Une nouvelle route à défricher

Depuis deux ans, le Québec est engagé dans une voie de garage, estiment les auteurs. Nous assistons à une déconstruction tranquille, lente et insidieuse.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Depuis deux ans, le Québec est engagé dans une voie de garage, estiment les auteurs. Nous assistons à une déconstruction tranquille, lente et insidieuse.

Austérité, iniquité sociale, amateurisme économique, démantèlement du modèle québécois, manque de vision et insensibilité du premier ministre à l’égard de notre réalité culturelle : depuis deux ans, le Québec est engagé dans une voie de garage. Nous assistons à une déconstruction tranquille, lente et insidieuse.

Nous croyons, nous aussi, que le projet de pays ne trouve sa pleine valeur que s’il permet d’apporter des réponses progressistes et novatrices aux défis qui sont les nôtres

Plus que jamais, nous croyons que le moment est venu de nous unir, leaders et organismes des régions, groupes de la société civile, formations politiques et, au premier chef, les citoyennes et les citoyens, héritiers de notre fierté et de notre réussite collectives, qui rêvent de mieux pour le Québec. Le moment est venu de nous mobiliser et de travailler ensemble pour mettre un terme à cet hiver sans fin dans lequel les politiques du gouvernement libéral nous emprisonnent et, par-dessus tout, de construire ensemble un véritable projet de société, pour bâtir ce pays que nous voulons voir advenir.

Pour y arriver, il nous faut innover, sortir de nos zones de confort.

La force dans la diversité

Au cours de la dernière année, c’est ce que notre formation politique a tenté de faire en commençant, notamment, par reconnaître que le Parti québécois n’a pas le monopole de la souveraineté. C’est un virage important que nous avons emprunté et un signal fort que nous avons voulu lancer aux souverainistes qui militent au sein des autres partis. Terminé l’appel aux « brebis égarées », c’est toute notre approche que nous avons repensée et réinventée, plus que jamais convaincus que cette diversité au sein du mouvement indépendantiste ne constitue pas une faiblesse, mais une véritable force, une étincelle capable de donner un souffle renouvelé à notre grand projet.

Cette diversité est le socle sur lequel il nous faut construire. Parce que c’est en mettant en commun nos forces, en puisant dans les meilleures idées de chacun que nous pourrons enrichir nos propositions et définir, ensemble, les contours de ce projet de pays que nous voulons présenter aux Québécoises et aux Québécois.

Rebâtir les ponts

Tranquillement, une nouvelle dynamique s’installe. Rebâtir les ponts, nouer le dialogue est une tâche ambitieuse, qui exige temps et patience. Il nous faut nous parler et, surtout, nous écouter pour réapprendre à nous faire confiance et repartir sur des bases solides. Le dialogue est à la base de la reconnaissance et du respect de nos différences. Parce que, oui, des divergences, il y en a — et il est normal qu’il en soit ainsi ! — et il y en aura toujours. La convergence ne vise pas à gommer ces différences, pas plus que l’union n’entraîne la fusion, comme l’ont bien compris nos amis catalans.

Il s’agit plutôt de mettre nos différends de côté et de miser enfin sur ce qui nous unit. Rassemblons-nous, dans le respect des différences de chacun, et travaillons ensemble sur l’essentiel, pour façonner le visage d’un Québec que l’on sait apte à assumer pleinement sa différence et son ambition.

Terrains d’entente

Des points de convergence, il y en a.

• Les valeurs qui nous sont chères : justice sociale, égalité des chances, équité intergénérationnelle, développement durable, égalité entre les hommes et les femmes, intégrité.

• Nos programmes politiques se recoupent également, à plusieurs égards. En février dernier, notre formation politique a ouvert la porte à une révision du mode de scrutin, afin que la diversité des opinions soit mieux reflétée au sein de nos institutions démocratiques.

• Sur la démarche : notre volonté de faire l’indépendance est claire. Sur le « comment », nous entendons respecter le processus démocratique qui a toujours caractérisé notre formation politique et notre volonté de rassembler les forces souverainistes.

• Plusieurs ignorent que la plateforme actuelle du Parti Québécois prévoit la création d’une assemblée constituante — article 1.3 — à laquelle pourront être conviés à siéger tous les secteurs et les régions de la société québécoise ainsi que les Premières Nations et les Inuits du Québec, afin d’écrire la constitution d’un Québec indépendant.

• Nous pensons que ce texte, fondamental, pourrait intégrer une version amendée de la Charte des droits et libertés de la personne de façon à ce que, dans son interprétation et son application, il soit tenu compte du patrimoine historique, de l’importance des Premières Nations et des Inuits, du rôle des régions et, bien sûr, des valeurs phares de la nation québécoise : la protection et la promotion de la langue française, l’égalité entre les femmes et les hommes et la laïcité des institutions publiques.

