Bernie Sanders était-il un mirage?

Hillary Clinton et Bernie Sanders
Photo: Julio Cortez Associated Press / John Locher Associated Press Hillary Clinton et Bernie Sanders

On la prédisait soporifique, elle s’est avérée haletante. La primaire démocrate a connu un moment décisif hier, Hillary Clinton revendiquant la victoire après avoir gagné dans quatre États mardi. Mais son rival Bernie Sanders refuse d’abandonner la course. « Le combat continue », a-t-il lancé, affirmant du même souffle qu’il allait continuer sa campagne jusqu’à la convention démocrate qui se tiendra fin juillet.

1. La course démocrate était-elle aussi serrée qu’on le croit?

Contre toute attente, Bernie Sanders s’est maintenu depuis le début dans la course à l’investiture démocrate, alors qu’Hillary Clinton partait largement favorite.

Toutefois, lorsqu’on observe les données des primaires démocrates depuis le début de la course, force est de constater que Hillary Clinton n’a cessé de creuser l’écart.

Cet avantage de la candidate s’explique en majeure partie par ses nombreuses victoires remportées dans des États populeux et importants en matière de délégués. L’ex-première dame a remporté 13 des 15 États mettant en jeu le plus de délégués.

La carte ci-dessous illustre les résultats des deux candidats démocrates en termes de délégués dans chaque État. Les superdélégués sont exclus du calcul. 



Du côté des délégués, Hillary Clinton détient une confortable avance lorsque l’on tient compte des superdélégués. Et si l’on ignore ces derniers, comme l’a exigé à répétition Bernie Sanders, Mme Clinton distance son rival par plus de 400 délégués.

Une autre donnée dont on parle moins est le vote populaire. Mercredi, l’écart entre les candidats était d’un peu plus de 3,6 millions de votes en faveur de Mme Clinton.

 

2. Bernie Sanders a-t-il encore des chances de l’emporter?

Dans un communiqué envoyé lundi, le porte-parole de la campagne de M. Sanders, Michael Briggs, affirmait que Mme Clinton « n’a pas et n’aura pas le nombre requis de délégués remportés lors des primaires pour obtenir l’investiture ». « Elle dépend des superdélégués qui ne voteront pas avant le 25 juillet, et ils peuvent changer leur avis d’ici là », ajoutait-il.


 

 

Pour espérer l’emporter, Bernie Sanders devra compter sur un renversement d’appuis sans précédent de plusieurs centaines de superdélégués lors du vote à la convention nationale démocrate. Plus de 500 d’entre eux, sur 700, se sont déjà ralliés à Mme Clinton. Bernie Sanders espère pouvoir les faire changer d’allégeance d’ici la tenue de la convention à Philadelphie.

Cette stratégie est peine perdue, selon Louis Collerette, coordonnateur de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, à l’Université du Québec à Montréal. « C’est mathématiquement terminé pour M. Sanders », tranche-t-il. M. Collerette considère qu’il « serait très improbable » que M. Sanders réussisse à convaincre les superdélégués de l’appuyer. « Depuis le début de la campagne, aucun superdélégué n’a changé son appui en faveur de M. Sanders », fait-il remarquer.

3. Quel impact pour le Parti démocrate ?


Photo: Drew Angerer Getty Images / Agence France Presse

Selon Louis Collerette, joint par téléphone avant les primaires de mardi, il sera intéressant de voir si Bernie Sanders se maintiendra réellement dans la course jusqu’à la convention en juillet. « Cela pourrait s’avérer dangereux comme stratégie, puisque pendant les prochaines semaines, d’autres affrontements entre les candidats démocrates pourraient avoir lieu, alors que du côté des républicains, Donald Trump continue de consolider tranquillement ses appuis au sein de son parti », analyse-t-il.

Il est aussi normal, explique le chercheur, que M. Sanders se soit laissé cette marge de manoeuvre d’ici le grand rassemblement démocrate de cet été. Mais « sa priorité numéro un est de bloquer Donald Trump » dans la course à la présidence. L’agence de presse Associated Press rapportait mercredi que la campagne présidentielle de Bernie Sanders s’apprête à donner congé à près de la moitié de son personnel.

