Charest veut rétablir les ponts avec les Québécois

Jean Charest prononçant le discours de clôture du conseil général du PLQ, hier, à Québec. Il a annoncé la tenue de quatre forums régionaux thématiques et d’un sommet national ce printemps. — Photo: Clément Allard
Photo: Jean Charest prononçant le discours de clôture du conseil général du PLQ, hier, à Québec. Il a annoncé la tenue de quatre forums régionaux thématiques et d’un sommet national ce printemps. — Photo: Clément Allard

Québec — Pour rétablir les ponts entre la population et son gouvernement, Jean Charest s'inspire de Lucien Bouchard et de son sommet socio-économique de 1996, prélude à l'atteinte du déficit zéro. Le premier ministre a annoncé, hier, la tenue au printemps de quatre forums régionaux thématiques qui culmineront dans une grand-messe nationale à la fin juin ou en septembre.

«L'objectif derrière ça, c'est d'avoir un dialogue et de pouvoir ensemble faire un constat sur la réalité québécoise, l'avenir et les choix qui se présentent. Et de placer ça dans un contexte où c'est très urgent», a expliqué M. Charest au cours d'une conférence de presse tenue à l'issue du conseil général du Parti libéral qui a pris fin hier.

Dans son discours de clôture devant quelque 400 militants, M. Charest a souligné que Lucien Bouchard avait appelé en 1996 «à un renouveau de l'État québécois, à une dynamisation de notre économie, à une redéfinition de nos priorités».

Plus tard, devant les journalistes, le premier ministre a exprimé le «plaisir» qu'il a eu à citer Lucien Bouchard — un ancien conservateur comme lui — et il a loué les «intentions nobles» de l'ancien premier ministre péquiste. «Le Sommet de 1996 était un moment important au Québec», a dit M. Charest, bien que l'événement n'ait pas donné, selon lui, les résultats escomptés.

Malgré le fait que les orientations du gouvernement demeurent les mêmes, il s'agit d'un virage stratégique majeur. Tout au long d'un automne tumultueux, M. Charest a martelé que les Québécois avaient voté pour le changement le 14 avril et que c'était exactement ce qu'ils obtenaient. Mais, en décembre, les stratèges libéraux ont constaté que la grogne populaire était beaucoup plus forte que prévu: le canal de communication avec la population était «bloqué» et le message du gouvernement ne passait plus, a-t-on expliqué, hier, dans l'entourage du premier ministre.

Les quatre forums thématiques, qui se déplaceront en région, porteront sur la santé et les services sociaux, et sur l'éducation, la formation et l'emploi, pour ensuite se pencher sur la famille et le développement social et, enfin, le développement économique, régional et durable. L'exercice a pour toile de fond le choc démographique qui attend le Québec d'ici quelques années et l'état des finances publiques «qui sont toujours à la limite», a indiqué M. Charest. D'ici quelques semaines, un document de consultation, dont une version circule déjà parmi les députés libéraux, sera rendu public en préparation des divers forums.

La tenue de ces forums ne ralentira en rien la course du gouvernement: la machine étatique continuera sa progression que ce soit en matière de réingénierie et de partenariats public-privé ou de révision du rôle de l'État. «Attention, on ne ralentit rien, on n'arrête rien», a dit M. Charest en conférence de presse. «À ceux qui nous reprochent d'aller trop vite, je réponds aujourd'hui que le Québec ne peut plus attendre», avait-il déclaré devant ses militants.

D'ailleurs, pour M. Charest, il existe dans la société québécoise un large consensus en faveur des mesures proposées par le gouvernement libéral. «On garde le cap sur ce qu'on a proposé, ce qui, de toute façon, fait l'objet d'un très large consensus au Québec», a-t-il dit. Les forums, coiffés d'un sommet national, permettront aux Québécois, grâce au dialogue, de formuler les mêmes constats que le gouvernement puisque personne ne suggérera de hausser les taxes ou d'augmenter la dette, estime le premier ministre. «Ça nous amène finalement à constater qu'il y a une voie possible, c'est de changer nos façons de faire», a-t-il dit.

Si les jeux sont déjà faits, on peut se demander quelle est l'utilité de ces forums. Quant aux autres consultations déjà annoncées, il semble qu'il règne de la confusion à leur sujet dans les cabinets, ce qui trahit une certaine précipitation. La commission sur le financement de l'enseignement supérieur se déroulera au printemps tel que prévu. Mais on ne connaît pas encore le sort réservé au forum sur l'utilisation des médicaments, prévu pour le printemps, aux consultations sur la politique familiale ainsi qu'à celles sur le rôle de l'État dans l'économie.

Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a donné hier l'assurance que son équipe participerait aux forums annoncés. Il associe ce changement de stratégie du gouvernement Charest à un geste «vague et improvisé» pour freiner les remous dans la population. «M. Charest a dû se faire un petit bilan des dix derniers mois, et il a vu la catastrophe qu'il avait engendrée et il essaie de réparer.[...] Après avoir semé du vent de "c'te force-là", comme dit la chanson de Gilles Vigneault, je comprends qu'il veuille essayer d'en venir à l'apaisement», a déclaré M. Landry à la clôture du conseil national de son parti qui se déroulait à Laval.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque
2 commentaires
  • Émile Ducharme - Inscrit 9 février 2004 10 h 50

    Les sommets du PLQ

    Encore de la poudre aux yeux des libéraux. M. Charest tente d'appaiser les Québécois en improvisant une nouvelle entourloupette. Pour preuve : il continue son travail de démolition de l'État pour lequel il n'a pas obtenu de mandat contrairement à ce qu'il avance. Méfions-nous de ces opportunistes.

  • renée legault - Inscrit 14 février 2004 10 h 59

    Mandat pour mandat!

    Peut-on dire que les péquistes avaient reçu le mandat des québécois d'amputer le Canada. Pourtant c'est à cela qu'ils se sont employés, ouvertement ou clandestinement. Monsieur Charest a raison de vouloir apaiser les Québécois, surtout ceux qui se sentent lésés.

    Ceux-ci se croient autorisés à prendre en otage des personnes qui n'ont rien à voir avec leurs revendications. Les bases sur lesquelles étaient établis leurs privilèges n'étaient, en aucun cas, celles préconisées ou partagées par la population en général.

    Il ne faudrait pas oublier que lorsqu'il y a des privilégiés, cela se fait toujours aux dépens de ceux qui ne font pas partie des figures agrées par le pouvoir. Et il faut à tout prix éviter que les laissés pour compte puissent se dire.