Bras de fer chez Hilfiger

Le designer new-yorkais Tommy Hilfiger. — Source: Newscom
Photo: Le designer new-yorkais Tommy Hilfiger. — Source: Newscom

La Commission des relations du travail est saisie d'un litige opposant la multinationale du vêtement Tommy Hilfiger et quatre employés de son entrepôt de l'avenue du Parc qui se disent victimes de congédiements illégaux en raison de leurs activités syndicales.

Tony Ayala, son épouse Jemimah Morales, Filomena Fabia et Mélanie Esguerra ont été mis à la porte le 5 décembre dernier, trois semaines après avoir signé des cartes d'adhésion au Syndicat des travailleurs de l'industrie du bois et leurs alliés du Canada (IBA), affilié aux CTC et à la FTQ. Ils ont reçu des lettres de licenciement presque identiques dans lesquelles Tommy Hilfiger Canada explique que leurs postes ont été abolis en raison d'une «réorganisation de [ses] opérations».

Tony Ayala croit au contraire qu'il a été renvoyé «parce qu'il était impliqué dans le syndicat». M. Ayala, Mme Morales, Mme Fabia et Mme Esguerra ont déposé des plaintes auprès de la Commission des relations du travail, exigeant d'être réintégrés dans leurs anciennes fonctions avec pleine compensation des pertes subies.

Hilfiger Canada conteste leur interprétation des faits. «La position de Tommy Hilfiger est que ces quatre personnes-là ont été licenciées, ce qui veut dire que leurs postes ont été abolis pour des raisons strictement d'affaires et pour des raisons strictement de nature économique», a dit Patrick Essiminy, l'avocat de Tommy Hilfiger Canada. La restructuration a d'ailleurs touché tous les échelons au sein de l'entreprise, a ajouté le contrôleur de Tommy Hilfiger Canada, Alan Abramowicz.

Ce n'est pas la première fois que l'entrepôt de Tommy Hilfiger fait l'objet d'une bataille pour obtenir la syndicalisation de ses 100 à 130 employés affectés à la réception, à l'emballage et à l'expédition des vêtements fabriqués à l'étranger.

Le 23 octobre 2002, le Syndicat du vêtement, textile et autres industries (SVTI-FTQ) déposait une demande d'accréditation pour représenter les travailleurs de l'entrepôt de Hilfiger à Montréal. Le 12 décembre 2002, les employés choisissaient, lors d'un vote secret, de ne pas se syndiquer. Le SVTI revenait à la charge le 30 juin 2003. Un deuxième vote devait avoir lieu le 10 octobre dernier, mais le SVTI s'est désisté à la dernière minute pour des raisons inexpliquées.

Persuadé que le SVTI avait abandonné à leur sort les travailleurs de Hilfiger, Tony Ayala a pris l'initiative de contacter un organisateur de l'IBA en novembre 2003. «J'ai été ciblé comme le gars qui a appelé le deuxième syndicat», a dit M. Ayala dans une entrevue accordée en marge des audiences.

L'entrepôt de Hilfiger est un centre de distribution pour le marché canadien où il ne se fabrique aucun vêtement. Embauché en 1992, M. Ayala gagnait 11,94 $ l'heure à titre d'expéditeur de marchandises avant d'être congédié. Un jour, un nouveau venu qu'il devait former lui a fait remarquer qu'il gagnait plus que lui. Les iniquités dans la rémunération étaient monnaie courante à l'entrepôt du 7077 de l'avenue du Parc, prétend M. Ayala. Les employés devaient en outre rester debout pendant des périodes de huit à neuf heures. Et lorsqu'ils travaillaient au quai de réception, ils devaient porter un manteau l'hiver tellement l'endroit était mal isolé. «Les gens étaient traités de bien mauvaise façon», résume-t-il. Autant d'éléments qui l'ont convaincu de la nécessité de trouver une protection auprès du syndicat.

Tommy Hilfiger Canada n'a rien contre la syndicalisation de ses employés, assure Me Essiminy. «Tommy Hilfiger a comme position de ne pas sanctionner des gens parce qu'ils font des activités syndicales. Au contraire, Tommy Hilfiger croit profondément que les gens ont le choix de s'associer à un syndicat ou non [...] et a respecté par le passé ce choix-là», a dit l'avocat en entrevue.

La présence d'un journaliste du Devoir aux audiences de la commission a passablement agacé Me Essiminy, qui a demandé à deux reprises au commissaire Michel Denis d'interdire sa présence. L'avocat du cabinet Stikeman Elliott a expliqué que la présentation de sa preuve l'amènerait à révéler des informations confidentielles sur la situation financière et les activités de Tommy Hilfiger au Canada. Le commissaire a refusé d'accéder à cette requête qui revenait en quelque sorte à prononcer un huis clos sur la cause. M. Denis s'est cependant réservé la possibilité de rendre des ordonnances de non-publication sur les portions délicates de la preuve. Mais aucune situation semblable ne s'est présentée hier lors de la première journée d'audience.

Tony Ayala a longuement témoigné sur son travail au sein de Tommy Hilfiger Canada. Il n'a jamais révélé à M. Abramowicz ou à ses superviseurs immédiats qu'il était impliqué dans des activités syndicales. Mais ce n'était un secret pour personne, a-t-il dit.

Lorsqu'il a appris la nouvelle de son congédiement, le 5 décembre, M. Ayala n'était pas vraiment surpris. Il a dû négocier avec l'employeur afin de pouvoir retourner à l'intérieur de l'entrepôt de l'avenue du Parc pour reprendre ses effets personnels. «Après 11 ans [de service], je n'ai même pas eu la chance de dire au revoir à personne», a-t-il dit en réponse aux questions de Me Essiminy. En vertu du Code du travail, c'est à l'employeur de faire la preuve qu'un travailleur n'a pas été congédié par mesure de représailles une fois que la commission est saisie d'une plainte. Les audiences se poursuivront à une date ultérieure.