Enfin, nous croyons, nous aussi, que le projet de pays ne trouve sa pleine valeur que s’il permet d’apporter des réponses progressistes et novatrices aux défis qui sont les nôtres.

La révision du programme du PQ, qui se concrétisera au Congrès de juin 2017, pourra, et nous l’espérons, être influencée par nos collègues des autres partis et par les acteurs de la société civile. Ce sera une occasion exceptionnelle de redéfinir notre vision politique afin qu’elle soit au diapason des priorités des Québécoises et des Québécois.

« Le commencement est la moitié de tout »

Nous savons que la route sera encore longue, parfois même sinueuse. Il nous arrivera de trébucher. Mais comme l’a si bien dit Pythagore, « le commencement est la moitié de tout ». Alors, nous pouvons considérer que nous avons déjà fait un bon bout de chemin en acceptant de nous asseoir ensemble autour de la table des OUI Québec.

Certains se plaisent déjà à imaginer toutes sortes de scénarios ou parlent d’alliances électorales. Nous pensons qu’avant de parler d’alliances, il faut se parler tout court ! La volonté est là et la discussion, bien amorcée. Nous avons multiplié les panels multipartites pour aller à la rencontre de la population. Cette démarche d’ouverture suscite un grand intérêt. Nous le sentons partout où nous allons. C’est un grand pas en avant.

Et nous croyons que la prochaine avancée que nous souhaitons faire ensemble, soit de travailler sur une feuille de route commune, est emballante. Nous croyons surtout que ça vaut la peine d’essayer. En effet, que perdons-nous à essayer ? Le risque, il réside dans l’inaction, dans le fait de penser que les mêmes formules produiront des résultats différents. Alors, essayons ! Continuons à avancer, un pas à la fois, sur cette nouvelle route que nous sommes à défricher. Qui sait, nous pourrions trouver tout au bout un nouveau pays ?

35 commentaires
  • Jean-Paul Carrier - Abonné 23 avril 2016 04 h 35

    Un crie de désespoire

    Cette lettre gagnerait en crédibilité si elle était signée par le PQ, QS et ON. Cette lettre démontre à quel point le PQ est embourbé dans sa déconfiture politique. La question qui se pose. S'il y a tant de convergences, pourquoi y a-t-il tant de divergences? Pourquoi le PQ ne répond-il pas aux aspirations de la majorité des votants de QS et ON? L'article 1 pourtant prône l'indépendance. Pourquoi QS et ON soutirent-ils les votes au PQ? L'exercice sert-il strictement à faire élire le PQ au détriment de QS et d'ON? Peut-être que le PQ aurait plus à gagner à convaincre la masse électorale de sa valeur politique d'un programme qui répond aux attentes de la majorité des Québécois. Il est intéressant de lire le lien qui est fait de la Catalogne avec le Québec; belle illusion. Il est aussi intéressant qu'il n'y ait pas mention de l'Écosse alors qu'une forte représentation de l'élite indépendantiste se trouvait sur place lors de l'élection référendaire. Un crie de désespoir.

    • Jean-Pierre Roy - Abonné 23 avril 2016 12 h 53

      Mon opinnion est que la convergence doit se faire au niveau des citoyennes et des citoyens, électrices et électreurs.

    • André Labelle - Abonné 23 avril 2016 14 h 08

      Toujours orienté vers le négatif. C'est domage.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 avril 2016 21 h 36

      Et comment on fait ça, monsieur Roy?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 avril 2016 05 h 28

    … le Québec

    « En effet, que perdons-nous à essayer ? » (Véronique Hivon et Pierre Karl Péladeau, PQ)

    Pas grand’chose, sauf le peuple, la nation ou …

    … le Québec ? - 23 avril 2016 -

  • Denis Marseille - Inscrit 23 avril 2016 05 h 41

    C'est encourageant.

    J'ai hâte de lire la suite...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 avril 2016 08 h 10

    Premier jour

    Il serait grand temps d'arrêter de se regarder comme des chiens de faïence, de s'engueuler comme du poisson pourri, de se méfier les uns des autres, d'«exiger» pour enfin se rendre compte que 33% n'a pas à être une «majorité». Reprenons notre calme, respirons par le nez et voyons les choses en face : «Tant que nous ne nous unirons pas, c'est la «minorité» qui dirigera».

