Irak - Blair accepte à son tour une enquête sur les ADM

Londres - Après George Bush, Tony Blair a dû accepter hier l'ouverture d'une enquête sur la crédibilité des informations attribuant à l'ancien régime de Saddam Hussein des armes de destruction massive (ADM) qui ont officiellement justifié l'invasion de l'Irak par les forces anglo-américaines.

Dix mois après l'entrée en guerre de ces dernières, aucune trace d'ADM n'a été trouvée en Irak et David Kay, le chef des équipes de la CIA chargées de les débusquer, a démissionné avec éclat il y a une dizaine de jours en affirmant que ce pays n'en disposait probablement plus depuis que l'ONU a entrepris de le désarmer après la guerre du Golfe de 1991.

Soumis à des pressions croissantes à l'approche du scrutin présidentiel de novembre, Bush a annoncé lundi la création d'une commission d'enquête indépendante sur les informations faisant état d'ADM en Irak qui l'ont conduit à lancer en avril-mars dernier une offensive en Irak avec le soutien militaire de la Grande-Bretagne.

Il était dès lors difficile à Blair de ne pas lui emboîter le pas. «Je crois qu'il serait juste [...] d'examiner les renseignements dont nous disposions et de voir s'ils étaient exacts ou pas», a reconnu Blair dans la matinée devant le «comité de liaison» qui regroupe les présidents des diverses commissions de la Chambre des communes.

Mais le leader travailliste a exclu qu'une telle enquête porte sur l'opportunité politique de la guerre. «Ce qu'il nous faut, c'est une enquête appropriée sur le renseignement et ses éventuelles carences. À mon avis, nous n'avons pas besoin d'une enquête sur la décision politique d'entrer en guerre», a-t-il dit.

Le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw, a précisé dans l'après-midi devant les Communes que la commission, qui doit rendre son verdict avant l'été, serait dirigée par lord Robin Butler, un haut fonctionnaire à la retraite qui a été le collaborateur de nombreux premiers ministres, de Harold Wilson à Tony Blair, en passant par Edward Heath, Margaret Thatcher et John Major.

«Très légitimes préoccupations»

Selon le Guardian, le choix de ce grand commis de l'État de 66 ans est sans risque pour le gouvernement et le Times laisse entendre pour sa part que les services secrets britanniques, qui pouvaient nourrir la crainte d'être mis sur la sellette par cette enquête, n'ont pas trop de soucis à se faire.

Quoi qu'il en soit, la pertinence de la décision politique d'entrer en guerre contre l'Irak n'entre pas dans le champ des compétences de la commission d'enquête, contrairement à ce que souhaitait le Parti libéral démocrate d'opposition, qui a décidé de la boycotter.

«Une telle enquête excluant les hommes politiques de son champ n'est pas susceptible d'être reçue avec confiance par l'opinion», a fait valoir son porte-parole pour les affaires étrangères, Menzies Campbell, regrettant que, dans cette affaire, la compétence et le jugement du gouvernement ne fassent pas l'objet d'une évaluation.

Devant les députés, Straw a souligné que c'était seulement l'exactitude des renseignements fournis et utilisés par le gouvernement qui devaient être comparée par les enquêteurs avec la réalité du terrain. Il a admis à cet égard que l'échec des recherches de David Kay pouvait donner lieu à «de très légitimes préoccupations sur la fiabilité des renseignements initiaux».

Blair, qui avait repoussé jusqu'à présent toute idée d'enquête sur la présence de ces ADM, avait fait état avant l'invasion de l'Irak d'une menace «grave et actuelle» de la part du régime de Bagdad, qu'il accusait de continuer à fabriquer des armes chimiques et biologiques, dont certaines, selon lui, étaient opérationnelles «en 45 minutes».

Selon Michael Ancram, porte-parole du Parti conservateur pour les affaires étrangères, le leader du New Labour a opéré sur ce point «une volte-face spectaculaire». Mais l'intéressé s'est justifié en ces termes: «Si nous n'avions pas agi à partir des renseignements que nous avions reçus, cela aurait été un manquement à notre devoir.»