Le français bien vivant… mais défaillant

La discussion qui avait lieu à la Chapelle de l’Amérique francophone opposait le chroniqueur du «Devoir» Christian Rioux, la présidente du Mouvement national des Québécois, Martine Desjardins, la chroniqueuse Anne Lagacé Dowson et le juriste Frédéric Bérard.
Photo: Isabelle Porter Le Devoir La discussion qui avait lieu à la Chapelle de l’Amérique francophone opposait le chroniqueur du «Devoir» Christian Rioux, la présidente du Mouvement national des Québécois, Martine Desjardins, la chroniqueuse Anne Lagacé Dowson et le juriste Frédéric Bérard.

Le français est-il en péril au Québec ? Entre ceux qui trouvent qu’il perd du terrain et ceux qui s’opposent à l’alarmisme, aucune réponse ne s’imposait mercredi au débat organisé par Le Devoir à Québec.

La discussion qui avait lieu à la Chapelle de l’Amérique francophone opposait le chroniqueur du Devoir Christian Rioux, la présidente du Mouvement national des Québécois, Martine Desjardins, la chroniqueuse Anne Lagacé Dowson et le juriste Frédéric Bérard. Le sujet : « 15 ans après le rapport Larose, le français est-il en péril au Québec ? »

Rendu public en 2001, le rapport Larose préconisait une approche moins conflictuelle du dossier de la langue française. Il découlait des travaux de la Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française, qui avait été mandatée par le gouvernement du Parti québécois pour faire le point sur le dossier linguistique. La commission était présidée par l’ancien syndicaliste et souverainiste notoire Gérald Larose.

Mercredi, dans Le Devoir, M. Larose revenait sur le rapport en dressant un portrait très négatif de la situation. « Depuis 1982, imperceptiblement au début, mais aujourd’hui avec évidence, le Québec français est sur une pente déclinante », écrivait-il.

« Bilinguisation »

D’entrée de jeu, Christian Rioux a dit craindre la « bilinguisation ». « Celui qui n’est pas bilingue n’est pas citoyen à part entière au Québec. » Plus tard, le chroniqueur a dit avoir l’impression que pour « nommer quelque chose de moderne, il fallait [aujourd’hui] le faire en anglais ».

Celui qui n'est pas bilingue n'est pas citoyen à part entière au Québec

 

Dans le camp des inquiets, Martine Desjardins l’a d’abord suivi dans cette veine en dénonçant, par exemple, une publicité du 375e anniversaire de Montréal sur laquelle l’anglais prédomine. Elle s’est aussi dite préoccupée par la situation du français dans les entreprises.

L’ancienne présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ) s’est montrée plus partagée sur la prétendue omniprésence du « franglais » dénoncée par le chroniqueur et sur l’association entre anglais et modernité.

Fragile

Quant à Anne Lagacé Dowson et Frédéric Bérard, ils ont défendu l’idée que le français était en bonne santé, mais qu’il fallait demeurer vigilants. Me Bérard a soutenu qu’on avait atteint un « certain équilibre » même si ce n’était « pas parfait ». Citant l’Office de la langue française, il a souligné que 83 % des Québécois disaient travailler principalement en français au Québec.

Il estime toutefois que la qualité de la langue se détériore même dans les médias et que les Québécois convaincraient plus facilement les allophones de parler leur langue s’ils la parlaient bien et avec fierté.

Mme Lagacé Dowson a insisté sur le chemin parcouru ces dernières décennies. « Le français est quand même dominant au Québec », a-t-elle affirmé. Elle s’est en revanche dite préoccupée par la qualité du français enseigné dans les écoles.

Sujet prisé

La salle était bondée pour ce débat qui a fait la preuve, une fois de plus, de l’intérêt des lecteurs du journal pour ce sujet. Plusieurs personnes se sont présentées au micro souvent pour livrer de véritables cris du coeur.

Certains aspects du débat ont été à peine effleurés, comme la qualité du français parlé, l’enseignement du français à l’école, ou encore les enjeux liés à la francisation. Comme quoi la discussion est loin d’être terminée.

7 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 28 avril 2016 05 h 56

    Consultez PEICA

    L'OCDE mesure les taux de littératie (tests internationaux PEICA) : consultez-les!

    Nous creusons notre tombe linguistique à grands coups de réformes scolaires et d'anglicisation galopante!

    La didactique expérimentale se targue de réinventer la roue : on construit des modèles émergents sur des sables mouvants.
    Les données sont probantes et les résultats longitudinaux factuels inversement proportionnels.
    C'est l'échec savant!
    Nos écoliers sont des cobayes et l'ignorance croît avec l'usage!

    Alors, non : le français ne se porte pas bien, ni au Québec ni ailleurs!

