Radio-Canada: un peu plus de transparence, s.v.p.!

L'ancien directeur général de l'information pour les services français de Radio-Canada, Alain Saulnier
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L'ancien directeur général de l'information pour les services français de Radio-Canada, Alain Saulnier

Enfin, une bonne nouvelle pour Radio-Canada ! Le budget sera majoré de 675 millions sur cinq ans, permettant au diffuseur public de souffler un peu. Quoique… que fera Hubert Lacroix de cette somme ? Quelle est sa vision de l’avenir, lui que peu d’employés sont prêts à suivre, notamment dans son projet de déménager Radio-Canada ? Car, ça y est ! Radio-Canada a bel et bien mis en vente son site actuel.

Pour l’instant, nous n’avons entendu parler que de l’un des aspirants à cet achat sur douze propositions, le promoteur Philip O’Brien, associé au développement de l’ancienne gare Viger.

Toutefois, plusieurs questions demeurent sans réponse.

S’agit-il d’offres d’achat pour l’ensemble du site ou assistera-t-on à un morcellement du territoire convoité ? La Maison de Radio-Canada pour l’un, le terrain de stationnement de l’est (côté rue Papineau) pour l’autre, et celui de l’ouest (côté rue Amherst) pour un troisième ? Après tout, le président-directeur général, Hubert Lacroix, n’est-il pas passé maître dans le démantèlement de Radio-Canada ?

L’hypothèse qui circule veut que les futures installations soient éparpillées : la technique, en banlieue. L’information et les bureaux administratifs, au centre-ville. Est-ce donc la fin des grands studios ?

Mais alors, Radio-Canada peut-elle nous dire si elle compte déménager ou rester là ? Rien n’a été dit à ce sujet. Les citoyens et citoyennes du quartier aimeraient sans doute le savoir tout de suite. En attendant, nous sommes plongés dans un épais brouillard.

Éclaircissements réclamés

Autre question : le zonage du territoire restera-t-il celui défini dans le plan directeur de l’arrondissement adopté en 2009 si Radio-Canada quitte le site ? Et à quel prix ? Car déménager coûtera une fortune !

Si Radio-Canada déménage, combien d’offres de location a-t-elle déjà déposées ?

Or, rien ne dit que le Conseil du Trésor acceptera la vente des actifs de Radio-Canada, ou même ne prélèvera pas un pourcentage de la vente de ceux-ci. Y a-t-il eu un accord au préalable entre Radio-Canada et le Conseil du Trésor ? Dans le passé, il est déjà arrivé que des sociétés relevant du gouvernement fédéral se fassent retirer un pourcentage de la vente d’actifs qui constituent, rappelons-le, des propriétés de la Couronne. À moins qu’une entente ne soit intervenue avec le Conseil du Trésor avant la vente, le Conseil dispose d’un tel pouvoir, même si le ministère du Patrimoine est d’accord avec la vente ou n’intervient pas. (Il ne s’agirait pas d’ingérence. L’indépendance de Radio-Canada s’applique pour préserver les programmes, les contenus. Il en est autrement pour les propriétés publiques.)

En toute transparence, pouvons-nous obtenir un éclaircissement ? Enfin, quel est le plan d’avenir de Radio-Canada qui sous-tend ce démantèlement pour décider déjà des locaux à occuper ? Ce plan, on pourrait le connaître ? A-t-il été déposé en appui au projet de déménagement ? Sinon, n’est-ce pas mettre la charrue avant les boeufs ? En toute transparence, pouvons-nous obtenir des éclaircissements ?

5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 25 mars 2016 03 h 28

    Comment dit-on, être né pour un petit pain

    J'ai la conviction que c'est le bureau de direction d'Ottawa qui dirige tout, en fait pour Ottawa nous somme devenus une sorte d'excroissance qu'il faut extraire, mais ils savent bien que Radio Canada a été tres important pour nous, même la ministre marche sur la pointe des pieds, il est évident qu'ils ne veulent pas que l'élite québécoise se mobilise a nouveau, le Canada n'est pas et ne sera jamais une confédération, peut etre faut-il se le dire, si eux n'ont pas le courage de nous le dire

  • Pierre Desautels - Abonné 25 mars 2016 07 h 28

    Transparence, vous dites?


    Malgré la promesse de Justin Trudeau de garantir que le conseil d'administration de Radio-Canada soit indépendant et non partisan, il n'en demeure pas moins que sur ce même conseil, neuf des onze membres sont des contributeurs du Parti conservateur du Canada. Et certains de ces membres ont des contrats blindés jusqu'en 2020! Dans ces conditions, il faudra que le milieu culturel québécois se mobilise et manifeste son opposition à une vente de feu de la Maison de Radio-Canada.

  • François Dugal - Inscrit 25 mars 2016 09 h 05

    L'histoire parle

    Radio-Canada a toujours été le phare de la culture francophone au Canada, voilà pourquoi elle être muselée à court terme et disparaître à long terme; l'histoire parle à ceux qui l'écoute.

  • Lina Trudel - Abonnée 25 mars 2016 09 h 46

    Péril en la demeure

    Les réponses à ces questions, bien que très pertinentes, risque malheureuse de demeurer lettre morte. La raison en est bien simple : la direction actuelle a un plan pour la SRC et c'est celui mis au point par le gouvernement Harper. Poursuivre la privatisation de la production, abandonner la culture du service public au profit d'un mode de gouvernance calqué sur le secteur privé, tels sont les nouveaux axes stratégiques qui guident les choix de l'actuelle direction.

    Le gouvernement Trudeau, en plus d'avoir augmenté le financement de la SRC, a annoncé son intention de mettre en place un processus de révision de son mandat. Un débat de société réellement démocratique s'impose, en effet, sur le rôle qu'il faut réserver à cette importante institution eu égard, non seulement, aux grandes transformations technologiques mais, aussi, aux dérives importantes survenues dans le fonctionnement de ce service public.

    Ce processus risque de prendre du temps et on ne peut pas laisser la direction actuelle poursuivre son œuvre de démantèlement. Les pressions doivent s'accentuer pour forcer la démission du patron de Radio-Canada.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 25 mars 2016 19 h 43

    C'est un honneur monsieur Saulnier!

    Monsieur Saulnier, c'est un honneur de vous lire aujourd'hui. Je me souviens de votre départ fracassant il y a quelques années, vous avez eu le malheur de vous retrouver sous le régime des conservateurs. Or, au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, votre compétence et votre grande vivacité était un symbole qu'ils voulaient immoler, ils ont fait de vous un exemple pour instaurer la peur. C'est à vous - et je vous en remercie profondément - que nous devons le journalisme d'enquête. Malheureusement l'ancien parti politique a tellement saccagé les différentes entités symbolisant l'État.... monsieur Trudeau recommence la construction de bien loin. Vous êtes un excellent représentant critique et le moment de vous impliquer est bien choisi vu le changement de gouvernement et le vent de liberté d'expression qui souffle. Les syndicats représentants les employés de RC sont bien discrets, je pense entre autre à celui des journalistes qui pourraient être beaucoup plus volubile sur la place publique et démarrer ces débats de sociétés si utiles pour la liberté d'expression.