La parole à nos lecteurs

La mélasse d’Anticosti

 

Quel bourbier, Anticosti ! Le tout commence par le gouvernement Marois, mais sans doute bien avant. Comme le port de Gros-Cacouna, qui a fait rêver les gens du coin depuis le début du XXe siècle ! Mais c’est le gouvernement Marois qui ouvre ici sérieusement le bal préélectoral en 2014 ; c’est un rêve d’un klondike pétrolier. Le gouvernement et de petites entreprises (pas de grosses) s’impliquent dans le projet. Les défenseurs de l’environnement y apportent beaucoup de réserves. Arrive le nouveau gouvernement libéral. Le premier Couillard ne veut rien savoir de l’exploitation gazière à Anticosti, mais il autorise l’exploration, soit la fracturation hydraulique, histoire, dit-il, de respecter le contrat… secret conclu par le gouvernement Marois.

Mais nous nageons ici dans l’absurde : une exploration limitée est permise, mais au grand jamais il n’y aura d’exploitation à Anticosti, foi de Philippe Couillard. Maintenant, les Innus, menaçants, se mêlent de l’affaire, voulant être davantage consultés. Les habitants d’Anticosti eux-mêmes s’opposent majoritairement au projet, comme les élus de la Côte-Nord.

Bref, c’est une sacrée pagaille. Conclusion : que Philippe Couillard mette enfin ses culottes et mette fin à la récréation. Fin du projet et du rêve ou, plutôt, d’une balloune tristement électoraliste. Et dédommageons, s’il le faut, les compagnies privées impliquées. La population applaudira et la mélasse sera enfin consommée !


Michel Lebel
Entrelacs, le 13 juillet 2016

 

Bonne nouvelle pour le collégial

 

À titre de membre de l’ex-Conseil des collèges (1987-1993), je me réjouis de l’annonce de la ministre de l’Éducation concernant l’avenir de l’enseignement supérieur et en particulier de la réinsertion d’un Conseil des collèges avec un mandat renouvelé. Je voudrais rappeler que le Conseil auquel je fais référence (aboli en 1994) avait, à la suite d’une largue consultation, produit un volumineux rapport : « Les collèges pour le Québec du XXIe siècle ». Ce rapport suggérait des orientations sur l’organisation des collèges et de leurs programmes, lesquelles méritent d’être relues maintenant, puisqu’elles abordaient la plupart des questions soulevées par le projet ministériel proposé ici. C’est avec la plus grande déception qu’à l’époque, les membres de ce conseil (représentants des instances collégiales et du public) avaient appris que la ministre Robillard allait « tabletter » ce rapport, pour, un an plus tard, imposer la funeste Réforme des programmes fondée sur la théorie des compétences et confier au Conseil supérieur l’éducation le mandat de suivre son évolution avec le concours d’une commission d’évaluation soumise aux mêmes objectifs. Aussi aujourd’hui, en lisant les intentions ministérielles actuelles, je me réjouis du fait que, sensible aux faiblesses du modèle actuel d’enseignement supérieur, la ministre Hélène David propose enfin de faire un pas dans la bonne direction.

 

Claude Poulin
Québec, le 13 juillet 2016

 

REM: les infrastructures aux financiers

 

Dans un article publié dans Le Devoir du 9 juillet au sujet du Réseau électrique métropolitain (REM) de Montréal, les auteurs Rémi Guertin et Jacques Vandersleyen écrivent qu’en voulant faire de ce projet une entreprise rentable, la Caisse de dépôt et placement (CDP) fait « comme si le transport en commun pouvait être rentable alors qu’il ne l’est nulle part au monde ». Il y a là matière à réflexion pour nos politiciens, car le Québec ne va peut-être nulle part avec le REM. De plus, en confiant à la CDP la construction de telles infrastructures, le gouvernement Couillard a fait une financiarisation du processus habituel de réalisation des travaux publics, d’où une sorte de financiarisation de la démocratie. Quoi de mieux pour fariner les citoyens ?

Le financier remplace dorénavant les ingénieurs et autres professionnels du métier. Dans ce dossier, l’Ordre des ingénieurs est dorénavant devenu le subalterne d’un organisme (CDP) en possession des fonds publics. Le génie est-il présent à la conception de ses oeuvres ? Les coûts et tarifs sont-ils fiables ? L’intérêt public s’y trouve-t-il ? On ne sait pas. Au temps des financiers, la foi est de mise.

 

Jean-Marie Desgagné

Québec, le 13 juillet 2016