Vers une première politique de services en français en Alberta

Ricardo Miranda a été nommé ministre de la Culture et du Tourisme et responsable des Affaires francophones de l’Alberta, en début d’année.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Ricardo Miranda a été nommé ministre de la Culture et du Tourisme et responsable des Affaires francophones de l’Alberta, en début d’année.

C’est du jamais vu ou presque dans l’histoire de l’Alberta : un gouvernement qui se dit non seulement à l’écoute des francophones de la province, mais qui, de surcroît, promet de passer de la parole aux actes pour assurer le respect de leurs droits.

Près d’un an après l’élection inattendue de la néodémocrate Rachel Notley à la tête de la province pétrolifère, les Franco-Albertains se remettent peu à peu de leur surprise. Après des années à tenter en vain d’attirer l’attention des progressistes-conservateurs, ils ont eu droit à un premier tête à tête en privé avec la première ministre, il y a un mois.

La nomination en début d’année du Canadien d’origine nicaraguayenne Ricardo Miranda à titre de ministre de la Culture et du Tourisme et de responsable des Affaires francophones a permis de clarifier les intentions du gouvernement quant aux services offerts aux quelque 82 000 Franco-Albertains.

« Contrairement aux gouvernements conservateurs, nous avons [la volonté] de créer une première politique pour la communauté francophone », a confié M. Miranda au Devoir, de passage à Montréal. Cette politique, que le gouvernement souhaite faire adopter d’ici le 150e du pays, en 2017, devrait préciser dans quels domaines le gouvernement offrira des services en français. Outre l’éducation — l’Alberta, comme toutes les provinces à majorité anglophone, doit offrir des programmes d’éducation de langue française destinés aux francophones, en plus de programmes d’immersion destinés aux anglophones —, des programmes d’accès à la justice ou des garderies destinées aux enfants franco-albertains pourraient être envisagés, selon M. Miranda. Les consultations entourant cette nouvelle politique gouvernementale sur les services en français doivent débuter au cours des prochaines semaines.

« En ce moment, la loi albertaine ne me donne même pas le droit de signer un document officiel en français. C’est complètement bizarre. Le [contexte économique] ne nous permet pas de créer de grands programmes, mais cette politique sera une première étape. On veut aussi établir de meilleures relations avec le gouvernement du Québec, pour améliorer les occasions culturelles et linguistiques », explique ce fils de réfugiés, ex-agent de bord d’Air Canada éduqué dans l’un des très nombreux programmes d’immersion française de la province.

Pour Jean Johnson, le président de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), cet engagement tombe à point nommé, la province ayant accueilli des milliers de Québécois et d’autres francophones du pays au cours de la dernière décennie en raison du boom pétrolier, sans compter l’arrivée d’un nombre sans cesse croissant d’immigrants originaires de l’Afrique francophone.

« Avec les prédécesseurs de M. Miranda, c’était toujours des paroles, des petites paroles. Et il n’y avait aucune action. On sent clairement l’intention d’agir, maintenant. C’est déjà en train de se faire, puisque différentes directives commencent à être changées », observe-t-il.

Il est vrai que l’ACFA aurait préféré une Loi sur les services en français plutôt qu’une politique qui pourra plus facilement être modifiée par les successeurs de Mme Notley. Mais celle-ci constituera déjà un pas de géant, selon M. Johnson. « On part de loin. À vrai dire, on n’a carrément rien, à l’exception des écoles, et ça, c’est parce que c’est une obligation imposée par la Constitution. »

 


Une ministre des Affaires francophones unilingue anglophone au Manitoba

Pendant que la communauté franco-albertaine se réjouit de l’ouverture témoignée par le nouveau gouvernement néodémocrate, la nomination du nouveau Conseil des ministres du Manitoba, mardi, suscite nombre d’inquiétudes chez les francophones de cette province. C’est que la nouvelle ministre responsable des Affaires francophones, Rochelle Squires, est unilingue anglophone. Aussi nommée ministre responsable du Sport, de la Culture et du Patrimoine et de la Condition féminine, la députée progressiste-conservatrice de Riel — une circonscription à forte proportion francophone — a été assermentée au cours d’une cérémonie tenue en anglais seulement. En outre, le gouvernement de Brian Pallister n’a pas créé de noms officiels en français pour les nouveaux ministères, contrairement à son prédécesseur.
4 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 4 mai 2016 03 h 42

    Mettez un peu de couleurs à cet environnement tellement gris.

    Y aurait-il des politicien(ne)s capables de voir la politique vraiment autrement que l'approche d'un comptable? S'il y en avait plus, la politique serait peut-être moins ennuyante.

  • Bernard Terreault - Abonné 4 mai 2016 08 h 06

    Chez le voisin manitobain

    Un encart jouxtant l'article déplore qu'au Manitoba la ministre supposément responsable de la francophonie soit unilingue anglaise. Mais elle est députée de la circonscription le plus francophone de la province ! Alors, pourquoi ces gens l'ont-elle élue? Si on y tient vraiment à coeur, pourquoi n'avoir pas fait savoir aux divers partis qu'on ne voterait pas pour un(e) unilingue ?

  • Gilles Théberge - Abonné 4 mai 2016 08 h 42

    C'est pas difficile!

    Trois universités francophones, plus des institutions francophones comme des commissions scolaires, des hôpitaux. Et j'oubliais l'obligation d'adopter toutes les lois en français aussi.

    C'est en bonne partie l'équivalent de ce qu'ont les anglais au Québec.

    Moins que ça c'est rire de nous autres.

  • Normand Renaud - Inscrit 4 mai 2016 09 h 46

    Bon début

    C'est quand même intéresant cette ouverture à la reconnaissance du français en Alberta. Il y a une bonne communauté francophone là-bas et avec l'apport de la migration économique, qui sait un jour, si l'alberta deviendra le deuxème N.Brunswick! Bien sûr c'est de la fiction.