La parole à nos lecteurs

L’Acadie du Québec en deuil

 

Aux îles de la Madeleine, pays d’Acadie, est survenue une autre tragédie : un petit appareil s’y est abîmé. Toutes les personnes à son bord sont décédées. Lorsque l’on connaît du monde de l’archipel du golfe et qu’on entend une telle nouvelle, on s’inquiète forcément. Je ne connaissais personne à son bord, mais je n’étais pas pour autant soulagé… Qui au Québec, voire en Acadie et au Canada, pouvait se targuer de ne pas connaître Jean Lapierre ? Voilà donc qu’une tragédie aérienne locale prenait des dimensions nationales. Même si les couches de cette tragédie semblent sans fin, je ne souhaite en aborder que quelques-unes me tenant particulièrement à coeur.

Tout d’abord, cette dame s’apprêtant à enterrer son mari qui devra aussi conduire à leur dernier repos quatre de ses enfants. C’est à elle que j’ai pensé avant tout. Et je dois admettre que je ne sais quoi dire. Les mots me semblent futiles en une telle circonstance. Je me risque quand même à lui transmettre mes plus sincères condoléances et lui assurer que mes pensées sont pour elles et les membres de sa famille que le destin a épargnés.

L’autre dimension qui me choque, me révolte davantage qu’elle me chagrine, c’est le sort que l’on réserve aux régions dites reculées lorsque vues depuis les grands centres urbains. En Gaspésie, sur la Côte-Nord ou aux îles de la Madeleine, dans tout pays acadien d’ailleurs, on laisse les ports et les aéroports délabrés ; on réduit les services d’autobus ou on interrompt les liaisons ferroviaires. Voilà comment l’on traite les régions après les avoir vidées de leurs ressources naturelles : on s’attaque maintenant à leurs ressources humaines.

Comme pratiquement tous les Madelinots, Jean Lapierre était un Québécois d’origine acadienne ou un Acadien du Québec, c’est selon le point de vue. Il était aussi le plus connu des Madelinots, non seulement au Québec, mais bien dans tout le Canada. Dans ce sens, pour tous les membres de mon organisation et moi-même, probablement aussi pour tous les Acadiens et Acadiennes du Québec et de l’Acadie, il était sujet de fierté. Son intelligence, son humour, son implication et son sens de la formule, notamment, manqueront à tous, mais particulièrement aux habitants de l’Acadie — ce pays aux contours flous et méconnus, sinon carrément ignorés, qui perd avec Jean Lapierre un brillant ambassadeur.

 

Stéphan Bujold, président de la Fédération acadienne du Québec
Le 30 mars 2016

 

Il n’y a plus de Québec inc.

 

Lorsqu’on s’inquiète de la prise de contrôle de grandes entreprises québécoises par des intérêts extérieurs, on nous rétorque que ce n’est pas grave : « Qu’importe que le Québec appartienne à des Ontariens, si des Québécois possèdent la moitié des États-Unis. Ainsi va la mondialisation. » Or, cela fait une différence. Lorsque des Québécois ont littéralement racheté l’économie québécoise durant la Révolution tranquille, ils ont formé le « Québec inc. », un groupe d’entrepreneurs qui collaboraient parfois entre eux et avec l’État pour le développement du Québec, pour protéger l’activité économique et les emplois sur notre territoire. Cette classe d’affaires s’est disloquée en plongeant sur les marchés internationaux. Aujourd’hui, les capitalistes québécois sont des apatrides comme les autres, qui se préoccupent de marchés et de profits, et non plus des clients, des employés ou des sociétés qu’ils sont censés servir et dont ils ne font pas partie. Comment peut-on être un bon citoyen corporatif d’un pays dont on n’est pas citoyen ? Voilà pourquoi, entre autres, il y a aujourd’hui tant d’évitement et d’évasion fiscale.

 

Michel Sarra-Bournet
Montréal, le 1er avril 2016