Mulcair accorde cinq ans de plus au dépotoir de Lachenaie

Le mégasite de Lachenaie, au nord-est de Montréal. Le ministre de l’Environnement, Thomas Mulcair, vient d’annoncer que la quantité de déchets qui y sont enfouis augmentera au lieu de diminuer.
Photo: Jacques Nadeau Le mégasite de Lachenaie, au nord-est de Montréal. Le ministre de l’Environnement, Thomas Mulcair, vient d’annoncer que la quantité de déchets qui y sont enfouis augmentera au lieu de diminuer.

Le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, a porté hier un dur coup à la Politique québécoise de gestion des déchets, axée sur la récupération et le recyclage, en prolongeant de cinq ans la vie utile du mégasite d'enfouissement de Lachenaie et en augmentant sa capacité de 30 %, soit davantage que les besoins exprimés en audiences publiques par le promoteur.

La Politique québécoise de gestion des déchets, dont le Parti libéral promettait le respect intégral dans son programme électoral, prévoit réduire de 60 % la masse des matières recyclables présentes dans le sac vert entre 2003 et 2008. La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui génère 60 % des déchets du Québec, demande depuis l'été dernier à Québec de l'autoriser à reporter de cinq ans, soit de 2008 à 2013, l'atteinte des objectifs de la Politique, ce qui suppose que Québec lui ouvre un dépotoir assez grand pour y enfouir ses déchets en attendant la mise en application de son «plan de gestion des matières résiduelles», lequel doit donner la priorité au recyclage.

Le ministre Mulcair accorde donc sans le dire le délai réclamé en prolongeant de cinq ans la vie utile du site de Lachenaie, le seul sur le territoire de la CMM. Le volume annuel des déchets enfouis à Lachenaie, qui était de 970 000 tonnes depuis 1995, sera maintenant porté à 1,3 million de tonnes, soit une augmentation de 33 %. Le site, qui appartient à la multinationale étasunienne Browning Ferris International (BFI), pourra s'étendre vers le nord et accueillir une cellule d'enfouissement de 6,5 millions de tonnes.

Le ministre était d'ailleurs tout en louanges hier envers ce site, au sujet duquel la commission chargée de l'évaluer au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a conclu «qu'il était inacceptable». Le ministre a en effet souligné, dans son communiqué, «que la qualité et la sécurité du site auraient permis d'accueillir les 40 millions de tonnes métriques demandées par l'exploitant». Mais, s'empressait-il de souligner, il estimait nécessaire d'accorder une «autorisation de plus courte durée», soit cinq ans au lieu des 40 ans réclamés par BFI dans son Avis de projet. Si le BAPE a effectivement reconnu la nécessité d'une transition pendant que la CMM mettait au point son plan de gestion, les commissaires ont estimé qu'une autorisation de courte durée, ne dépassant pas 2008, pourrait être accordée, «avec une capacité d'enfouissement autorisée qui tiendrait compte des objectifs de la Politique», ce qui impliquait de la réduire de 970 000 tonnes à quelque 450 000 tonnes, au lieu des 1,3 million de tonnes finalement accordées par le ministre Mulcair.

Pour le BAPE, le maintien de l'ancienne capacité d'enfouissement, «favorisant l'enfouissement au détriment de la récupération, apparaît comme allant à l'encontre des objectifs de la Politique».

Le ministre Mulcair a prétendu hier exactement le contraire. L'augmentation du tonnage et la prolongation de cinq ans, soutenait-il, «permettront à la CMM et aux municipalités régionales de comté avoisinantes de mettre en oeuvre la première phase de leur plan de gestion des matières résiduelles».

Réagissant sur-le-champ au décret d'autorisation du ministre Mulcair, le maire de Mascouche, Richard Marcotte, a regretté que ce décret «ne soit porteur d'aucune solution immédiate» au problème, crucial pour sa région, de l'exportation des déchets de la métropole: «L'exportateur chronique, disait-il, n'est pas obligé de changer avec cette décision. On lui permet de pousser la neige en avant avec un nouveau report». M. Marcotte aurait souhaité que le gouvernement impose une compensation financière au profit de la région pour chaque tonne de déchets que Montréal vient y enfouir.

Jusqu'ici, les déchets de l'île de Montréal ont compté pour 43 % des déchets enfouis à Lachenaie. Dans la planification soumise au BAPE, BFI prévoyait, dans un scénario «optimiste» pour la Politique nationale, une capacité d'enfouissement de 1,06 million de tonnes par an, et, dans un scénario «conservateur» (si la Politique ne fonctionne pas), il lui faudrait une capacité d'enfouissement de 1,25 million de tonnes. Québec n'est donc pas très optimiste car il accorde davantage, soit 1,3 million de tonnes, au promoteur.

Pour le maire de Mascouche, ajouter au tarif d'enfouissement une contribution à un fonds régional permet tout juste de couvrir les séquelles sociales et écologiques du site, que les municipalités devront absorber à long terme. Il faut plus que les 3 $ ou 4 $ suggérés au BAPE par des villes voisines du site, dit-il, et il faut plutôt prévoir un montant «suffisamment important qui dissuaderait les villes exportatrices de déchets à les sortir de leur territoire au profit de solutions chez elles.» À son avis, le Plan vert en préparation au ministère de l'Environnement pourrait imposer cette logique, qui rendrait attrayante une véritable politique de recyclage dans chaque région en décourageant une fois pour toutes les exportations chez les voisines. Mais, faute d'une telle mesure, dit-il, c'est la Politique provinciale qui en prend «un coup», car la permission d'enfouissement accordée à la CMM par la prolongation à Lachenaie et l'augmentation de sa capacité ont pour effet de soustraire plus de la moitié des déchets du Québec aux échéances et aux objectifs de la Politique nationale.
2 commentaires
  • Hugues Charbonneau - Inscrit 11 février 2004 06 h 53

    Extraction-consommation-élimination

    Voilà la relation à sens unique que nous entretenons avec les ressources naturelles et résiduelles. Pourquoi? Les prix pour enfouir sont trop bas et il s'agit du problème numéro un du recyclage. Que faire?

    1.Resserrer les normes d'étanchéité et de récupération/valorisation des biogaz.

    2.Interdire l'élimination de la matière organique.

    3.Taxer l'enfouissement.

    4.Faire payer au poids pour la collecte des déchets à éliminer dans les municipalités.

    5.Recycler le politiquement correct par du courage politique.

  • Alejandro Montero - Inscrit 11 février 2004 09 h 07

    régression

    Tandis qu'en Europe septentrionale on récupère des pièces mécaniques vieilles de 25 ans, que l'on recycle l'isolant en natte que l'on aura récupéré durant la déconstruction d'un bâtiment et que l'on transforme des anciennes industries en parcs urbains, ici, à peine quelques 6000km à l'ouest, nous régressons en matière de gestion de déchet.

    Est-ce un complot du Parti Libéral de garder le Québec au Moyen-Âge?