Drainville se défend d’alimenter le cynisme

Le député péquiste Bernard Drainville s’est présenté à la conférence de presse en compagnie des membres de sa famille, dans sa circonscription de Marie-Victorin.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le député péquiste Bernard Drainville s’est présenté à la conférence de presse en compagnie des membres de sa famille, dans sa circonscription de Marie-Victorin.

Critiqué pour avoir démissionné à peine deux ans après l’élection, le député Bernard Drainville se défend d’alimenter le cynisme des électeurs même s’il a déjà lui-même condamné les élus qui renoncent à leur poste en cours de mandat.

Le député péquiste a confirmé mardi qu’il prend sa retraite de la politique pour animer une émission avec le polémiste Éric Duhaime au FM93, une radio populaire de Québec. Bernard Drainville a expliqué que le départ soudain de Pierre Karl Péladeau, au début du mois de mai, lui a « scié les jambes ».

Le député de Marie-Victorin est devenu le 11e élu de l’Assemblée nationale à démissionner depuis le début du mandat, au printemps 2014. Cette hémorragie — qui a frappé deux caquistes, quatre libéraux et cinq péquistes, y compris M. Drainville — commande une « réflexion » sur le « travail politique » au sein de l’Assemblée nationale, estime le chef intérimaire du Parti québécois (PQ), Sylvain Gaudreault.

« Il faut qu’on se pose des questions sur le fait qu’il y ait 10 % de députés, tous partis confondus, qui ont démissionné depuis l’élection de 2014 », a-t-il soutenu, en se gardant de faire la morale à M. Drainville.

Départs fréquents

Députés démissionnaires depuis l'élection générale de 2014
2016

Bernard Drainville, PQ
Pierre Karl Péladeau, PQ

2015

Stéphane Bédard, PQ
Robert Dutil, PLQ
Marguerite Blais, PLQ
Marjolain Dufour, PQ
Gilles Ouimet, PLQ
Gérard Deltell, CAQ
Yves Bolduc, PLQ

2014

Élaine Zakaïb, PQ
Christian Dubé, CAQ

Députés démissionnaires par parti

PQ: 5 (45,5%)
PLQ: 4 (36,4%)
CAQ: 2 (18,2%)

Le départ d’élus d’autres formations politiques « ne rend pas plus acceptable » la décision de M. Drainville, a-t-il cependant convenu.

Le candidat à la chefferie du PQ Alexandre Cloutier invite aussi à « travailler sur la valorisation du rôle de député ». La population québécoise peut à juste titre reprocher à M. Drainville de cultiver le cynisme en tournant le dos à la politique à mi-mandat, estime le député de Lac-Saint-Jean. Cela dit, « les gens veulent du monde entièrement dédié pour le Québec ». « Il faut tellement avoir le feu sacré quand on fait ce métier-là », a insisté M. Cloutier.

« Dans la norme des choses, un député doit faire son mandat. C’est ce qui est attendu des citoyens », a affirmé la députée de Joliette, Véronique Hivon, après avoir salué « l’engagement politique très très profond » de son ex-confrère.

Un combat qui use

Bernard Drainville a expliqué mardi que la démission de Pierre Karl Péladeau, le mois dernier, a marqué le début d’une réflexion sur son avenir. Il commençait à perdre sa motivation après neuf années sur les banquettes de l’Assemblée nationale.

Le député a souligné qu’il faut savoir « accrocher ses patins » au bon moment. « Pour moi, la politique est un combat. […] Tu ne peux pas pratiquer ça à 50 % ou 70 %. Quand tu commences à sentir une certaine fatigue, faut que tu te poses des questions. Plutôt que d’attendre de tomber en panne sèche, pars », a dit Bernard Drainville en confirmant sa démission à Longueuil.

L’élu démissionnaire s’est fait rappeler sa déclaration sans équivoque d’il y a trois ans, quand il avait condamné les indemnités de départ pour les députés qui abandonnent en cours de mandat. « Un élu qui choisit de son plein gré de démissionner en cours de mandat ne respecte pas le contrat moral qu’il a pris avec ses électeurs », avait-il dit.

Bernard Drainville n’a pas renié ses propos, mais il a rappelé qu’à titre de ministre, en 2013, il avait ouvert la porte à l’abolition des indemnités de départ pour les élus qui démissionnent avant la fin de leur mandat. « Je suis très heureux de vous confirmer que je n’ai pas le droit à une allocation de départ et c’est très bien ainsi. Les libéraux ont repris mon projet de loi, je suis très fier de ça. »

À l’extérieur de la salle où Bernard Drainville s’exprimait, Jean-Claude Savoie restait sceptique devant les explications du député. « Il ne tient pas parole. Il avait dit que les députés doivent faire leur travail jusqu’à la fin de leur mandat. Il a pensé à sa job plutôt que de penser aux électeurs. C’est décevant », a réagi ce résidant de Longueuil.

