Justin en armurier

C'est plutôt gênant pour un gouvernement qui prétend vouloir rompre avec l’ère Harper en politique étrangère et renouer avec la tradition de bâtisseur de paix de Lester B. Pearson.

Ainsi, le plus récent numéro de la revue Jane’s Defense Weekly indique que le Canada a été l’année dernière le deuxième exportateur d’armes au Moyen-Orient, après les États-Unis et devant la Russie. C’est de l’ordre du jamais vu. La dernière fois que le magazine d’information militaire a vérifié, le Canada occupait le sixième rang. On aura compris que ce boom des ventes militaires canadiennes est largement attribuable au contrat à hauteur de 15 milliards de dollars conclu en 2014 avec l’Arabie saoudite pour la fourniture de véhicules blindés, un contrat signé par l’ancien gouvernement conservateur, certes, mais que les libéraux de Justin Trudeau, arrivés au pouvoir l’automne dernier, ont refusé de renier au nom de l’argument paresseux de la création d’emplois.

Paresseux parce qu’il existe sûrement de meilleures façons de rendre le marché de l’emploi canadien utile au développement de l’humanité que de le mettre à la disposition de l’un des régimes les plus abominables au monde en matière de respect des droits de la personne.

À l’échelle de la planète, les ventes d’armes ont atteint ces cinq dernières années des sommets inégalés depuis la fin de la guerre froide, indiquait en mars le réputé Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) dans son rapport annuel. Et si tel est le cas, c’est en grande partie grâce aux achats effectués par les dictatures du Moyen-Orient — et plus spécifiquement par Riyad, aujourd’hui considéré comme le plus important acheteur individuel d’armes au monde.

Que, donc, le Canada se trouve par ses ventes d’équipement militaire à contribuer à aggraver la violence et l’instabilité dans lesquelles s’enfonce le Moyen-Orient n’est pas précisément « pearsonien ». Plutôt immoral, en fait. Il y a d’autant plus lieu d’être agacé par le comportement d’Ottawa qu’il y a quelques jours encore, relevait The Globe and Mail, ses représentants diplomatiques prenaient justement la parole devant le Conseil de sécurité pour insister sur l’importance de protéger les civils dans les zones de guerre…

De ceci à cela, la candidate démocrate à la présidence, Hillary Clinton, a fait preuve d’une semblable inconséquence dans la foulée de la tuerie d’Orlando en réclamant de l’Arabie saoudite et du Koweït, entre autres, qu’ils cessent de soutenir — ou de laisser fleurir — des « organisations extrémistes ». C’est faire commodément l’impasse sur les contrats militaires qui lient depuis des décennies les États-Unis, premier vendeur mondial d’armes, à ces régimes intolérants. Est-il naïf de penser qu’il deviendra de plus en plus difficile de fermer les yeux sur toutes ces compromissions ?

5 commentaires
  • Jacques Lamarche - Inscrit 16 juin 2016 07 h 15

    L'image du Canada est surprotégée! Alors!

    Le Canada participe d'une tendance mondiale! Le commerce de vente d'armes est plus florissant que jamais. Même la France bat de records! Le Canada n'a pas à faire bande à part et à se priver d'une industrie qui rapporte gros! Bien sûr elle va à l'encontre de l'image de ¨gardien de la paix¨ qu'il veut projeter, mais les photos de Justin et une couverture médiatique qui le sert bien n'auront aucun mal à dissimuler l'incohérence et à faire avaler la couleuvre!

  • Robert Bernier - Abonné 16 juin 2016 08 h 09

    Ce que le NPD proposait

    Durant la dernière campagne électorale, le NPD avait la seule proposition raisonnable quant à la contribution que le Canada pouvait faire pour la Paix dans le monde. Et il ne s'agissait pas d'envoyer des soldats ni des avions à l'étranger. Il s'agissait simplement de ceci: 1) s'assurer, ici même au Canada, que l'on ne contribuait plus à armer les puissances dictatoriales ou terroristes et 2) s'assurer qu'elles ne trouveraient pas de financement illicite ici au Canada.

    C'était trop simple pour retenir l'attention de tous ceux qui avaient les yeux tournés vers notre nouvelle star nationale.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Gilles Théberge - Abonné 16 juin 2016 09 h 07

    Oui

    C'est naïf de le penser monsieur Taillefer.

    Jamais ils ne reculeront. Et il continueront à vendre sans vergogne des armes au plus offrant!

  • Brigitte Garneau - Abonnée 16 juin 2016 10 h 19

    C'est d'un illogisme!

    Celui qui se veut le «gardien de la paix» , ce grand pays pacifique, est le 2e plus gros vendeur d'armes au monde! De toute beauté! Et Stéphane Dion de nous dire que c'est pour une question d'économie et d'emplois (3000 je crois). Évidemment, 3000 emplois au Canada valent bien plus que 3000 vies à l'étranger! C'est pathétique! Ça me fait penser à la NRA aux États-Unis qui dit que : plus les Américais vont être armés, plus ils seront protégés! J'ai vraiment honte...

  • François Beaulne - Abonné 16 juin 2016 10 h 27

    Décevant ce Trudeau fils

    Oui, le NPD avait une position réaliste et authentiquement respectueuse des droits de la personne en matière de politique étrangère, notamment sur la nécessité de mettre un terme au commerce d'armes qui alimente les conflits armés régionnaux de plus en plus fréquents et meurtriers. Il s'en trouvera toujours pour dire que c'était une politique candide et utopique. N'en déplaise à ces autoproclamés 'réalistes' il faut commencer en quelque part si on veut aboutir quelque part. Prêcher par l'exemple est, à mon avis, une façon de sortir l'électorat, ici comme ailleurs, du cynisme montant à l'endroit de la classe politique. Si Justin Trudeau a reçu l'appui d'une majorité de canadiens, dont des québécois et des jeunes, c'est qu'à travers son approche selfie il a en a fait rêver plusieurs de véritable changement. Malheureusement ce n'était que mirage et on s'en aperçoit de plus en plus.