Barrette tire à boulets rouges sur les cliniques de superinfirmières

Aux yeux du ministre de la Santé, le financement par l’État de cliniques dirigées par des infirmières praticiennes spécialisées serait ni plus ni moins du gaspillage de fonds publics.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Aux yeux du ministre de la Santé, le financement par l’État de cliniques dirigées par des infirmières praticiennes spécialisées serait ni plus ni moins du gaspillage de fonds publics.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ne bougera pas le petit doigt pour assurer la survie des cliniques sans médecin, au premier chef celle de la coop Services à bas seuil d’accessibilité (SABSA) à Québec.

« Je ne m’attends pas à avoir des cliniques sans médecin dans le réseau, a-t-il lancé sans détour lors d’une conférence de presse mardi. On ne peut pas être plus clair que ça », a-t-il ajouté.

M. Barrette reproche à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) d’avoir créé un « système de santé parallèle d’infirmières » en mettant sur pied une clinique de « superinfirmières » à « quatre minutes à pied, sur le plat », d’un CLSC. Cette « manoeuvre syndicale » des infirmières fragilise le réseau des CLSC, a avancé le ministre libéral. « Tout le monde me reproche de démanteler les CLSC, et là, je vois des infirmières qui s’autodémantèlent. »

À ses yeux, le financement par l’État de cliniques dirigées par des infirmières praticiennes spécialisées serait ni plus ni moins du gaspillage de fonds publics, à contresens des « gains d’efficience » enregistrés au fil des derniers mois. « J’ai pas d’intérêt à avoir deux [établissements de santé] à quatre minutes de marche l’un de l’autre, où je vais avoir une réceptionniste à chaque place, une coordonnatrice à chaque place, une photocopieuse à chaque place, un téléphone à chaque place, un ordinateur à chaque place et ainsi de suite », a-t-il expliqué.

M. Barrette a toutefois dit poursuivre la « même finalité » que la FIQ — accroître le rôle joué par les infirmières dans le réseau de la santé —, mais à l’intérieur des centres locaux de services communautaires (CLSC) ou encore des groupes de médecine familiale (GMF). « On vient de passer 15 ans dans un délire critique du fonctionnement en silo dans le public et ce qu’on me propose aujourd’hui, c’est de créer des nouveaux silos, allo ! »

La coop SABSA accueille « des populations délaissées par le système et qui présentent de nombreuses problématiques : toxicomanie, santé mentale, itinérance, etc. ». Elle a vu le jour en 2014 grâce à une aide financière de 300 000 $ de la FIQ. Cette aide n’a cependant pas été renouvelée. Le premier établissement de santé sans médecin du Québec a ainsi lancé une campagne de sociofinancement : 250 000 $ sont nécessaires afin de poursuivre ses activités pour une période de six mois, sans quoi il fermera ses portes le 1er mai. La clinique sans médecin avait amassé, au moment d’écrire ces lignes, quelque 30 000 $.

L’élu solidaire Amir Khadir se désole de la tournure des événements. Selon lui, la coop SABSA ne correspond tout simplement pas à la « vision très centralisée, très axée sur le curatif, très médicomédicale » du Dr Barrette. « Le seul qui y voit un problème, c’est le ministre radiologiste au service de l’élite médicale », a-t-il dénoncé mardi lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale.

Guichet d’accès à un médecin de famille

M. Barrette a dévoilé mardi le Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF). Le registre hébergé sur le site Web gamf.gouv.qc.ca contribuera, espère-t-il, à inscrire plus de 1,5 million de personnes auprès d’un médecin de famille d’ici la fin de l’année 2017. À l’heure actuelle, 5,5 millions de personnes sont prises en charge par un omnipraticien, soit les deux tiers de la population québécoise.

Maintenant, les médecins devront « se rendre disponibles » et collaborer davantage avec les infirmières, à défaut de quoi ils s’exposeront à de lourdes sanctions, comme une diminution de leur rémunération de l’ordre de 30 %.