À la défense de la laïcité

M. Drainville a défendu la défunte et controversée charte de la laïcité, dont il était responsable jusqu’à la défaite électorale du Parti québécois, en avril 2014.

« Est-ce qu’elle était exigeante, la charte ? Oui. Est-ce qu’elle était trop exigeante ? Je ne trouve pas. […] Je ne m’en excuserai pas », a-t-il dit.

« Je note qu’il n’y a rien de réglé dans le dossier de la laïcité. Cette bataille-là va devoir continuer. »

Départs fréquents

Députés démissionnaires depuis l'élection générale de 2014
2016

Bernard Drainville, PQ
Pierre Karl Péladeau, PQ

2015

Stéphane Bédard, PQ
Robert Dutil, PLQ
Marguerite Blais, PLQ
Marjolain Dufour, PQ
Gilles Ouimet, PLQ
Gérard Deltell, CAQ
Yves Bolduc, PLQ

2014

Élaine Zakaïb, PQ
Christian Dubé, CAQ

Députés démissionnaires par parti

PQ: 5 (45,5%)
PLQ: 4 (36,4%)
CAQ: 2 (18,2%)
18 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 15 juin 2016 04 h 21

    Un engagement renié

    L'évidence est là: le député de Marie-Victorin a renié un engagement formel en démissionnant de son poste à mi-mandat: en aucune façon, il ne pourra nier que son départ contribuera à alimenter le cynisme de la population à l'égard de la chose politique. Voilà un bien triste constat.


    Michel Lebel

  • Christian Montmarquette - Abonné 15 juin 2016 06 h 01

    L'excuse PKP

    C'est n'importe quoi cette excuse, Bernard Drainville était en politique bien avant l'arrivée de Pierre Karl Péladeau.

    La vérité, c'est que ses ambitions carriéristes étaient bouchées et qu'il se servait donc lui-même avant de servir ses concitoyens. Un caprice qui va leur coûter la modique somme de un demi-millions de dollars.

    - Est-ce que les électeurs de Marie-Victorin auraient voté pour Bernard Drainville sachant qu'il plaquerait à mi-mandat? Permettez-moi d'en douter.

    À croire que la sanction pour démission sans motifs suffisants devrait être d'assumer les frais des nouvelles élections.

    Christian Montmarquette

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 juin 2016 06 h 26

    …lègue !

    « M. Drainville a défendu la défunte et controversée charte de la laïcité » (Marco Bélair-Cirino, Marco Fortier, Le Devoir)

    « Je note qu’il n’y a rien de réglé dans le dossier de la laïcité. Cette bataille-là va devoir continuer. » (Bernard Drainville, en retraite de la politique, PQ)

    de ces citations, il est comme à espérer que cette charte, des valeurs et laïcité, soit ressuscitée et mise en débat d’auprès les prétendantEs à la chefferie du PQ, et ce, pour ce simple motif qu’elle constitue une des fiertés du Québec susceptibles d’assurer et maintenir un vivre-ensemble responsable et respectueux en matières d’identité, de culture, de souveraineté et d’humanité à la québécoise !

    Merci Bernard, pour ce …

    …lègue ! 15 juin 2016 -

  • Yves Laframboise - Abonné 15 juin 2016 07 h 41

    BRAVO

    Bravo à Bernard Drainville pour le travail qu'il a fait pour mener à bien le dossier de la laïcité au Québec, chantier commencé depuis longtemps mais non complété.

    Quant aux aspirants actuels à la chefferie du PQ, on imagine déjà, avec leurs premières déclarations à ce sujet, leur manque de vision, leur manque de courage et leur absence de volonté à cet égard. Avec de plus en plus d'empiètements du religieux dans la sphère publique, nous nous dirigeons vers une perte de cohésion sociale.

    Tous décevants !

  • Jean Lapointe - Abonné 15 juin 2016 07 h 59

    Je pense que Bernard Drainville ne nous dit pas tout.

    «Bernard Drainville a expliqué mardi que la démission de Pierre Karl Péladeau, le mois dernier, a marqué le début d’une réflexion sur son avenir. Il commençait à perdre sa motivation après neuf années sur les banquettes de l’Assemblée nationale.» (Marco Bélair-Cirino)

    J'ai comme l'impression que Bernard Drainville ne nous dit pas tout.

    Je me demande s' il ne serait pas en train de tenter de surmonter une dépression. Ceux qui ont connu ce genre d'expérience savent sûrement de quoi je parle.

    Si c'est vrai, et il n'est pas impossible que ce soit le cas parce que c'est quelque chose qui peut nous arriver à tous et chacun d'entre nous, il faudrait faire preuve d'un peu plus de compréhension et de compassion.