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La parole à nos lecteurs

Cécité théorique de Thériault et Vallée

 

Les prises de position des ministres Thériault et Vallée à l’égard du féminisme témoignent d’une cécité théorique, ou, autrement dit, d’une incapacité à voir leurs parcours professionnels et leur mission à titre de ministre de la Condition féminine et de la Justice au travers de cadres théoriques sensibles aux asymétries. Ces cadres théoriques sont utiles pour lire les inégalités sociales, utiles pour débusquer les nombreuses formes de domination qui pèsent, à différents degrés, sur plusieurs groupes populationnels (femmes, enfants, pauvres, etc.). Utiles aussi, et c’est peut-être là que le bât blesse le plus, pour interpréter les conséquences sociales et éthiques des actions politiques et économiques menées par le gouvernement de M. Couillard dans les dernières années. Les enjeux d’une discussion sur ce qu’est le féminisme sont nombreux. Parmi eux, on peut compter celui, social, de l’anesthésie épistémologique qui consiste pour des personnes à dénier leur point de vue au profit de points de vue imposés par les autorités. Cette anesthésie permet à des personnes opprimées d’éviter la douleur (ou le désespoir) encourue par le déni de leurs savoirs, de leurs espoirs et des difficultés qui jalonnent leur quotidien. La vivacité de la couverture médiatique des affirmations malheureuses des ministres Thériault et Vallée illustre la pertinence de familiariser les jeunes (et les moins jeunes) avec les tenants et aboutissants du féminisme. Contrairement à ce que pourraient penser les principales protagonistes de cette saga, une connaissance minimale des fondements et de l’histoire du féminisme leur aurait facilité la vie politique en leur permettant d’articuler un propos plus cohérent.


Chantal Pouliot, professeure titulaire, Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval
Québec, le 3 mars 2016


 

Être féministes ou pas

 

En démocratie, les gouvernements sont appelés à faire des arbitrages entre les intérêts promus par toutes sortes de groupes de pression afin de bien servir le bien commun. Bien que chaque groupe de pression aimerait convertir le gouvernement en militant pour sa cause, celui-ci doit garder ses distances afin de traiter l’ensemble des citoyens sur un pied d’égalité. Il doit bien sûr tendre l’oreille aux réquisitions de tous les groupes de la société, mais son action doit d’abord s’appuyer sur des principes clairs, tels que l’équité, la cohésion sociale, le développement des potentiels, etc.

Au siècle dernier, grâce à l’action de groupes de pression féminins (de même que l’arrivée des contraceptifs), les femmes ont fait des pas de géant pour enfin mieux prendre la place qui leur revient dans la société. Aujourd’hui, elles sont plus performantes que l’autre moitié de la société au cours primaire, plus persévérantes au secondaire, et plus nombreuses à entreprendre des études postsecondaires. Il s’agit là de tout un contraste avec l’époque où ça ne valait pas la peine d’envoyer les filles à l’école, parce qu’elles allaient de toute façon se marier avec un pourvoyeur. Cette meilleure performance du sexe féminin dans le système scolaire laisse entrevoir que les gains qui restent à faire dans les milieux de travail pour consacrer l’égalité entre les sexes ne sont qu’une question de temps.

Considérant cette évolution spectaculaire, est-il encore justifié d’avoir un ministère de la Condition féminine ? Si on peut facilement justifier la présence d’un ministère des Affaires autochtones à Ottawa par les conditions peu enviables du groupe auquel il s’adresse, je crois qu’il en va désormais tout autrement de celui de la Condition féminine à Québec. Dans l’état actuel des choses, un homme pourrait intenter des poursuites contre le gouvernement pour cause de favoritisme envers les femmes et possiblement gagner sa cause. Pour éviter une telle éventualité, il serait temps que le ministère de la Condition féminine devienne celui de l’équité. Un ministère qui aurait pour mission de se préoccuper de tous les défavorisés, quels qu’ils soient (femmes, hommes, immigrants, autochtones, homosexuels, etc.), et sur quelque plan que ce soit (accès aux postes de direction, niveau salarial, alcoolisme, décrochage scolaire, etc.). Bref, laissons le féminisme à l’action citoyenne, et exigeons du gouvernement qu’il soit humaniste et impartial.


Rino St-Amand
Montréal, le 3 mars 2016