Cordonnier mal chaussé…

Le ministre Gaétan Barrette a avoué mardi ne pas avoir de médecin de famille. « Par choix ? » Le radiologiste n’a pas voulu indiquer s’il était une victime de l’accès au réseau. « Je sais pas s’ils veulent m’avoir [les médecins omnipraticiens] », a-t-il blagué avant de dire qu’il s’abstient de répondre aux questions sur des sondages d’opinion ou aux « questions personnelles ».
26 commentaires
  • Marc Tremblay - Abonné 13 avril 2016 00 h 20

    Barrette: un dinosaure

    Cet homme est inacapable de comprtendre que la santé n'est pas l'apanage des médecins.

    Il défend les intérêts corporatistes du lobby du Collège des médecins. Et les hauts salaires des médecins.

    Il faut savoir que des superinfirmières coûtent 3 fois moins chers que des médecins.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 13 avril 2016 17 h 49

      Tout à fait! Où est le gaspillage?

  • Guy Chicoine - Abonné 13 avril 2016 03 h 04

    Bien sûr ... et pas surprenant !

    Quoi ? Ces infirmières ne sont pas médecins ! Elles ne sont pas membres de LA CORPORATION!
    Elles soignent efficacement le peuple ! Elles donnent un bon service de proximité !
    <Cé tu pa ecoeurant‼️>

  • Claude Lemire - Abonné 13 avril 2016 05 h 25

    Un ministre des médecins

    Ce n'est pas un ministre de la santé que nous avons, mais un ministre des médecins.
    Quant à la proximité d'un CLSC : dites-moi, se pourrait-il qu'il y ait des bureaux de médecins situés près des CLSC ? Alors, pourquoi pas cette clinique sans médecins?

    Comme bien d'autres membres de ce gouvernement (sinon la plupart), on dirait qu'ils ne visent qu'à saboter tout ce qui a été bâti au Québec depuis 40 ans.

    Quelqu'un peut-il m'indiquer où m'adresser pour participer à cette campagne d'autofinancement ?

    • Marc-André Maranda - Abonné 13 avril 2016 13 h 13

      La Ruche - Québec - SABSA

    • Pierre Bernier - Abonné 13 avril 2016 13 h 54

      Eh oui !

      Que dire d'un GMF à « quatre minutes à pied, sur le plat », d’un CLSC ?

      N'est-ce pas aussi ça un dédoublement couteux ?

      Un "gaspillage de fonds publics" financés par les citoyens-usagers, à contresens des « gains d’efficience » ?

  • Martine Côté - Inscrit 13 avril 2016 05 h 43

    Ce monsieur Barrette fait preuve d'une arrogance hors du commun!
    La clinique Sabsa répond à un besoin essentiel. Ses clients n'iront jamais dans un GMF et leur santé se détériorera jusqu'à ce que l'ambulance les transporte à l'hôpital. Le gaspillage de fonds publics décrié par le ministre, n'est-ce pas celui qu'il va justement donner aux médecins des GMF pour accueillir les professionnelles des CLSC qui seront vidés de leur substance vitale

  • Normand Paradis - Inscrit 13 avril 2016 05 h 49

    Barrage à Barette

    Quels argument de pots de chambre contre les cliniques des super-infirmières!!! Comme s'il n'y avait qu'une réceptionniste dans un CLSC, une seule photocopieuse???
    Il y a un manque flagrant de soins de premières lignes au Québec. Je suis présentement sous les soins d'une super-infirmière, très satisfait de ses attentions. Il y a plein de jeune filles au Québec qui rêvent d'avoir leur clinique et de prodiquer des soins aux malades.
    L'heure n'est pas à la défense des privilèges des médecins! Mais à l'augmentation et à la diversification de l'offre de soins à la population. Au surplus pour l'État c'est moins cher un acte médical fait par la super-infirmière que par le médecin et cela permet à ce dernier de travailler à désenbourber le système.
    Allez-y les fille!!!