Blair dans la fosse aux sceptiques

«Je vois l’esprit de Churchill dans le premier ministre Tony Blair», a affirmé hier George W. Bush.
Photo: Agence Reuters «Je vois l’esprit de Churchill dans le premier ministre Tony Blair», a affirmé hier George W. Bush.

Londres — Tony Blair s'est employé hier à repousser une nouvelle mise en cause des raisons qu'il avait invoquées pour entrer en guerre contre l'Irak mais il a été conspué par des manifestants aux Communes alors qu'il tentait d'apaiser le débat sur les armes de l'Irak.

Le premier ministre britannique peut se consoler en pensant que le président américain George W. Bush l'a comparé hier à rien moins que l'ancien premier ministre Winston Churchill.

Dans un article de presse, l'ancien expert en armement Brian Jones accuse le gouvernement britannique d'avoir ignoré l'avis de responsables des services de renseignement pour présenter avant la guerre un dossier fallacieux sur les armes interdites attribuées à Bagdad.

Blair a dit au Parlement que les réserves de Jones étaient parvenues à ses supérieurs mais n'avaient pas été retenues et a défendu les conclusions du lord-juge Hutton qui, dans un rapport publié la semaine dernière, a exonéré le gouvernement de toute exagération dans son dossier contre Bagdad.

Les commentaires de Jones, ancien spécialiste des armes chimiques et biologiques irakiennes au ministère de la Défense, enveniment un débat qui ne fait que s'intensifier malgré l'enquête indépendante que Blair a dû accepter mardi sur les renseignements relatifs aux arsenaux irakiens. Ils empêchent aussi le premier ministre de tirer un trait sur la période la plus éprouvante de sa carrière.

En plein débat parlementaire sur les conclusions du juge Hutton, Blair a été interrompu par cinq manifestants antiguerre. «Plus de blanchiments!», a lancé l'un d'eux de la tribune réservée au public avant d'être expulsé. Le débat a été brièvement suspendu.

Blair est sorti blanc comme neige du rapport de lord Hutton sur le suicide de l'expert en armement David Kelly, qui s'est donné la mort en juillet dernier après avoir été désigné comme la source d'un reportage de la BBC accusant Blair d'avoir monté en épingle les renseignements portant sur l'arsenal irakien.

Dans le public et les médias, beaucoup assimilent le rapport Hutton à un «blanchiment» et le jugent partial du fait qu'il accable impitoyablement la BBC, dont les plus hauts dirigeants et le principal journaliste incriminé ont démissionné depuis.

Nouvelle enquête déjà contestée

Jones, qui a récemment quitté le ministère de la Défense, avait surpris la commission Hutton l'été dernier en disant avoir protesté auprès de ses supérieurs contre les termes trop catégoriques employés dans le dossier sur l'Irak. Mais ses nouveaux commentaires vont plus loin. «À mon avis, les analyses du DIS [Defense Intelligence Staff] ont été balayées lors de la préparation du dossier dès septembre 2002, ce qui a eu pour conséquence une présentation du potentiel de l'Irak qui était équivoque», écrit-il dans l'Independent.

Jones engage Blair à rendre publics les renseignements sur lesquels s'était fondé le gouvernement pour affirmer que l'Irak était en mesure de lancer une attaque dans un délai de 45 minutes, ce renseignement n'étant parvenu, dit-il, qu'à un nombre restreint de responsables. Les adversaires du premier ministre jugent trop limitée la nouvelle enquête confiée à lord Butler à la suite d'une initiative analogue prise par le président George Bush à Washington. À leurs yeux, elle ne rendra pas compte de la façon dont les autorités ont présenté les renseignements sur l'Irak à l'opinion. L'opposition libérale-démocrate boycotte cette enquête.

Hier, Blair a de nouveau refusé que la nouvelle enquête porte sur les décisions politiques relatives à l'entrée en guerre. Mais il a paru reconnaître que la commission Butler puisse examiner l'usage fait par le gouvernement des renseignements qu'il avait reçus, et non seulement leur exactitude.

Bush compare Blair à Churchill

En le comparant à Winston Churchill, le président américain George W. Bush a rendu hier un hommage appuyé à son principal allié, le premier ministre britannique Tony Blair, comme lui empêtré dans l'affaire irakienne.

«Dans sa détermination à faire ce qui est bien et non ce qui est facile, je vois l'esprit de Churchill dans le premier ministre Tony Blair», a affirmé M. Bush, qui s'exprimait à l'occasion de l'inauguration à Washington d'une exposition consacrée à cette figure historique de l'histoire de la Grande-Bretagne, décédée en 1965.

En prenant prétexte de la vie et de l'action de Churchill, célèbre pour avoir tenu tête à l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, M. Bush a en filigrane rendu hommage à la décision de déclencher la guerre. «L'histoire a été reconnaissante à Winston Churchill comme elle l'est d'habitude avec ceux qui aident à sauver le monde», a affirmé le président américain. Il possède dans son bureau ovale de la Maison-Blanche un buste de l'ancien premier ministre britannique.

«Aujourd'hui, nous sommes engagés dans un combat différent. Au lieu d'un empire armé, nous faisons face à des réseaux sans frontières. Au lieu de soldats massés, nous faisons face à des technologies meurtrières qui ne doivent pas tomber dans les mains de terroristes et de régimes renégats», a-t-il déclaré.

Pas de preuve, dit Rumsfeld

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a déclaré hier qu'il n'y avait pas de preuve définitive que l'Irak n'avait pas d'armes de destruction massive (ADM) en soutenant haut et fort le renseignement américain devant des parlementaires.

Interrogé sur les déclarations de David Kay, ancien inspecteur américain en Irak, qui a affirmé qu'il croyait que l'Irak n'avait pas d'ADM avant la guerre, M. Rumsfeld a répondu: «Je pense que c'est possible, mais c'est improbable.» Et il a estimé qu'il était trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur ce qu'il était advenu de ces armes.

Avec l'Agence France-Presse