La parole à nos lecteurs

Territoire québécois : la braderie comme mode de vie

 

Les débats qui entourent présentement la traversée du territoire québécois par l’oléoduc d’Énergie Est ne font que reprendre les scènes d’un film maintes fois jouées : forêts, mines, rivières, fleuve, villages, terres agricoles, tout est vendable, tout est achetable. C’est combien ?

Combien de fois a-t-on évoqué, depuis des décennies, l’argument repris par l’Union des producteurs agricoles, il y a quelques jours, selon lequel il est impossible de s’opposer à la puissance financière de l’industrie pétrolière, d’empêcher l’accaparement des terres de producteurs agricoles pour faciliter l’installation du pipeline de TransCanada ? Certains d’entre eux ont d’ailleurs déjà négocié le prix de vente de leur propriété.

Le scénario est pourtant connu. Nous persistons à nous penser comme habitants d’un territoire immense, aux ressources naturelles presque inépuisables, bradées dans l’insouciance. Un territoire volontiers déserté une fois les ressources taries ou devenues moins rentables. Les sites miniers abandonnés se sont multipliés par centaines au fil des décennies. On ferme ou déplace des villes, petites ou plus grandes, pour démarrer de nouveaux sites. On délocalise les usines de transformation des ressources forestières après dévastation de vastes secteurs forestiers. On rachète les kilowatts d’électricité d’une multinationale dont nous avons collectivement aidé à financer le départ des opérations en harnachant rivières et chutes. Ceci sans compter les mises à pied d’ouvriers dont on se soucie si peu. Nous nous réfugions volontiers dans le « y a pas le choix » ou le « c’est pas grave ». Se soumettre au lieu de se responsabiliser.

Actuellement, c’est le fleuve Saint-Laurent qui est au cœur des enjeux. Et c’est toujours le même discours. Le territoire québécois est couvert de lacs, de rivières et d’un fleuve que nous sommes en mesure d’utiliser avec la même prodigalité que les autres ressources. Et, comme par le passé et jusqu’à maintenant, malgré les risques et les aléas que ce transport de pétrole en énorme quantité générera, la seule question qui semble préoccuper, c’est de savoir quelles miettes (argent, emplois) nous parviendrons à récolter d’une telle entreprise. Nous nous satisferons, une fois encore, de demander : « C’est combien ? »


Serge Genest
Québec, le 15 mars 2016

 

La vraie valeur d’un recteur

 

Je soutiens que le recteur de l’Université de Montréal, comme tous les recteurs, demeure l’universitaire le moins utile du campus.

À titre de cadre affecté au développement de la recherche, j’ai eu le bonheur d’œuvrer pendant 31 ans sur les deux campus francophones de Montréal. Pendant toutes ces années, j’ai côtoyé, sur une base quotidienne, les meilleurs éléments des deux campus, et ce, dans toutes les disciplines. J’ai également connu plusieurs recteurs, tant à l’Université de Montréal qu’à l’UQAM. En aucun temps il ne m’a été donné de constater que les plus belles contributions de mon université étaient associées, de près ou de loin, au recteur en poste. N’en déplaise au recteur Breton, une université, c’est essentiellement ses professeurs et ses étudiants. Le reste est accessoire, même s’il faut en reconnaître l’utilité.

Une université ne livre pas une « marchandise » ! L’université livre les plus beaux joyaux dont une société civilisée peut s’enorgueillir et la pierre angulaire de cette institution ne repose surtout pas au sommet de la hiérarchie administrative. « Notre fort, nos employés », disait la publicité !

C’est la raison pour laquelle j’ai toujours pensé qu’un recteur, conscient de l’importance et de la vraie nature des missions de son établissement, et conscient du peu de cas fait à cet égard par les pouvoirs publics, ne devrait jamais recevoir un salaire supérieur au salaire du professeur le mieux payé sur son campus. Le contraire laisse planer un gros doute, non seulement sur les motivations de la personne, mais sur sa capacité de bien comprendre son entreprise.


Claude Magnan
Montréal, le 15 mars 2016
 


Bus et automobiles

 

Mardi matin. J’attends l’autobus 45, direction nord. L’attente dure depuis 10 minutes. Je regarde l’horaire affiché sur le poteau. Le prochain bus est à 10 h. Le dernier était à 9 h 30. Trente minutes entre les deux passages. Pendant ce temps, c’est un flot ininterrompu de bagnoles et de camions qui roule sur la rue Papineau. Je sais que la lutte contre les changements climatiques est une comédie. Mardi matin, ce fut une blague de plus. J’en rigole encore.

 

Martin Richard
Montréal, le 15 mars 2016