La malbouffe aussi dévastatrice que la nicotine

«L'abus de sel peut entraîner des maladies mortelles.» «Les gras trans font mourir à petit feu.» «N'empoisonnez pas vos enfants avec du sucre.» «Trop de sel, de gras saturés et de sucre tue chaque année l'équivalent d'une petite ville.» Ces messages, inspirés de ceux qui décorent les paquets de cigarettes depuis quelques années, l'Union des consommateurs rêve de les voir un jour apparaître sur un grand nombre «d'aliments malsains» vendus dans les supermarchés. Et les pouvoirs publics devraient rapidement en faire une réalité, a affirmé hier l'organisme devant la commission parlementaire qui, depuis mardi matin, planche sur la sécurité alimentaire.

En ce qui concerne la malbouffe, l'Union des consommateurs n'y va pas avec le dos de la cuillère. «Il faudrait envisager des mesures aussi importantes que celles entreprises contre le tabagisme et viser des résultats plus rapides et probants que ceux obtenus jusqu'à présent contre le tabac, explique-t-elle dans le mémoire qu'elle a déposé hier devant les membres de la Commission de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation. Après tout, il ne s'agit pas d'éliminer une industrie, mais simplement d'amener l'industrie à des changements importants.»

L'urgence est à la porte... des frigos et des garde-manger, estiment les fervents défenseurs des droits des consommateurs. Dans leur ligne de mire: les gras saturés et trans à l'origine de maladies cardiovasculaires et d'accidents vasculaires cérébraux, le sel, à cause de ses effets délétères sur l'organisme humain lorsque pris en trop grande dose, ainsi que le sucre, pour son incidence sur le diabète, qui se développe de manière inquiétante chez de plus en plus de jeunes au pays.

Ces équivalents de la nicotine et du goudron dans le domaine de l'alimentation, Québec devrait dès à présent les prendre très au sérieux et «envisager par tous les moyens des façons de lutter contre eux», a expliqué Charles Tanguay, porte-parole de l'Union. Simple question de santé publique et de prévention.

Car selon lui, ces ingrédients, largement utilisés par l'industrie, pour des raisons pratiques et surtout économiques, dans des aliments transformés toujours plus populaires dans nos sociétés industrialisées, finissent par coûter cher. Très cher, à cause des nombreuses maladies chroniques qu'ils engendrent. Avec, en tête, des maladies en pleine croissance dans l'hémisphère nord: les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète et l'obésité, comme le révèle une vaste enquête menée conjointement par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

«La facture totale est énorme, commente M. Tanguay. Selon Santé Canada, les coûts de la malbouffe se chiffrent à 6,3 milliards de dollars par année.»

Dans ce contexte, l'inertie n'est guère appropriée, estime l'Union. «À notre avis, ne serait-ce que pour soulager le système de santé des coûts astronomiques que génèrent ces aliments malsains, les gouvernements devraient s'engager dans un combat sans merci contre certaines mauvaises habitudes alimentaires et contre les industries agroalimentaires qui permettent à ces mauvaises habitudes de perdurer, parfois même en les encourageant.»

Le constat est posé. Quant aux moyens de venir à bout de ces précurseurs des listes d'attente, l'Union les voit plutôt pragmatiques: forcer les industriels à mettre au rancart sur-le-champ ce type d'ingrédients et surtout bien informer les consommateurs des menaces qu'un pot de chocolat à tartiner peut parfois faire peser. «C'est l'information aux consommateurs qui est importante, dit Charles Tanguay. Québec devrait s'aligner sur les meilleures normes en matière d'étiquetage et d'information sur les produits alimentaires. En ce moment, nous devons faire avec l'étiquetage nutritionnel [dont une nouvelle version est récemment entrée en vigueur] sans savoir comment les gens vont interpréter ces étiquettes» qui parlent en effet de «pourcentage d'apport quotidien recommandé» pour des portions souvent peu représentatives de la consommation normale. «Alors qu'elles devraient peut-être davantage présenter des messages clairs», poursuit-il.

Outre une information sans ambiguïté, comme «les gras trans sont mauvais pour la santé», la mise en place de programmes visant à rendre l'alimentation saine à la portée de tous est également souhaitée par l'Union des consommateurs. «Les aliments malsains sont souvent moins cher et il y a une corrélation entre mauvaises habitudes alimentaires et pauvreté, dit M. Tanguay. Québec devrait donc encourager l'éducation de cette clientèle et surtout prendre les moyens pour atténuer le clivage qui conduit à des modes d'alimentation à deux vitesses.»