La parole à nos lecteurs

Le fantôme de la liberté

 

Ce film du cinéaste visionnaire Luis Buñuel, sorti en 1974, ouvre sa première scène sur une toile célèbre de Francesco Goya, El tres de mayo (Le 3 mai), en référence à l’invasion de l’Espagne par Napoléon. Des citoyens espagnols sont en joue devant des gardes français et, au moment de la fusillade, l’un d’eux s’écrie : « À bas la liberté ! » Ces gens-là refusent ce fantôme de liberté imposé à la pointe du fusil.

Plus loin dans le film, un tireur d’élite monte au dernier étage de la tour Montparnasse et tire à volonté sur des gens qui s’effondrent sous le regard ahuri des passants, et des spectateurs dans la salle qui sont mal à l’aise devant cette scène aussi absurde qu’incompréhensible, mais prémonitoire.

Les fusillades en série aux États-Unis d’Amérique, reliées ou non au terrorisme intra ou extra muros, sont l’oeuvre de tueurs fous armés jusqu’aux dents dans un pays où la prolifération des armes est justifiée par le deuxième amendement de leur Constitution, inséré dans une charte des droits (Bill of rights). Les esprits conservateurs considèrent que le port d’arme est un devoir à l’autoprotection et la toute-puissante NRA (National Rifle Association — l’association nationale d’armes à feu) continue d’imposer son credo.

Donald Trump, candidat républicain présumé à l’élection présidentielle, s’impose comme le chérif de la loi et de l’ordre et propose sa solution : plus d’armes dans les écoles, les universités, les lieux de rassemblement publics et privés. Les armes seront omniprésentes et les criminels seront malvenus de déployer leur arsenal de guerre devant cette armée de pacotille. Le spectacle déplorable et le succès électoral d’un milliardaire sans scrupule laissent entrevoir que le peuple américain serait prêt à accepter ce fantôme de liberté à la pointe du fusil.

Le terrorisme est une menace réelle et le racisme profondément ancré envers les Noirs s’étale sous le regard impuissant du premier président noir. Mais l’escalade de la violence gratuite est soutenue par une industrie lucrative d’armes à feu dont le marketing a muselé l’establishment américain.

Le deuil profond ressenti à l’échelle mondiale devant toutes ces victimes doit réveiller le sens moral des Américains et les amener à viser la bonne cible. Il est difficile d’entrevoir une solution pacifique lorsque les protagonistes, à l’évidence, ne sont pas prêts à jeter les armes.


Léon Dontigny, médecin
Le 12 juillet

 

Le Québec n’est pas un lieu où construire un pipeline

 

Le 6 juillet dernier, Le Devoir nous apprenait que le premier ministre Trudeau s’était prononcé contre le projet de pipeline Northern Gateway en Colombie-Britannique : « La Great Bear Rainforest n’est pas un endroit pour construire un pipeline de pétrole brut. »

Nous voudrions entendre un tel cri du coeur du premier ministre en ce qui concerne la protection du fleuve Saint-Laurent et des quelque 860 rivières et ruisseaux que le pipeline projeté d’Énergie Est traverserait au Québec. Pourquoi hésiter à dire que le Québec « n’est pas un endroit où construire un pipeline de pétrole brut » ? M. Trudeau ne peut-il pas conclure que le pétrole des sables bitumineux doit rester enfoui là où il repose depuis des milliers d’années plutôt que de contribuer par son extraction et son transport à la production massive de CO2 et à une pollution dévastatrice pour la planète ?

Heureusement, partout au Québec des citoyennes et des citoyens sont de plus en plus nombreux à faire ce constat et à élever leurs voix contre ce dangereux projet issu d’une époque révolue.

Du 14 au 20 août, sous l’égide de Stop oléoduc Outaouais, se tiendra une marche citoyenne de 122 kilomètres entre Saint-André-d’Argenteuil et Gatineau sur le thème « Protégeons notre climat, marchons pour nos rivières »… avec l’espoir que toutes ces voix qui s’élèvent seront entendues !


Yves Rochon
Gatineau, le 10 juillet 2016