Engagement, liberté, respect

Les funérailles nationales en l’honneur de Claude Ryan ont eu lieu hier à la basilique Notre-Dame. La cérémonie, marquée à la fois par la sobriété et la solennité, a notamment réuni plusieurs personnalités du monde politique, dont les premie
Photo: Jacques Nadeau Les funérailles nationales en l’honneur de Claude Ryan ont eu lieu hier à la basilique Notre-Dame. La cérémonie, marquée à la fois par la sobriété et la solennité, a notamment réuni plusieurs personnalités du monde politique, dont les premie

Jusqu'à la toute fin de sa longue vie, Claude Ryan aura eu à coeur l'engagement public et la prise de position sur les grandes questions de son temps. À tel point que dans un ultime témoignage, son testament, il a tenu, par-delà la manifestation de sa profonde foi chrétienne et la reconnaissance exprimée à nombre de ceux qui ont croisé son chemin, à réitérer son attachement au fédéralisme canadien et à prôner une meilleure justice sociale.

La première partie du testament en question a été lue hier par le fils cadet de M. Ryan, André, à l'occasion des funérailles nationales de l'ancien directeur du Devoir et chef du Parti libéral du Québec, décédé lundi dernier d'un cancer à l'âge de 79 ans. La cérémonie de plus de deux heures, marquée à la fois par la sobriété et la solennité et présidée par l'archevêque de Montréal, le cardinal Jean-Claude Turcotte, a été tenue à la basilique Notre-Dame de Montréal, où se sont notamment réunies plusieurs personnalités du monde politique, dont les actuels et anciens premiers ministres Paul Martin, Jean Charest, Bernard Landry, Lucien Bouchard, Jacques Parizeau et Daniel Johnson.

Vers la fin du service funèbre, deux des fils de M. Ryan, Paul et André, ont pris la parole pour saluer une dernière fois celui qui, a dit Paul, «plutôt que de reproduire le modèle familial qu'il avait connu, nous a donné, avec notre mère Madeleine, la chance de nous épanouir au sein d'un foyer chaleureux et uni; mes frères et soeurs et moi avons d'ailleurs le souvenir heureux de n'avoir jamais assisté au moindre désaccord entre nos parents». Liberté et respect, a-t-il poursuivi, telles ont été les valeurs fondamentales que le paternel a transmises, en prêchant par l'exemple, à ses enfants.

Dans son testament, Claude Ryan a choisi de ratisser plus large, se penchant notamment sur les enjeux collectifs qui auront marqué sa carrière de journaliste et de politicien, voire conditionné sa vie. «Je quitte cette vie en souhaitant que le Québec continue de faire partie de l'ensemble politique canadien. Tout en étant conscient des difficultés auxquelles se heurte la volonté de changement maintes fois exprimée par le Québec, je suis convaincu qu'il est du meilleur intérêt du Québec et du reste du Canada de poursuivre leur destin au sein d'un cadre politique commun», a-t-il relaté par la voix de son fils André.

Il a d'autre part écrit souhaiter «que les gouvernements, les partis politiques, les associations de toute sorte, les médias et la population se préoccupent davantage du sort fait aux membres plus faibles de la société. La vraie démocratie doit savoir concilier les valeurs de liberté et les valeurs de justice sociale. Or l'écart entre les pauvres et les riches a trop souvent tendu à augmenter ces dernières années. Il y a beaucoup trop d'inégalités injustifiables dans l'attribution de la richesse et du pouvoir.»

M. Ryan a aussi eu droit à un hommage posthume de sa petite-fille Elizabeth qui, s'adressant à «Grand-papa Claude», a noté qu'il était un cuistot fort compétent, qui mitonnait entre autres un excellent jambon.

