L'UPA n'a pas la tête à la sécurité alimentaire

Établir la traçabilité du boeuf entre la ferme et l’assiette du consommateur préoccupe moins l’UPA que la baisse de revenu de ses membres.
Photo: Agence Reuters Établir la traçabilité du boeuf entre la ferme et l’assiette du consommateur préoccupe moins l’UPA que la baisse de revenu de ses membres.

Alors que Québec se prépare à disséquer aujourd'hui même en Commission parlementaire la délicate question de la sécurité alimentaire, l'Union des producteurs agricoles (UPA) n'en démord pas: l'inspection des aliments, la traçabilité, l'environnement ou même l'étiquetage des OGM, c'est bien..., mais secondaire pour les agriculteurs qui, avant de répondre à l'appel de la sécurité et du risque zéro, espèrent voir enfin leur revenu net reprendre un peu, beaucoup, du poil de la bête, a expliqué hier le président de l'UPA, Laurent Pellerin.

À la veille de présenter son mémoire devant la Commission de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation, M. Pellerin avait la tête ailleurs. Dans les avoirs de ses membres. «L'année 2003 s'annonce aussi mauvaise que 2002: la baisse du revenu des agriculteurs va être à nouveau de 50 %, a-t-il expliqué au Devoir lors d'une entrevue téléphonique. Ce problème devient donc notre principale préoccupation. Et ça va tempérer nos élans dans le domaine de la traçabilité, de l'environnement, de l'inspection des aliments ou même de l'étiquetage des organismes génétiquement modifiés [OGM].»

Ces sujets d'actualité doivent, dans les trois prochains jours, rythmer les travaux et discussions de la Commission présidée par Fatima Houda-Pepin. Plusieurs organismes, dont Option Consommateurs, l'Ordre professionnel des diététistes du Québec, Greenpeace ou encore le Conseil des chaînes de restaurants du Québec, pour ne citer qu'eux, y sont attendus jusqu'à jeudi prochain pour exprimer leurs réflexions et recommandations en matière de sécurité alimentaire. Tout comme l'UPA va le faire ce matin... l'esprit préoccupé. «Chacun de ces sujets devrait être révisé et avoir un classement différent dans l'échelle des priorités du gouvernement», dit M. Pellerin.

Par les temps qui courent, quand on lui parle de suivre à la trace un rôti de boeuf de l'étable à la table, une tomate de la fourche à la fourchette ou encore que l'on évoque la protection des cultures biologiques contre la contamination par des semences génétiquement modifiées, M. Pellerin pense plutôt... à un pot de cornichons, symbole par excellence selon lui du mal qui affecte actuellement le portefeuille des agriculteurs. «C'est l'exemple que j'utilise depuis plusieurs semaines, résume-t-il. Ce pot est passé de 2,99 $ à 3,21 $ à l'épicerie. Mais les producteurs continuent à ne recevoir que 0,13 $ pour leur production. Alors qu'avec 2 ou 3 cents de plus, ils pourraient couvrir leurs frais. C'est là la preuve qu'ils ne touchent pas leur juste part du marché.»

Le problème est structurel selon lui. Avec un effet pervers: les prix ou les profits montent et les producteurs agricoles n'en profitent jamais. Contrairement aux grands réseaux de distribution alimentaire — Loblaws, Sobeys et Metro — ou encore aux abattoirs. Surtout dans le cas du boeuf où, malgré une chute de prix récente, l'animal conserve un prix de vente élevé dans les épiceries et génère des marges de profits dont les artisans de la terre ne voient pas la couleur.

«Il n'y a pas de loi au Québec qui oblige les maillons de la chaîne alimentaire à contribuer équitablement, poursuit M. Pellerin. Or, il y a de l'argent dans ce réseau, il faut juste essayer de voir comment bien le répartir.»

Cette «réingénierie» du milieu agro-alimentaire serait même un préalable selon lui pour faire évoluer la question de la sécurité des aliments au Québec. Chaque avancée en la matière s'accompagnant en effet immanquablement, explique le patron de l'UPA, de frais supplémentaires pour les agriculteurs comme pour les consommateurs. «Il ne va pas être possible de le faire autrement, dit-il. Si les agriculteurs n'ont pas de revenus, ça va être gênant de leur demander de mettre de l'argent dans de nouvelles structures.»