a aussi mentionné que son collègue Pierre Pettigrew «a le mandat et le talent pour régler avec le gouvernement du Québec le dossier des congés parentaux, une demande qui dure depuis belle lurette». En ce qui concerne la métropole québécoise, M. Lapierre a affirmé être conscient «que la taxe foncière est rendue insuffisante pour répondre aux besoins». Montréal fait face aujourd'hui à de nombreux défis, «autant au niveau de l'emploi que des infrastructures».

Lors de son arrivée à l'assemblée, M. Lapierre a été accueilli par les gens du FRAPRU, qui s'étaient déplacés pour demander un réinvestissement fédéral massif dans le logement social. Dans son discours, le candidat a remercié son comité d'accueil. «Je veux les saluer, parce que s'il y a un groupe au Québec qui nous a sensibilisés aux problèmes de logement, c'est bien le FRAPRU. Je veux dire à son président, François Saillant, qu'il a raison et qu'il y a trop de personnes au Québec qui doivent consacrer de trop grandes portions de leurs revenus pour se loger».

Jean Lapierre a également profité de cette tribune pour lancer quelques flèches au Bloc québécois, déclarant que le Québec ne peut plus se permettre d'envoyer à Ottawa «des députés qui sont contre Ottawa, bien sûr, mais qui sont aussi contre le Québec. À un certain moment, on se demande pour qui ils sont, à part pour eux-mêmes».

L'ancien animateur de radio a comparé son retour en politique à «une douce folie», insufflée par une «confiance inébranlable en Paul Martin, un homme de courage, d'intégrité et de compétence».

Avec la Presse canadienne
3 commentaires
  • Frank M. Sobayo - Inscrit 16 février 2004 09 h 17

    Chrétien, Martin, Gagliano & Ass

    Le dossier sur les commandites est sous enquête depuis 2002.

    Jean Chrétien a été Premier Ministre du Canada,jusqu`en décembre 2003.

    Paul Martin devient donc le nouveau PM et tout à coup le dossier sur le scandale des commandites ressort dans l`actualité en éclaboussant Paul Martin.

    Pourquoi maintenant la bombe explose au visage de Paul Martin et non pendant que Jean Chrétien était au commande?

    Jean Chrétien a instauré le programme des commandites suite au référendum de 1995 et confié à Alfonso Gagliano la tâche de mettre en oeuvre ce programme.

    Paul Martin était Ministre des Finances et allouait les crédits à ce programme de commandites.(40M$/année)

    Les hauts fonctionnaires administrant ce programme émettaient des chèques de 500,000 $ sans trop posé de questions. (???)

    Étonnant,que personne ne parle et ne réagisse avant que le vérificateur général,Mme Sheila Fraser en fasse état dans son rapport.

    Sur qui repose la faute?

    Sur le politique ou les fonctionnaires administrateurs?

    Autre question;

    Pourquoi ces crédits de commandites ont été confiés au Ministère des travaux publics?

    Ce programme de commandites visait à rehausser l`image du fédéralisme canadien principalement au Québec.

    Que vient donc faire le MTP dans ce dossier?

    Gagliano était le Ministre responsable à cette époque ...

    Plusieurs questions restent sans réponse et la plupart des acteurs reliés à ce dossier,affirment n`avoir rien vu.

    Les vrais coupables seront-ils punis un jour?

    À suivre ...

    .

  • Pierre Labelle - Inscrit 16 février 2004 12 h 19

    Ego te absolvo.

    Monsieur Martin absous M. Chrétien dans les affaires de commandites. Il sait sûrement de quoi il parle. Mais si il sait de quoi il parle c'est qu'il était au courant. Et s'il était au courant, pourquoi dit-il qu'il n'était pas au courant? Et s'il n'était pas au courant, sur quoi se base-t-il pour dire que M. Chrétien n'était pas au courant ? Cherchez celui qui ment quand?.

    Pierre Labelle
    Montréal.

  • gbernier10@hotmail.com - Inscrit 20 février 2004 23 h 38

    La couverture

    Je trouve déplorable qu'il n'y est pas eu de traitement éditorial à propos du changement d'attitude de Paul Martin à l'égard de Jean Chrétien suite aux menaces à peine voilées de l'entourage de celui-ci. Il semble évident que M.Martin ait craint la riposte de l'organisation Chrétien. De quoi a t'il peur. M.Martin n'est-il pas sans tache. Quel traitement Le Devoir a t'il accordé à cette attitude.