Péladeau baisse les bras

Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, a annoncé son retrait de la vie politique «pour le bien de ses enfants» lors d’un point de presse d’urgence, lundi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, a annoncé son retrait de la vie politique «pour le bien de ses enfants» lors d’un point de presse d’urgence, lundi.

Une entrée fracassante. Une sortie fracassante. Pierre Karl Péladeau a mis abruptement fin lundi après-midi à sa carrière politique, créant une onde de choc au sein de la classe politique québécoise.

Le chef du Parti québécois était confronté à un « choix déchirant » : la vie politique ou la vie familiale. Il a choisi d’être auprès de ses enfants. « J’ai choisi ma famille », a-t-il laissé tomber, la voix éteinte, devant un bataillon de journalistes convoqués à la dernière minute à la permanence du PQ à Montréal. « J’ai pris cette décision pour le bien de mes enfants. Je dois, pour eux, demeurer un exemple », a-t-il ajouté tout en retenant non sans difficulté ses sanglots.

L’homme de 54 ans était anéanti. En cinq minutes, il a mis fin au tourbillon politique dans lequel il était plongé depuis qu’il avait levé le poing « Pour le pays ! » il y a deux ans dans la Vieille-Gare de Saint-Jérôme.

M. Péladeau en est arrivé à cette conclusion sans appel deux jours après s’être disputé sur des enjeux de conciliation travail-famille avec son ex-conjointe, Julie Snyder, selon plusieurs sources dans l’entourage de « PKP ». « Il a eu peur de perdre ses enfants », a résumé l’une d’entre elles. Il s’est retrouvé au « centre d’une tempête parfaite », a indiqué une autre.

La directrice de cabinet, Annick Bélanger, et le directeur de cabinet adjoint, Jean-François Gibeault, ont « tout fait » pour convaincre M. Péladeau de demeurer à la barre du PQ, mais en vain. La décision était finale. « Il a été forcé de choisir entre ses enfants et la direction du PQ », a fait valoir un de ses proches collaborateurs à micro fermé.

Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Julie Snyder a fait état, à «Tout le monde en parle» dimanche, des «défis» des séances de médiation avec Pierre Karl Péladeau, avec qui elle a deux enfants.

La démission de M. Péladeau survient au lendemain de la diffusion de l’émission Tout le monde en parle durant laquelle la célèbre animatrice Julie Snyder a dit relever un « beau défi » en se prêtant à la médiation familiale avec M. Péladeau. L’homme a été « [s]es repères, [s]es frontières, [s]on pays » au fil des dernières années. « On travaille fort ! […] Mais je me dis tout le temps… Nos enfants vont à l’école publique, il y a des médiateurs dans les classes, dans la cour d’école, et on dit qu’il ne faut pas faire d’intimidation, qu’il faut apprendre à négocier, apprendre à mettre de l’eau dans notre vin, à discuter, à donner… Nos enfants apprennent beaucoup par l’exemple. J’espère qu’on va pouvoir être un bon exemple pour nos enfants », a-t-elle déclaré sur les ondes de Radio-Canada.

Fruit du hasard, le PQ et les Productions J partagent le même étage d’un immeuble de bureaux rue Papineau, à Montréal.

Les élus « sonnés »

La surprise des élus péquistes a été « totale », a souligné le député Pascal Bérubé. M. Péladeau leur a annoncé le fruit de sa douloureuse réflexion lors d’une conférence téléphonique de tout au plus 15 minutes. « On est sonnés, tout le monde », a poursuivi le whip de la formation politique, Harold Lebel.

M. Péladeau a aussi pris de court les employés du PQ. Plusieurs d’entre eux n’arrivaient pas à retenir leurs larmes lorsqu’il a annoncé sa décision de tourner le dos à l’Assemblée nationale lundi après-midi.

Le premier ministre Philippe Couillard a dit avoir « ressenti toute la tristesse » de son ex-adversaire politique. « Le bien-être de nos proches, de nos enfants, est ce que nous avons de plus précieux. Nous ne partagions pas la même vision de l’avenir du Québec. Au-delà de cette différence, je sais qu’il était, comme toutes les femmes et tous les hommes engagés dans la vie publique, profondément animé par la volonté de faire progresser notre nation vers un avenir meilleur », a-t-il fait valoir dans un communiqué de presse.

Fier d’avoir mis en oeuvre la convergence

M. Péladeau a quitté le PQ — « un grand parti » qu’il « aime profondément » — à contrecoeur. « Au cours des derniers mois, nous avons, ensemble, travaillé sans relâche pour la défense des intérêts de la population, pour le développement économique et pour les régions du Québec. Nous avons fait des avancées importantes, nous avons fait reculer le gouvernement », a déclaré l’actionnaire de contrôle de Québecor moins d’un an après avoir été élu aux commandes du PQ.

L’indépendantiste convaincu s’est dit particulièrement fier d’avoir amorcé un « chantier important » au cours des derniers mois, soit celui de « jete[r] les bases de la convergence des forces nationalistes et souverainistes ». « C’est un chantier important. Je fais confiance aux militantes et aux militants pour le continuer », a-t-il affirmé au terme d’un passage court, mais agité, au PQ durant lequel il a convenu avoir « des croûtes à manger ».

Les élus péquistes se réuniront vendredi afin de désigner le chef de l’opposition officielle par intérim à l’Assemblée nationale. Celui-ci aura la lourde tâche d’affronter le premier ministre Philippe Couillard lors de la période des questions d’ici à la désignation du 9e chef du PQ.

La perspective d’une longue course à la succession de M. Péladeau — assortie de débats aux quatre coins du Québec — ne sourit pas à l’état-major du PQ, dont les coffres sont presque à sec. Dans cet esprit, la possibilité de confier le choix du prochain chef péquiste aux délégués lors d’un congrès extraordinaire plutôt qu’à l’ensemble des membres du PQ est évoquée au QG du PQ.

Cela dit, plusieurs militants appartenant aux camps « Cloutier », « Ouellet » et « Hivon » avaient du mal lundi soir à dissimuler leur enthousiasme à l’orée d’une nouvelle course à la direction du PQ. « Tout est possible ! »

Avec Antoine Robitaille, Marco Fortier, Guillaume Bourgault-Côté et Robert Dutrisac

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