Dans son homélie, Mgr Turcotte a souligné la foi inébranlable de Claude Ryan qui, doublée de son ouverture aux autres et triplée de sa grande liberté de pensée personnelle, avait aidé l'Église à aller plus loin dans son processus de modernisation. Plus tard, il devait agir de la même manière en oeuvrant en journalisme, puis en politique. «Partout où il s'est trouvé, il s'est profondément impliqué. Il était curieux de nature et sensible à ce qui bougeait, naissait, émergeait autour de lui. Il n'était pas nostalgique à l'égard du passé. Il regardait devant.»

«Personne n'en doute, le Québec, mais aussi le Canada, se sépare aujourd'hui d'un de ses citoyens éminents qui, par son esprit d'observation, sa rigueur intellectuelle, sa probité, ses analyses percutantes et son implication dans les choses de l'État, a grandement contribué à façonner la société dans laquelle nous vivons. Partout où il est passé, Claude Ryan a laissé sa marque», a poursuivi Mgr Turcotte.

Dans une brève allocution, le premier ministre Jean Charest a de son côté évoqué un homme qui est «l'un des principaux fondateurs de l'identité québécoise contemporaine».

«Claude Ryan n'est pas de ces disparus qu'on doit regretter, ce serait lui manquer d'égards», a dit M. Charest. «Il ne s'est pas éteint. Il est plutôt un phare qui brillera longtemps sur le Québec.»

Le fils aîné de Claude Ryan, Paul, a signalé que son père laissait «une oeuvre écrite remarquable qui sera une source de référence incontournable pour les historiens des générations à venir, qui voudront cerner et comprendre la réalité du Québec de la deuxième moitié du XXe siècle».

Paul Ryan a également tenu à noter que c'est avec «sa force et son aplomb habituels» que son père avait encaissé le diagnostic des médecins révélant l'incurabilité de sa maladie. «Du tac au tac, il répondit: "J'accepte de me soumettre au verdict de Dieu, je suis simplement triste au plan humain, car j'avais encore plein de projets"», a-t-il relaté. Ces projets, des recueils d'écrits portant sur son expérience de chrétien engagé, seront du reste publiés au cours des prochains mois.

La dépouille de Claude Ryan sera inhumée aujourd'hui au cimetière de Saint-Philippe d'Argenteuil.
3 commentaires
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 février 2004 15 h 17

    Entêtement

    Après 25 ans de de recul du vrai fédéralisme au Canada, et après toutes les promesses de renouvellement non tenues, il fallait être drôlement entêté pour continuer de penser que le fédéralisme canadien est la meilleure chose pour le Québec. Je n'arrive pas à m'expliquer cela.

  • Marcel STE-MARIE - Inscrit 19 février 2004 16 h 59

    Ryan comme Bourassa

    À la tête du Devoir d'Henri Bourassa, Claude Ryan en aura été le digne fils spirituel: comme son prédécesseur, il aura été un nationaliste canadien militant et un fils soumis de l'Église catholique.

    Comme Bourassa, Ryan fut un chef politique respecté qui n'accéda cependant pas, pour des raisons différentes, à la responsabilité politique suprême. À ce pilier d'intégrité, ce conseiller recherché, ce cartésien exemplaire, ce philosophe-roi, le siècle saura-t-il donner de vrais héritiers?

  • Hélène Pisier - Inscrite 3 mars 2004 00 h 27

    Un peu de rigueur que diable ! M. Ste-Marie

    « [...] ce cartésien exemplaire, ce philosophe-roi [...] »

    Hé bein...

    Votre texte, M. Ste-Marie, me déconcerte. C'est vraiment à se demander sur quelle planète vous vivez.

    Aussi, pour compléter votre réflexion je vous recommande, sur cette tribune même du Devoir (via http://www.ledevoir.com/dossiers/351/47516.html?35, les textes de Mesdames Bissonnette et Lacroix, suivis de celui de M. Dunois.

    Entre autres...

    Un peu de rigueur que diable ! M. Sainte-Marie. Il me semble que c'est important quand on enseigne la philosophie, croyez pas...?