«C’est comme tenter d’arrêter un ouragan»

La Société de prévention des forêts contre le feu (SOPFEU) observe de très près la situation à Fort McMurray, les incendies de grande ampleur étant appelés à devenir de plus en plus fréquents dans la forêt boréale québécoise.

La Société de prévention des forêts contre le feu (SOPFEU) observe de très près la situation à Fort McMurray, les incendies de grande ampleur étant appelés à devenir de plus en plus fréquents dans la forêt boréale québécoise.

Quand des incendies atteignent l’intensité de ceux qui ravagent l’Alberta, il est difficile de limiter les dégâts, soutient Sylvie Gauthier, chercheuse scientifique en écologie des feux de forêt à Ressources naturelles Canada. « Les systèmes de protection contre les incendies forestiers ont été établis à une époque où la sécheresse était moins fréquente. Depuis, les conditions climatiques ont changé. Tenter d’arrêter un feu de forêt en saison sèche, c’est comme tenter d’arrêter un ouragan », juge cette spécialiste des conditions propices aux feux de forêt.

Si, pour l’instant, on combat ce type de brasier avec les moyens usuels que sont les avions-citernes, les hélicoptères, les pompiers forestiers et les bulldozers, la force des feux en temps de sécheresse s’avère très difficile à vaincre, dit-elle. « Il y a peu d’autres moyens pour ralentir ce type de feu que de brûler ou raser d’autres zones pour créer des zones coupe-feu. À Slave Lake, on avait réussi à stopper la destruction d’un secteur de la ville en rasant les bâtiments d’une rue », donne-t-elle en exemple.

Peu réaliste

 

À la SOPFEU, qui enverra quatre avions-citernes à Lac La Biche avec pilotes et mécaniciens pour prêter main-forte aux pompiers forestiers albertains, on juge peu réaliste d’arrêter la tête de l’incendie, actuellement hors de contrôle. « Quand il s’agit de feux de cimes, c’est très dangereux, et les pompiers ne peuvent travailler que sur les flancs du feu ou derrière pour limiter les dommages », affirme Éloïse Bouchard, agent de prévention et d’information à la SOPFEU.

« Les avions-citernes sont surtout utiles en attaque initiale pour aider les pompiers sur le terrain et rendre la tâche plus facile », ajoute-t-elle.

Constructions à risque

De façon généralisée, les experts en contrôle des incendies consultés estiment qu’on ne doit pas se surprendre de l’ardeur de tels feux, un phénomène naturel propre aux forêts de résineux. « Ce qui est exceptionnel, c’est de construire des milliers d’habitations et d’infrastructures industrielles au beau milieu de telles forêts », estime Yves Bergeron, expert de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable.

« Il y a peu de façons de réduire ces risques, conclut Mme Gauthier, même en Californie et en Australie, où on a tenté de planter des espèces moins sujettes aux feux de brousse dans les zones habitées à risque. Cela a eu peu d’effets. »



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