Démission de PKP: de la surprise… et un peu de peine

«Je n’avais pas eu de signe avant-coureur, même si je suis en contact régulier avec son cabinet», confie en entretien l’ex-première ministre Pauline Marois.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Je n’avais pas eu de signe avant-coureur, même si je suis en contact régulier avec son cabinet», confie en entretien l’ex-première ministre Pauline Marois.
La démission de Pierre Karl Péladeau a surpris toute la classe politique lundi. Et pour ceux qui l’ont côtoyé à la tête du mouvement souverainiste, une bonne dose de peine s’ajoutait à l’étonnement.
 

« Je n’avais pas eu de signe avant-coureur, même si je suis en contact régulier avec son cabinet, confie en entretien l’ex-première ministre Pauline Marois — celle qui l’avait convaincu de faire le saut en politique au printemps 2014. J’ai beaucoup de peine et de tristesse, honnêtement. Mais je comprends sa décision. J’avais autant d’émotion que lui en l’entendant, je pense, parce que je sais ce que ça veut dire que d’être constamment tiraillé entre sa famille et la vie publique. »

« On se développe une sorte de carapace en politique, une capacité de résilience, si on veut, avec le temps. C’est long à bâtir. Peut-être que le temps lui a manqué. »

Mme Marois estime que « c’est un homme qui avait du talent politique et qui a beaucoup cheminé [depuis son élection comme chef]. Il était bien en selle, il avait pris conscience de l’exigence de la tâche, il avait pris de l’expérience et c’était prometteur. » Selon elle, « les premiers mois de son mandat ont été un peu difficiles, mais il lui restait du temps avant l’élection » de 2018. « On le voyait plus habile dans ses réactions. »

Gilles Duceppe surpris

Ancien chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe avait signé une lettre appuyant l’arrivée de M. Péladeau en politique en 2014. Il était lui aussi sous le choc, lundi. « J’ai rarement vu ça, dit-il au Devoir. On avait visiblement quelqu’un à qui se posait un choix déchirant. Je ne sais pas comment va la médiation avec Julie Snyder, mais on a bien vu Julie à la télé dimanche soir — c’était pratiquement une déclaration d’amour qu’elle lui faisait », pense-t-il. « Les instances du parti… tout le monde en fait doit être surpris aujourd’hui, complètement déstabilisé. »

Celui qui a été chef de parti pendant 14 ans remarque que la pression était forte sur M. Péladeau depuis son entrée en politique. « En un an, il a été élu chef, il s’est marié, il s’est séparé… Ça fait beaucoup. »

Les chefs des autres partis comprennent

Le premier ministre Philippe Couillard a souhaité « exprimer toute [sa] compréhension à l’égard de ce que vit M. Péladeau ». « Comme tous les Québécois, j’ai bien ressenti toute la tristesse qu’il exprimait au moment de sa déclaration. La décision qu’il a prise aujourd’hui est le fruit d’une réflexion douloureuse qui l’a mené à choisir sa famille avant son projet politique. Le bien-être de nos proches, de nos enfants, est ce que nous avons de plus précieux », a indiqué le chef libéral.

« Nous ne partagions pas la même vision de l’avenir du Québec. Au-delà de cette différence, je sais qu’il était profondément animé par la volonté de faire progresser notre nation vers un avenir meilleur. J’ai apprécié les échanges que nous avons eus au cours de la dernière année. Je lui souhaite tout le bonheur possible. »

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a dit lui aussi « comprendre le choix » de M. Péladeau. « Comme père de famille, je suis personnellement touché par le choix exprimé par Pierre Karl Péladeau. La famille doit toujours être notre priorité. C’est ce qu’il y a de plus important après tout et je lui souhaite de tout coeur de retrouver ses proches qu’il aime tant. »

M. Legault a tenu à « remercier sincèrement M. Péladeau pour son engagement et son dévouement envers les Québécois et les gens de Saint-Jérôme. La vie active que nous amène la politique est exigeante et empreinte de sacrifices. […] Malgré nos opinions divergentes, ça prend beaucoup de courage de débattre de ses convictions sur la place publique. Il a servi le Québec avec sincérité et dévouement. C’est tout à son honneur. »


À Saint-Jérôme, où M. Péladeau était député depuis son élection en 2014, le maire Stéphane Maher s'est dit surpris de la nouvelle. « M. Péladeau et moi étions ensemble vendredi soir dans un événement pour la fondation du cégep de Saint-Jérôme et il n'y a rien qui laissait présager sa décision. [...] Vendredi, je n'ai pas l'impression que sa décision était prise. »
 

Québecor prend acte de la décision

La compagnie dont il est l’actionnaire de contrôle a réagi laconiquement. « Comme l’ensemble de la population québécoise, la direction de Québecor vient d’apprendre la décision de Pierre Karl Péladeau, actionnaire de contrôle de l’entreprise, de quitter la vie politique. Nous prenons acte de sa décision de se consacrer à sa famille et lui témoignons toute notre amitié et notre soutien dans les circonstances. En tout respect pour Monsieur Péladeau, la société n’entend pas faire d’autres commentaires publics sur le sujet. »

À ne pas manquer dans notre édition de mardi:

Les raisons du départ, 
par Marco Belair-Cirino

L'éditorial de Brian Myles

La chronique de Michel David 

La caricature de Garnotte

L'analyse de Robert Dutrisac

Les réactions des citoyens de Saint-Jérôme, 
par Marie-Michèle Sioui

5 commentaires
  • Guy Lafortune - Inscrit 2 mai 2016 17 h 24

    M. Couillard doit avoir pleuré toute l'après-midi!

    Et doit continuer et moi aussi! Zut, alors...

  • Ronald Bélanger - Inscrit 2 mai 2016 19 h 41

    Autre recul historique, parmi tant d'autres !...

    Le poingt levé a été source d'espoir. Dommage qu'il ne soit pas resté. Il allait pourtant bon train...

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 3 mai 2016 00 h 18

    Tout n'est pas fini.

    Débarrassé des obligations politiques, il pourra mener à bien sa vie privée et avec un peu de recul je crois qu'il sera un pilier sur qui le mouvement indépendantiste pourra s'appuyer. La vigueur indépendantiste qu'il affichait avec tant de conviction avait rallumé cette flamme.
    Je ne suis pas militant indépendantiste, mais j'apprécie quelqu'un qui est fort de ses convictions. Peut-être maladroit, tout au début, cependant il gagnait de l'assurance et habileté politique, jour après jour. Il aurait peut-être dû déléguer un peu et donner plus d'antennes aux critiques du parti. Il aurait pu ainsi se réserver plus de temps à surmonter les obstacles devant lui et faire le plein après une année charnière très difficile. On traîne toujours les défauts de nos qualités. Peut-être un peu trop de microgestion de la part d'un bourreau de travail convaincu.

    Bonne chance Monsieur Péladeau.

  • Gilles Bonin - Abonné 3 mai 2016 01 h 11

    Un choix difficile mais raisonné.

    Il a dit oui à sa famille lui qui voulait que son peuple ne se dise pas une troisième fois non.

    Je peux comprendre son choix et lui souhaite la joie d'être un père aimant et attentif, (ce qu'il est) mais cette fois avec une présence plus soutenue.

  • Serge Brosseau - Abonné 3 mai 2016 02 h 37

    Dommage pour la politique québécoise.

    Je trouve toute cette histoire bien triste. Qui pourra tenir tête èa M. Couillard maintenant? Bien triste histoire.