Les grands mouvements de l’alimentation dans le monde

Si chez nous des efforts sont faits pour favoriser l’aquaculture et l’élevage de produits marins, leur consommation reste plus timide.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Si chez nous des efforts sont faits pour favoriser l’aquaculture et l’élevage de produits marins, leur consommation reste plus timide.

Le secteur agroalimentaire évolue à la vitesse du son. Les échanges facilités par les accords commerciaux et la mondialisation favorisent les découvertes. De nouveaux produits font régulièrement leur apparition dans les marchés-tests d’Europe et d’Asie, avant d’atterrir chez nous. Parmi cette quantité de nouveaux produits, un grand nombre ne font que passer. Mais ceux qui demeurent risquent de changer le cours de notre alimentation.

Les migrations, les voyages et la restauration modifient notre palette de saveurs et peuvent même faire changer les façons de faire en matière de cuisine dans un pays. Par exemple, l’Asie et l’Europe s’américanisent. Le Vieux Continent perd graduellement une partie de sa culture régionale, alors que les commerces de restauration rapide gagnent en popularité.

Malgré la grande popularité des émissions culinaires et des ouvrages gastronomiques, nous cuisinons de moins en moins. On s’aperçoit que l’offre des produits prêts-à-manger est toujours plus présente au quotidien.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La diversité culturelle du Canada nous conduit à découvrir une alimentation bigarrée et exotique.

Les nouveaux produits, frais ou transformés, qui arrivent sur le marché chaque année sont le fruit de transformations génétiques, de bouturages ou encore de croisements de certaines variétés ou espèces. On les choisit souvent pour leurs valeurs nutritives, leurs parfums ou leurs goûts nouveaux, mais dans bien des cas ce sont les campagnes publicitaires et le marketing qui entoure ces nouveautés qui nous font les essayer.

L’évolution des tendances culinaires est bien réelle. Par exemple, l’intérêt renouvelé pour le jardinage, ces temps-ci, fait redécouvrir toutes sortes de légumes. Des semences oubliées, les légumineuses ou encore le quinoa (considéré comme une pseudo-céréale) n’ont jamais été si populaires.

Moins de viande, une tendance ?

Les derniers scandales liés à la viande rouge, couplés à une montée des prix du boeuf, ont rendu les consommateurs frileux. La consommation de volaille, de légumes et surtout de plats préparés s’en est trouvée accentuée. Forcément, les consommateurs se tournent vers d’autres sources de protéines pour combler leurs besoins. L’arrivée sur les marchés de produits comme l’eau de coco, le sucre d’agave, les baies de Goji, l’un des fruits les plus riches en antioxydants au monde, se retrouvent à l’avant-scène, alors qu’il y a dix ans on ne les connaissait presque pas.

Si chez nous des efforts sont faits pour favoriser l’aquaculture et l’élevage de produits marins, leur consommation reste plus timide. Pourtant, selon tous les nutritionnistes du monde, manger du poisson est essentiel. Les prix en poissonnerie sont devenus similaires à ceux de la viande, mais il est moins facile de se procurer ces produits. De plus, la raréfaction des espèces sauvages en augmente d’autant le coût. Dans ces conditions, on consomme les mêmes espèces connues, comme le saumon ou le tilapia, souvent élevés dans des conditions néfastes pour l’environnement.

La bouffe du futur

La diversité culturelle du Canada nous conduit à découvrir une alimentation bigarrée et souvent exotique à nos yeux. Des saveurs issues de toutes les origines, plus disponibles que jamais, se rencontrent et s’assemblent, créant des mélanges intéressants que l’on peut concevoir dans tous les bons comptoirs de supermarchés.

Pensons à la banane plantain, au manioc, au chou kale — qu’on aime ou non —, ou encore à la camerise, qui fait de l’ombre au bleuet… Que dire aussi des algues, que l’on commence timidement à consommer chez nous, séchées dans la plupart des cas, mais qui sont très populaires au Japon ou en Corée du Sud ? Dans cette optique, la Gaspésie est sans aucun doute une source d’approvisionnement à ne pas négliger.

Un peu de tout

Notre société consommatrice ratisse large dans ses goûts. On passe rapidement des sushis au poulet grillé portugais, puis de la poutine réinventée au tartare de boeuf.

Les nouvelles générations semblent faire fi des cuisines traditionnelles pour s’ouvrir plus aisément sur le monde élargi de l’alimentation. Il en est en effet de l’alimentation comme de l’habillement : on ne se soucie guère que tel ou tel vêtement s’harmonise avec un autre ; il en est de même pour les mélanges souvent incongrus imposés à nos papilles, comme le mélange mayonnaise et sauce soya. Ces amalgames en viennent à faire disparaître le produit vedette de l’assiette.

Par ailleurs, l’alimentation est aujourd’hui vécue à la vitesse grand V. Non seulement ne passe-t-on plus, sauf exception, trois heures autour d’un repas, mais on ne prend même plus le temps de se préparer une salade. Laver la laitue devient pour bien du monde une chose irréelle. La nourriture devient standardisée et aseptisée. Les tomates doivent être toutes de la même grosseur. Les bananes sont vendues vertes et, au premier signe de mûrissement, elles sont mises de côté.

L’avenir de notre assiette se mesure comme le reste, c’est-à-dire en fonction des valeurs de chacun. Ce qui est certain, toutefois, c’est que manger doit demeurer un acte de plaisir au quotidien.