    Cessons les retours en arrière, effaçons les mauvais souvenirs et accédons au «premier jour». N'oublions pas que «Seuls les adversaires peuvent faire la paix». Lâchons les «hiers» et regardons pour «demain». Nous en avons la preuve dans 50 ans d'histoire : «récriminer n'est pas une solution». Les preuves sont aussi faites que ceux qui veulent un pays ont du caractère, ne tombons pas dans le piège de manquer la cible par cause de «mauvais caractère». Ce damné tiraillage ne fait que renforcer la position du 33%.

    24 plus 21 plus 12 est mathématiquement plus grand que 33; ça devrait valoir la peine de se calmer le pompon si nous voulons qu'un jour soit «le premier jour».

    «L'indépendance ne règlera pas tout, mais elle nous donnera tous les outils pour le faire» (Entendu à l'Assemblée nationale).

    Nous avons deux choix : Continuer à se chamailler et aller nulle part ou peut-être s'entendre et avancer. Moi... je dis ça de même; vous en faites ce que vous voulez. J'ai un voyage d'organisé ce matin; je suis certain d'aller plus loin le pied sur le gaz que sur le frein, les yeux sur la route devant que dans le rétroviseur.

    Je ne suis pas péquiste, je ne suis pas oniste, je ne suis pas caquiste et je ne suis pas QS. Peut-être qu'un jour je pourrai «être Québécois» au lieu de «ne pas être». Étrangement, ça ne dépend que de vous si haut nommés. J’attends votre décision.
    Les raisons pour ne pas le faire, je les ai toutes entendues, trouvons en une pour le faire.

    Bonne journée.

    PL

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 avril 2016 17 h 38

      Pierre Levebvre : « Pompier-Pyromane »




      C'est quand même incroyable d'entendre Pierre Levebvre venir jouer les pompiers-pyromanes, lui qui a traité Québec Solidaire de tous les noms! Communistes, trotskistes, anarchistes, et même, de black block! ..venir tout à coup jouer les arbitres pacificateurs!

      Le moins qu'on puisse dire, c'est que monsieur aurait au moins pu user de discrétion.. Car en la matière il n'a aucune crédibilité!

    • Pierre Fortin - Abonné 24 avril 2016 12 h 16

      Bien dit!

      Rien, sinon un bête entêtement partisan, n'empêche la formation d'une coalition qui pourrait même — on peut rêver! — prendre le pouvoir.

      C'est ainsi que Québec Solidaire pourrait tellement mieux faire valoir ses idées et les imposer, même minimalement, dans un gouvernement de coalition plutôt que dans une éternelle opposition, soit-elle la plus pure idéologiquement.

      Le cirque, pour ne pas dire le bordel, qui mène l'Assemblée nationale devrait suffire à convaincre que l'entêtement partisan a ses limites et que ses conséquences nous enchaînent à un immobilisme qui insulte l'intelligence. Personne n'a jamais voté pour ces querelles stériles qui se nourrissent d'elles-mêmes et se répètent ad nauseam.

      Si cette main tendue par le PQ a une chance de briser l'embâcle, les interpellés n'ont pas le droit moral de la rejeter sans présenter une meilleure alternative.

      Faudra-t-il rappeler à nos élus qu'ils ne sont que les représentants du peuple qui, lui, est souverain en démocratie?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 avril 2016 07 h 28

      «Lui qui a traité Québec Solidaire de tous les noms! Communistes, trotskistes, anarchistes, et même, de black block !»
      Ce n'est pas manquer d'ouverture d'esprit que de nommer un chat «un chat». Certainement que j'ai répondu souvent sur tous les tons à vos commentaire qui eux... n'en ont qu'un seul : l'agressivité.

      Mon message porte vers le calme, ce qui ne semble pas vous rejoindre, monsieur. J’ai tenté la «détente», ça ne prend pas. Je souhaitais autre chose qu’un retour en arrière sur les «hiers» vers «demain». Je cherchais un peu de souplesse. Il est de plus en plus clair que dans un monolithe de granite nous ne trouverons que du granite, bord en bord.
      Enfin... j'aurai essayé. Bonne chance à PKP et tous les autres qui cherchent une solution; ils réussiront peut-être mieux qu’un vieux bonhomme isolé devant son ordi qui ne parle qu’en son nom. J’avais décidé de ne pas vous chercher, mais je ne peux pas éviter de vous répondre quand vous le faite pour encore et toujours «récriminer». Je ne peux vous souhaiter «allez en paix», ce n’est pas ce que vous cherchez. Confrontez-vous à d’autres; ce matin, plus haut dans ce journal, il semble qu’il y ait relève. Je ne baisse pas les bras, je fais le tour. Il doit y avoir «ouverture» quelque part «ailleurs».
      Quelque part dans ce mur, il doit y avoir une porte.

      Bonne journée.

      PL

  • Gilbert Turp - Abonné 23 avril 2016 09 h 00

    Inspirant !

    Oui