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Europea, la recette du succès

Combien d’idées par jour peuvent bien occuper le cerveau de Jérôme Ferrer ? Des dizaines, sûrement, qui relèvent presque du génie.
Photo: Philippe Mollé Combien d’idées par jour peuvent bien occuper le cerveau de Jérôme Ferrer ? Des dizaines, sûrement, qui relèvent presque du génie.

Quand, il y a de cela 15 ans, je découvris pour la première fois dans un demi-sous-sol le restaurant Europea, j’étais à des lunes de m’imaginer que plus tard, trois gars des plus travaillants pourraient créer un véritable empire tentaculaire.

Acharnés au travail, pétris de volonté avec plein d’idées, ils ont fait de leur petit restaurant une grande table mondialement réputée et, plus encore, le centre de plusieurs annexes qui, jusqu’au dernier-né, Jerry’s, sont de véritables succès d’affaires qui peuvent laisser pantois bien des entrepreneurs.

En leader aguerri, Jérôme Ferrer a très vite été désigné par ses deux fidèles comparses comme le chef de file qui devait porter la notoriété. On a misé sur le cheval gagnant sans pour autant décrier l’équipe.

Photo: Philippe Mollé Jerry’s, où il s’agit de reprendre à la façon Ferrer les mets vedettes des casse-croûte tels qu’on les trouvait le plus souvent sur la route ou dans de petits villages québécois.

Tout le monde s’entend pour qualifier cette réussite d’exceptionnelle. M. Ferrer a aussi rapidement compris à quel point il fallait utiliser les médias sociaux et se servir de cette communication ouverte à toute une génération. Ce qui est devenu le groupe Europea a réalisé qu’il devait partager cette réussite en s’investissant dans des causes aussi diversifiées que louables.

Que ce soit contre le cancer du sein ou pour la Fondation Charles-Bruneau, chaque fois un élan de générosité touche les gens, selon plusieurs associations comme celle du docteur Julien, que Ferrer soutient depuis des années pour sa guignolée.

Il est invité à Tout le monde en parle, les émissions de radio et de télévision se l’arrachent. Livres, produits haut de gamme chez IGA, visites en région, vins à la SAQ… On multiplie les concepts dans pas moins de 10 entités différentes, qui vont de la boutique traiteur au Château Bromont, en passant par le musée Grévin et les camions de cuisine rue aux couleurs d’Europea.

En quelques années, la notoriété du groupe a largement dépassé les frontières du Québec.

Photo: Philippe Mollé «Grilled-cheese», burger, guédille au homard, poutine et autres classiques revisités

Des surprises de taille

Combien d’idées par jour peuvent bien occuper le cerveau de Jérôme Ferrer ? Des dizaines, sûrement, qui relèvent presque du génie. Alors que la brasserie-bistro de la rue qui porte son nom, le Beaver Hall, tourne à plein régime, le restaurant Andiamo, situé juste à côté, fonctionne plus ou moins. Le groupe décide alors d’en changer la vocation en 2015.

En se rendant à Bromont, le chef découvre un casse-croûte en bord de route et décide de la prochaine orientation d’Andiamo : revisiter les plats de tous les jours qui ont fait leur réputation dans les familles. Ainsi est né peu de temps après Jerry’s, le casse-croûte au goût du jour. Il s’agissait de reprendre à la façon Ferrer les mets vedettes des casse-croûte tels qu’on les trouvait le plus souvent sur la route ou dans de petits villages québécois : grilled-cheese, burger, guédille, poutine et autres classiques revisités.

Le succès est immédiat, à tel point qu’il faut souvent attendre plusieurs dizaines de minutes pour s’offrir une guédille au homard, ou encore un « chien chaleur » dont la saucisse dépasse du double les saucisses fumées traditionnelles. Ainsi, les investisseurs sont en train de créer ce qui sera bientôt la chaîne aux accents du Québec, dirigée par des Français. Le monde à l’envers !

Durant l’été, cette fois aux couleurs de Jerry’s, trois camions vont parcourir le Québec pour offrir une cuisine de rue pas tout à fait ordinaire afin de régaler les participants aux nombreux festivals qui se déroulent un peu partout.

Inlassables, les bougres mettent aussi en place une gamme de 180 plats surgelés haut de gamme, que les consommateurs pourront commander sur le Web et qui leur seront livrés à domicile.

L’empire du goût

Le restaurant Europea reste la machine qui a mené le groupe à la notoriété et qui peut se targuer de réussite gastronomique, un endroit où il faut souvent réserver plusieurs semaines, voire plusieurs mois à l’avance. Quelque 160employés sont au service de l’entreprise qui, à l’image des Ducasse et Robuchon, pourrait bien un jour être cotée en Bourse.

En diversifiant ses activités tout en demeurant dans le secteur de la restauration, le groupe Ferrer évite la crise économique et, à la différence de bien des établissements, s’assure d’une constance. Partie de rien, ou presque, toute l’équipe mérite le crédit de cette réussite qui crée des envieux.

Selon Jérôme Ferrer, le secret est avant tout dans le travail. Et on parle plus de 80 heures par semaine que des 40 heures de bien des gens.

Que nous réserve le groupe Europea pour les prochaines années ? De nouvelles aventures et surprises, assurément. Une chose est certaine, personne ne reste indifférent à ce succès de trois immigrants partis du soleil du Languedoc pour apprivoiser le froid du Canada.