L’Église veut se rapprocher des gens

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Entre 1957 et 2000, le taux de fidèles allant à la messe le dimanche est tombé de 88 % à 20 %. Chez les jeunes, le phénomène est plus accentué encore : parmi les 18 à 34 ans, en 2000, il y avait 5 % de pratiquants seulement.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Entre 1957 et 2000, le taux de fidèles allant à la messe le dimanche est tombé de 88 % à 20 %. Chez les jeunes, le phénomène est plus accentué encore : parmi les 18 à 34 ans, en 2000, il y avait 5 % de pratiquants seulement.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En 2013, le pape François publiait La joie de l’Évangile (Evangelii Gaudium), sa première lettre d’exhortation apostolique. À la suite de sessions d’études menées par l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, le document Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes  voit le jour pour permettre une transformation missionnaire.

Ils sont de moins en moins nombreux à fréquenter les églises. Comme l’écrivait le collègue Antoine Robitaille, dans un article publié le 3 avril 2010 où il citait quelques statistiques : « Entre 1957 et 2000, le taux de fidèles allant à la messe le dimanche est tombé de 88 % à 20 %. Chez les jeunes, le phénomène est plus accentué encore : parmi les 18 à 34 ans, en 2000, il y avait 5 % de pratiquants seulement. Pratiquement dans tous les diocèses, l’âge moyen des prêtres dépasse les 70 ans. Dans l’archidiocèse de Québec, de 1997 à 2010, le nombre de curés et d’équipes pastorales est passé de 166 à 73. » Dans ce contexte, « l’Église devient plus que jamais une belle utopie », lance en riant Mgr Paul Lortie, président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec.

Fruit du travail du pape François, La joie de l’Évangile veut montrer que l’évangélisation est au coeur de la vie des chrétiens. Si cette exhortation se veut un renouvellement de l’Église, ce n’est pas non plus une réforme de fond en comble puisque le texte indique clairement que le sacerdoce demeure réservé aux hommes et précise le refus catégorique de l’avortement. « Que des hommes mariés puissent devenir prêtre arrivera peut-être plus vite que l’ordonnance des femmes », croit Mgr Lortie

C’est ainsi que naît au Québec Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes, qui indique des pistes de réflexion pour la mise en pratique d’une transformation missionnaire de l’Église. « Les évêques du Québec ont choisi d’approfondir La joie de l’Évangile avec comme toile de fond la grande question qui est de favoriser la transmission de la foi aujourd’hui », explique Mgr Lortie

Si les temps sont difficiles pour l’Église catholique de nos jours, Mgr Lortie rappelle qu’il en a toujours été ainsi et qu’on n’a qu’à penser aux défis qui attendaient saint François de Laval, sainte Marguerite Bourgeois et sainte Marie de l’Incarnation : « Cette femme a été à l’avant-garde à plusieurs points de vue, elle a rédigé cinq dictionnaires dans la langue huronne pour que les gens entrent en relation à Dieu dans leur propre langue… Ça fait 300 ans de ça ! »

Tout d’abord, Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes s’emploie à « poser les fondements de l’activité missionnaire de l’Église ». Au Québec, impossible d’oublier les grandes figures missionnaires qui ont façonné les territoires : le territoire géographique et celui de la mémoire. Longtemps, les églises du Québec ont tenu pour acquise la situation de « chrétienté ». Aujourd’hui, ces temps ont bien changé. Tellement, qu’il faut sérieusement penser à la réaffectation du patrimoine bâti. Si « la conversion des immeubles représente un défi de taille, la conversion missionnaire de l’Église, de ses habitudes, de ses pratiques, de ses attitudes et de son style constitue un défi encore plus grand », constate le document. « Même s’il y a un renversement dans la fréquentation des églises, on n’a pas changé nos manières de faire. Il faut revenir au contact avec la Parole de Dieu », rappelle Mgr Lortie. En bref, « l’activité de l’Église dans un cadre missionnaire implique de nous centrer sur l’humanité à servir plutôt que sur l’autopréservation ».

Dans un deuxième temps, on veut changer cette définition, ce terme de « missionnaire » pour lui redonner le sens de porter « l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ ou l’ont toujours refusé », comme l’écrit le pape François, ou encore à ceux « qui n’ont pas une appartenance du coeur à l’Église et ne font plus l’expérience de la consolation de la foi ». On appuie sur le fait qu’il ne faut pas créer un volet missionnaire en parallèle, mais plutôt investir toute l’activité pastorale de cette tendance missionnaire. Mgr Lortie donne cet exemple concernant l’initiation chrétienne : « Dans le diocèse de Mont-Laurier, on a entre 100 et 150 adultes qui sont confirmés, ils ont entre 18 et 25 ans. Ils ont vécu un cheminement de foi parce qu’ils doivent être confirmés s’ils veulent devenir parrains ou marraines. Ce qui est étonnant, c’est qu’ils le font parce qu’ils sont obligés, mais en chemin ils ont découvert l’importance de la Parole de Dieu et comment les sacrements nous aident dans notre croissance spirituelle. » Dans son diocèse de Mont-Laurier, Mgr Lortie voit aussi des grands-parents qui veulent devenir catéchètes ; on a mis sur pied une formation qui leur est dédiée.

Pour arriver à réaliser sa visée missionnaire, l’Église doit se rapprocher des gens. Au cours des dernières années, on a vu de nombreux remodelages paroissiaux, un peu à la manière des fusions municipales. Aujourd’hui, on souhaiterait une restructuration qui vise le rapprochement avec les fidèles, une pastorale de proximité. Mais il y a aussi la manière, comme nous le rappelle Mgr Lortie. On a longtemps eu tendance à « parler avec autorité, une pratique qui n’est plus de mise aujourd’hui ». Fini donc l’époque de la domination des prêtres, l’Église doit dorénavant s’ouvrir aux autres. Cependant, comme l’évangélisation est l’affaire de tous les croyants, la mobilisation est de mise.

Finalement, Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes invite à entreprendre un processus de discernement ecclésial. Dans ce sens, son intention n’est pas de formuler une série de propositions à appliquer et à mettre en oeuvre puisqu’au contraire, l’Exhortation apostolique tend plutôt à favoriser une « décentralisation salutaire ». C’est donc dire que les réformes et les dispositions qui seront prises le seront localement. Ce sera alors la responsabilité des diocèses, paroisses et autres regroupements de prolonger la réflexion.

Il est intéressant de noter que Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes aborde aussi les questions des structures immobilières, des modes de financement et des lieux d’investissement. Dans le but de sortir d’une simple logique comptable, le document cite encore le pape François : « Je désire une Église pauvre pour les pauvres » et pose la question : « Est-ce que les églises contribuent ou au contraire peuvent-elles nuire à l’annonce de l’Évangile ? »

Y a-t-il péril en la demeure catholique ? Selon le pape François, oui, il y a urgence d’agir : « nous ne pouvons plus rester impassibles, dans une attente passive, à l’intérieur de nos églises […] Il est nécessaire de passer “d’une pastorale de simple conservation à une pastorale vraiment missionnaire”».