La parole à nos lecteurs

La langue et l’art contemporain

 

Le Devoir a récemment publié une lettre (L’art contemporain… en anglais seulement, 10 mars 2016) dans laquelle une visiteuse du Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) déplorait le peu d’efforts faits par cette institution dans le but de faciliter la compréhension des oeuvres vidéo en langue anglaise présentées au sein de sa programmation. Dans sa réplique (Pour le MAC, le français est important, 12 mars 2016), le directeur du MAC, John Zeppetelli, répond à la critique en énumérant d’abord les différents outils (journal, site Web, publications, etc.) développés par le Musée afin de favoriser une meilleure compréhension des oeuvres. Puis il précise : « Aujourd’hui, les artistes de toutes origines choisissent fréquemment la langue anglaise dans le but avoué de rejoindre le public le plus large et ainsi faire voyager leurs expositions. Or la traduction d’une oeuvre est parfois complexe et il n’est pas toujours possible de s’en acquitter en respectant l’intégrité de l’oeuvre et la volonté de l’artiste. »

Cette précision du directeur du MAC soulève une question essentielle qui, au regard d’une mondialisation toujours bien en selle, mérite d’être régulièrement posée : dans quelle mesure la composante linguistique d’une oeuvre d’art — donc le choix d’une langue plutôt qu’une autre — influe-t-elle sur le sens de cette oeuvre ?

Le directeur termine son texte en soulignant que « l’art est une oasis de liberté qu’il nous faut, comme société, absolument protéger » et que le MAC, « en cette ère de mondialisation et de circulation des oeuvres et des idées, ne pourrait limiter ses choix de programmation artistique à des considérations linguistiques ». En effet, il importe de protéger la liberté et de favoriser la circulation des idées. C’est pourquoi, en cette ère de mondialisation, il y aurait sans doute lieu d’évaluer l’impact, sur la pratique artistique et sur ses milieux, des choix linguistiques qui les traversent et les façonnent, ici comme ailleurs. Et un musée d’art contemporain, par l’entremise de ses différentes activités (expositions, colloques, publications, biennale internationale, etc.), nous semble l’endroit tout indiqué pour accueillir et diffuser ce type de réflexion.


Pierre Landry, historien de l’art
Québec, le 14 mars 2016

 

Donald Trump, l’agent provocateur

 

Samedi soir au Kansas, Donald Trump a pris une demi-heure de son discours d’une heure pour s’en prendre directement aux contestataires présents dans la salle (la forte majorité ayant été retenue à l’extérieur). Une tactique de provocation pour soulever la foule de ses partisans.

On en vient à se demander s’il n’est pas en train d’en faire une stratégie pour alimenter la division chez les électeurs républicains traditionnels. Et, du même coup, augmenter sa clientèle dans les classes populaires blanches afin d’élargir à ce point sa base électorale qu’il deviendra impossible de le maîtriser et encore moins de l’empêcher de gagner cette campagne.

Devant un tel état de fait, on ne peut s’empêcher de craindre le pire par rapport à une telle exploitation d’un discours haineux qui entretient la violence. Ce qui nous rappelle le pire moment de l’histoire avec la montée des régimes totalitaires. Que cela se passe dans ce pays est impensable. Et pourtant !

Disons enfin que le traitement médiatique de la campagne de Donald Trump est responsable pour une grande part de son succès. Les grandes chaînes de la télévision américaine lui offrent quotidiennement, et ce, aux grandes heures d’écoute, cette présence et cette publicité qu’il n’a pas à financer. Il a donc eu le génie de comprendre l’influence de ce précieux outil d’information que l’on peut transformer, à son profit, en moyen d’action politique. Ce pays est politiquement en pleine dérive. À faire frémir !

 

Claude Poulin
Québec, le 13 mars 2016

 

Un ministre remis à sa place

 

Enfin des gens qui remettent à sa place le ministre de la Santé. À l’émission Tout le monde en parle, ce dernier a littéralement perdu de sa superbe devant la porte-parole de l’opposition officielle, Mme Lamarre. Ses arguments et son attitude à la Donald Trump  — crier, couper la parole et avancer des illusions que nous devrions prendre pour des réalités — semblaient tellement minables devant les arguments avancés par Mme Lamarre.

Mais là où il a paru le plus affaibli, c’est devant trois mères d’enfants handicapés qui, par leur noble attitude calme et pondérée, nous ont montré que le gros méchant ministre de la Santé perdait ses moyens devant des gens qui préfèrent la discussion à l’enflure verbale. Bravo, Mesdames. Michel Chartrand aimait dire que si le Québec doit s’épanouir, c’est par les femmes qu’il le fera. M. Chartrand avait raison.

 

Jean Chenay

Sherbrooke, le 14 mars 2016