Le New York Times évoquait en début de semaine la rumeur selon laquelle le président sortant Barack Obama pourrait bientôt donner son appui officiel à Hillary Clinton. « Il sera intéressant de voir l’impact qu’aura le président Obama dans la campagne, parce que pour l’instant, Mme Clinton a des problèmes, notamment d’image. Elle n’est pas perçue comme étant une personne honnête », explique M. Collerette.

« C’est la première fois depuis plusieurs années qu’un président sortant jouit d’une popularité relativement élevée. Il sera donc intéressant de voir si cet “effet Obama” aidera Mme Clinton à remonter la pente dans les sondages, qui se sont resserrés entre elle et Donald Trump dans les dernières semaines », ajoute le chercheur.

M. Collerette y va également d’une mise en garde. Selon lui, la course entre Donald Trump et Hillary Clinton est plus serrée que prévu. « Il faut toujours faire attention, la campagne présidentielle américaine est longue et on est encore loin de novembre. On n’est pas à l’abri d’un imprévu », conclut-il.

Même s’il échappe l’investiture démocrate, tout n’est peut-être pas perdu pour Bernie Sanders. Selon M. Collerette, il aura su tirer Hillary Clinton vers la gauche et a en quelque sorte gagné son pari en plaçant ses enjeux de prédilection au coeur de la course. « Cela a été la stratégie de M. Sanders dès le début », rappelle-t-il. « Avec sa récolte de délégués, il pourrait avoir un impact sur la plateforme du Parti démocrate lors de la convention. »

En collaboration avec Polytechnique Montréal
 

6 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 9 juin 2016 06 h 25

    Un homme trop têtu et orgueilleux!

    Sanders semble bien être un fort mauvais perdant. Pour le bien du Parti démocrate et pour battre Trump, Sanders devrait rapidement se rallier à Hillary Clinton.

    M.L.

    • Etienne Boivin - Abonné 9 juin 2016 09 h 39

      Sanders n'est pas un mauvais perdant. Son but premier est de placer ses enjeux au coeur du débat. Il a parti un mouvement politique au sein du parti démocrate qui sera présent bien après le départ de Bernie Sanders. La course à l'investiture démocrate se termine à Philadelphie, le mois prochain. Depuis quand est-on un mauvais perdant parce qu'on veut terminer la course au lieu d'abandonner. C'est totalement ridicule.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 juin 2016 09 h 57

      Se rallier rapidement, c'est ce ferait n'importe quel politicien soucieux de son avenir politique.

      Mais si Sanders croient que ses idées dites 'socialistes' sont plus importantes que lui-même, il continuera le combat même après la convention démocrate, avec des moyens différents.

  • Raymond Lutz - Inscrit 9 juin 2016 07 h 51

    Si les medias avaient accordé autant de couverture à Sanders

    qu'à Drumpf, Sanders mènerait.

    Même le titre est tendancieux... Pourquoi pas "Les chances de gagner de Bernie Sanders étaient-elles illusoires?".

    Hit job.

  • Luc Normandin - Abonné 9 juin 2016 08 h 43

    Crooked primaries

    Il aurait été assez illusoire de croire que l'establishment (lire ici le 1%) aurait laissé Sanders passer entre les mailles du filet.
    D'où des primaires entachées de toutes les irrégularités que l'imagination d'élites paniquées ont pu concocter.
    On peut se consoler en se disant qu'au moins, de cette façon, Sanders en sort vivant!

  • Jean Breton - Abonné 9 juin 2016 14 h 59

    Sanders et Québec solidaire : même combat !

    Par son acharnement pathologique à ne pas reconnaître sa défaite, Sanders ne sert plus, essentiellement, qu'à faire le jeu de l'élection de Trump... tout comme au Québec, la gauche intégriste de Québec Solidaire ne sert surtout qu'à assurer la réélection à perpète du Parti Libéral. Ce dernier parti étant d'abord au service des profiteurs du système et de la minorité anglo-montréalaise.

    Bref, comme on disait jadis, qui veut faire l'ange fait la bête.

    Jean Breton