Le départ de Cauchon ouvre la porte à Lapierre

Jean Lapierre
Photo: Jacques Nadeau Jean Lapierre

L’ex-ministre libéral Martin Cauchon annoncera aujourd’hui son départ de la vie politique, ouvrant du coup la porte de la circonscription d’Outremont à Jean Lapierre, qui a quitté hier son poste d’animateur à CKAC et de chef d’antenne à TQS.

Le retour en politique de M. Lapierre fait l’objet de rumeurs persistantes depuis plusieurs mois. Ce n’est toutefois que jeudi qu’il fera connaître ses intentions, ce qui apparaît comme une formalité. Figure populaire du monde des communications, M. Lapierre pourrait être appelé à jouer le rôle de lieutenant politique au Québec pour le Parti libéral du Canada (PLC).
Entre-temps, Martin Cauchon libérera son siège de député, lui qui a été évincé du cabinet à l’arrivée de Paul Martin en décembre. Au bureau de M. Cauchon hier, on confirmait que les journalistes seraient convoqués pour une conférence de presse aujourd’hui. Un proche du député démissionnaire a par ailleurs assuré au Devoir que son ami quittait la politique «heureux de sa décision» et qu’à 41 ans, comme avocat, il se tournerait vers le secteur privé où il a «quelques offres».
Avant sa sortie forcée comme ministre de la Justice, Martin Cauchon a présenté l’avant-projet de loi permettant les mariages gais. Il a déféré le dossier à la Cour suprême en soumettant trois questions. Embarrassé par cet héritage, le nouveau premier ministre Paul Martin a récemment ajouté une question à l’étude des juges, ce qui reporte le dossier après les élections prévues au printemps.
Est-ce que le départ de M. Cauchon a fait l’objet de négociations du clan Martin pour faire de la place à l’un de ses candidats-vedettes pressentis au Québec? Dans l’entourage de Martin Cauchon, on souligne que ce n’est guère là une méthode privilégiée par l’équipe au pouvoir. Il semble plutôt que MM. Cauchon et Lapierre se soient entretenus directement au cours des derniers jours, le premier ayant offert de céder son comté au second. Les deux hommes ont longtemps milité côte à côte au PLC.
L’éventuelle venue de Jean Lapierre réjouit bien des libéraux, d’autant que Paul Martin souhaite une victoire décisive au Québec. Il ne manquait plus qu’un comté sûr pour dérouler le tapis rouge à Jean Lapierre.
Après douze ans d’une carrière de communicateur où il a combiné l’analyse et le «name dropping» derrière le microphone, la présentation de bulletins d’information devant la caméra tout en étant rémunéré comme conseiller stratégique, Jean Lapierre a accru son influence. Son passage en politique, d’abord comme député libéral de 1979 à 1990 puis avec le Bloc québécois, comme membre fondateur, jusqu’à l’été 1992, lui avait déjà permis d’avoir un réseau très étendu d’amis et de connaissances. Sa longue liste de contacts pourrait bien lui être très utile au moment d’amorcer sa nouvelle carrière.
Jean Lapierre avait participé à plusieurs émissions de CKAC depuis douze ans, seul ou en duo. Il a longuement remercié hier ses auditeurs et la station elle-même, saluant la liberté d’expression dont il a bénéficié, laissant même entendre que son départ de la radio n’était peut-être pas définitif. «Cela ne veut pas dire qu’on ne rouvrira pas le livre un jour» a-t-il indiqué, laissant toutes les portes ouvertes.
Selon des informations non confirmées Mario Langlois pourrait prendre la relève aujourd’hui à la barre de cette émission de fin d’après-midi.
Jean Lapierre a également annoncé sa démission hier du réseau TQS, où il animait le magazine de 22h, mi-informations mi-affaires publiques, depuis trois ans. Les cotes d’écoute de ce Grand Journal sont très variables, se situant souvent en janvier entre 150 000 et 250 000 auditeurs selon les soirs.
Cette semaine, le journaliste Martin Robert doit prendre la relève de l’émission, mais, selon le réseau TQS, à compter de la semaine prochaine, Denis Lévesque devrait prendre le contrôle de l’émission jusqu’à la fin de la saison.