Le balayage échappe à Kerry

John Kerry, l’homme fort du Super Seven.
Photo: Agence Reuters John Kerry, l’homme fort du Super Seven.

Cinq sur sept. On ne peut pas encore dire que c’est dans la poche, mais le sénateur du Massachusetts John Kerry a remporté hier de façon convaincante une série de primaires et de caucus qui vont lui permettre de resserrer son emprise sur l’investiture présidentielle démocrate.

Des sept États qui faisaient l’objet d’élections, M. Kerry l’a facilement emporté sur ses rivaux avec des proportions de 50 % des voix dans le Missouri, le Delaware et le Dakota du Nord. Ç’a été à peine plus difficile en Arizona — où il l’a emporté avec quelque 43 % des voix sur le général Wesley Clark, arrivé deuxième avec 27 % des voix — et dans les caucus du Nouveau-Mexique où les électeurs, fort divisés, ont favorisé Kerry (34 %, selon des résultats incomplets) sur le général Clark et l’ancien gouverneur du Vermont, Howard Dean, l’ex-favori tombé en disgrâce depuis les caucus de l’Iowa.
Le balayage a cependant échappé à M. Kerry, sitôt les bureaux de vote fermés en Caroline du Sud où le sénateur de la Caroline du Nord, John Edwards, a aisément gagné. Victoire capitale pour M. Edwards qui comptait sur un gain en Caroline du Sud, son État natal, pour donner du panache à sa candidature dans la foulée de sa seconde place-surprise en Iowa.
À défaut de quoi, M. Edwards n’avait pas caché qu’il aurait pu décider de se retirer de la course. Après dépouillement d’environ 85 % des votes, M. Edwards récoltait 46 % des voix contre 30 % pour M. Kerry.
De sorte que les analystes affirmaient que son succès l’installait dans la position du rival principal de Kerry dans la course à l’investiture, éclipsant un Howard Dean qui, sauf peut-être au Nouveau-Mexique, a été ignoré hier par l’électorat. Edwards en sort d’autant plus renforcé qu’il a bien paru dans le Missouri en finissant deuxième avec 27 % des voix et que la primaire de l’Oklahoma, où la bataille a été très serrée, lui aurait échappé par moins de 1 %. Le général Clark, dont l’Oklahoma est voisin de son État natal de l’Arkansas, a revendiqué la victoire, sa première, avec 30 % des votes, Edwards sur les talons, Kerry pas très loin derrière.
Après l’abandon de Dick Gephart suivant les caucus de l’Iowa, la course a fait une seconde victime hier soir, alors que Joe Lieberman, le sénateur du Connecticut et colistier d’Al Gore en 2000 a annoncé qu’il jetait l’éponge, incapable de sauver sa candidature dans le Delaware où il espérait faire bonne figure. Le seul candidat noir à la présidence américaine, le révérend Al Sharpton, s’accroche, bien qu’il se soit retrouvé en troisième position avec 10 % des votes en Caroline du Sud, alors qu’il comptait sur cet État à forte proportion de population noire pour relancer sa campagne.
Première grande vague de primaires et de caucus, ce «Super Seven» pourrait donner un élan décisif à John Kerry, après ses victoires dans l’Iowa et le New Hampshire, en janvier. Le prochaine grande épreuve sera celle du «Super Tuesday», le 2 mars prochain, alors que 1151 délégués seront choisis dans 10 États, dont ceux de la Californie, de l’Ohio et de New York. Doug Schoen, un stratège démocrate, déclarait hier au New York Times: si Kerry «gagne dans cinq États aujourd’hui, c’est presque terminé; six, presque certainement terminé; sept, c’est terminé».
Les choix de seulement 269 délégués étaient en jeu dans ces élections — 12 % du nombre total de ceux nécessaires (2162) pour décrocher l’investiture démocrate à la convention qui se déroulera fin juillet à Boston. Ces scrutins n’en étaient pas moins importants pour la suite des choses. En partie parce que deux catégories clés d’électeurs, noirs et hispaniques, étaient interpellées pour la première fois.
La Caroline du Sud constituait le premier test pour les candidats dans un État du Sud et le premier à sonder de façon significative l’électorat démocrate noir. On s’attendait à ce que 30 à 40 % des démocrates qui iraient voter hier soient des électeurs noirs.
Dans le sud-ouest, en particulier en Arizona et au Nouveau-Mexique, les élections constituaient pour les candidats une première occasion de se mesurer à la communauté hispanique, qui représente dans chacun de ces deux États 25 % et 40 % de la population. Les sondages y donnaient M. Kerry largement gagnant. Encore que la communauté hispanique, qui demeure traditionnellement démocrate, n’est pas particulièrement militante: si les 38 millions d’Américains qui la forment représentent désormais la première minorité du pays, devant les Noirs, à peine plus de 20 % d’entre eux (7,5 millions de personnes) sont inscrits sur les listes électorales.
Le défi était hier pour M. Kerry de faire la preuve qu’il peut être populaire ailleurs dans que son patelin. Il aura réussi. Aucun démocrate n’a jamais remporté une élection présidentielle sans gagner dans au moins un État du Sud — et aucun candidat démocrate issu de la côte est n’a décroché la présidence depuis John Fitzgerald Kennedy, en 1960. Une performance couci-couça aurait soulevé dans certains esprits des doutes sur la capacité du sénateur libéral de la côte est à percer politiquement dans l’ensemble du pays à la présidentielle du 2 novembre prochain. Et ce, malgré le fait qu’à neuf mois de l’échéance, trois sondages viennent de le donner vainqueur face au président sortant George W. Bush, si la présidentielle avait lieu maintenant. Le plus récent, un sondage USA Today/CNN/Gallup, indique que M. Kerry battrait Bush par 53 % contre 46 %, alors que la polémique sur les ADM prend de l’ampleur dans le débat électoral.
Howard Dean a jugé nulles ses chances dans les sept États, et n’y a donc pas fait campagne, ou si peu. D’autres primaires ont lieu ce week-end dans les États du Maine, du Michigan et de Washington, où M. Dean s’est davantage investi. Les observateurs lui trouvent de plus en plus de plomb dans l’aile. Ayant pratiquement épuisé son trésor de campagne, évalué à environ 40 millions de dollars américains, son organisation a dit vouloir s’économiser en vue du «Super Tuesday». Il pourrait être trop tard.
1 commentaire
  • Michel Gilbert - Inscrit 4 février 2004 07 h 38

    Marche inexorable vers la presidence

    Il y a 20 ans j'avais predit que John Kerry serait un jour president...S'il n'avait pas cede a Al gore en 2000 (Le protocole oblige),nous ne serions pas enfouis dans le marecage de l'Irak...J'espere que la communaute francophone va se familiariser avec John et sa femme Teresa qui parlent tous les deux francais....(d'ailleurs les Republicains de la Maison Blanche ont commence a le surnommer "Frenchy".Il considerent ce terme derisoire).Contrairement a Bush,qui par son arrogance a fait detester les Americains a travers le Monde, Kerry restaurera le respect des autres Nations envers nous.