    L'impérialisme anglophone mondial fait des ravages dans toutes les langues maternelles et... ce n'est pas l'effet du hasard!

    On vient d'apprendre que les requins parlent anglais (« Des pêches » de la Banque mondiale).

    • Jean Richard - Abonné 28 avril 2016 10 h 04

      Une leçon d'espagnol – Vous aimeriez apprendre l'espagnol ? Vous scrutez la toile à la recherche de renseignements et vous découvrez que pour l'Amérique latine, l'apprentissage de la langue est quasiment une industrie, une industrie où chaque pays se targue d'offrir le meilleur espagnol qui soit. Les pays gagnants semblent jouir de l'appui de diverses études (universitaires) où sont retenus des critères précis, tels la prononciation, la conformité du vocabulaire, la facilité de compréhension par les gens des autres communautés hispaniques, bref, de quoi minimiser la subjectivité de l'exercice.

      J'ai trouvé un palmarès sud-américain dans lequel le Pérou détenait la première place pour la qualité de sa langue et le Chili la dernière. J'en discutais avec un Chilien qui m'avouait que son pays natal n'était sûrement pas le meilleur pour y apprendre l'espagnol et que la qualité de la langue laissait à désirer.

      Pourriez-vous imaginer un Québec qui mise sur la qualité du français pour se hisser au premier rang des destinations à retenir pour l'apprentissage de cette langue ? Pourriez-vous imaginer le Québec devenir chef de file de la francophonie ? Pourtant, la partie est facile. La France déchire les pages de ses dictionnaires les unes derrière les autres, la Wallonie a tendance à l'imiter. Il reste l'Afrique, pour qui le français porte encore le poids du colonialisme, bien qu'on y parle dans certains milieux un excellent français. La partie est peut-être trop facile qu'on n'y voit pas la nécessité de l'effort.

      Le néo-créole n'a pas beaucoup d'avenir. Pourquoi s'y accrocher ? Et si on rêvait du jour où l'on s'afficherait comme la meilleure destination où apprendre le français ? Un minimum de fierté, c'est tout ce qu'il nous manque...

  • Jean Lapointe - Abonné 28 avril 2016 07 h 43

    Ça dépend de ce qu'on veut

    «Le français est-il en péril au Québec ? Entre ceux qui trouvent qu’il perd du terrain et ceux qui s’opposent à l’alarmisme, aucune réponse ne s’imposait mercredi au débat organisé par Le Devoir à Québec.» (Isabelle Porter)

    Il est bien sûr important de tenter de savoir dans quel état se trouve la langue française au Québec aujourd'hui.

    Mais on ne peut le faire qu' en fonction de ce que ce qui est souhaitable pour le Québec et qu'en fonction de ce que nous pouvons vouloir.

    Le jugement que l' on peut porter sur ce sujet dépend inévitablement du but visé.

    D' après ce que je viens de lire il semble qu' il n'en a pas été question lors du débat d'hier soir.

    C'est pourtant là-dessus qu'il est le plus important de se prononcer il me semble.

    Autrement on ne peut que discuter dans le vide.

    La place du français au Québec est indissociable de l'orientation politique à donner au Québec.

    Il est certain qu'un fédéraliste tenant du statu quo constitutionnel aura une opinion différente sur ce sujet que celle d'un indépendantiste.

    Ne pas en parler c'est passer à côté de l'essentiel.

  • Chantal Forest - Abonnée 28 avril 2016 07 h 56

    Vidéo

    Comme il ne m'était pas possible d'assister à l'événement. Il serait intéressant de publier la vidéo de ce débat sur le site du journal. J'aimerais entendre les différentes argumentations. Y a-t-il un lien me permettant d'y avoir accès? Merci!

  • Gilbert Turp - Abonné 28 avril 2016 10 h 12

    La langue, c'est comme la santé

    Se rassurer en se disant que le français est en santé aujourd'hui ne garantit rien pour demain.

    Le français n'est peut-être pas malade en ce moment, mais disons que le bilan de santé ne s'améliore pas.

    Prévenir vaut mieux que guérir.

  • Normande Ginchereau - Abonnée 28 avril 2016 11 h 03

    Au Québec, c'est en français que cela se passe

    «Mme Lagacé Dowson a insisté sur le chemin parcouru ces dernières décennies. « Le français est quand même dominant au Québec », a-t-elle affirmé. Elle s’est en revanche dite préoccupée par la qualité du français enseigné dans les écoles.»
    Le Québec est une province française, pas une province bilingue, pas une province anglophone. Bienvenue à ceux qui veulent vivre au Québec eet qui veulent respecter notre «distinction». Le français est une belle langue connue sur tous les continents et nous n'avons pas à la cacher.
    Quand le premier ministre représente le Québec, on aimerait bien qu'il s'exprime en français.