Une commission demandée pour décoder les contrats informatiques

Devant la récurrence des dépassements de coûts dans plusieurs contrats gouvernementaux liés au numérique, un groupe de spécialistes en technologie et défenseurs du bien commun réclame à Québec la mise sur pied d’une commission publique d’enquête afin de mieux décoder les dérives potentielles d’un marché qu’il juge coûteux pour rien. Une pétition en ce sens vient d’ailleurs d’être inscrite sur le site de l’Assemblée nationale du Québec cette semaine. Ses promoteurs espèrent y récolter plus de 30 000 signatures afin de forcer la main du gouvernement Couillard.

Pour Luc Lefebvre, expert en sécurité informatique et initiateur de cette pétition, au nom de l’organisme d’éducation et de défense des libertés individuelles Crypto.Québec, le temps est venu de faire la lumière, publiquement, sur les agissements de plusieurs grosses entreprises du domaine informatique qui, malgré leurs dépassements de coût à répétition et l’échec de plusieurs de leurs projets, dit-il, continuent de récolter de 80 à 90 % des contrats publics liés au numérique. « Est-ce parce qu’elles sont bien structurées ? Est-ce parce qu’il y a collusion entre elles ? Est-ce parce qu’il y a corruption ? Une commission d’enquête publique va être en mesure de trouver les réponses à ces questions », résume-t-il.

Un projet au coût exorbitant

L’homme, un ex-militant du microparti indépendantiste Option nationale, dit avoir eu l’idée de cette pétition après avoir été témoin récemment d’un contrat accordé à la firme CGI pour la création d’un site Web à l’intention des immigrants souhaitant s’installer au Québec. La chose se nomme Mon projet Québec. « Cela a coûté un million de dollars pour un site dont les capacités techniques sont limitées, prétend-il. Le projet livré ne valait pas plus de 150 000 $ s’il avait été mené par n’importe quelle autre entreprise et ce sont les contribuables qui ont payé la différence en raison de la complaisance du gouvernement envers CGI. » Incidemment, depuis le 16 février, le site n’est plus accessible en raison « d’un bris technique », annonce la page d’accueil.

La pétition fait également état des dépassements de coûts de cette même firme dans le Dossier santé Québec, le projet de numérisation des dossiers médicaux, dont le budget est passé de 500 millions à 1,4 milliard, sans grands résultats tangibles, plus d’une décennie plus tard.

Cet appel à la tenue d’une commission publique d’enquête fait écho à celui du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) lancé en 2014, mais également à celui de la Coalition avenir Québec (CAQ) ou encore de l’Association pour l’appropriation collective de l’informatique libre (FACIL), qui depuis des années tient en ligne le registre des contrats informatiques publics dont les budgets ont explosé ou qui n’ont pas été en mesure de livrer les services pourtant commandés.

Mardi en fin de journée, Sam Hamad, président du Conseil du trésor, a rejeté du revers de la main la tenue d’une telle enquête publique, estimant, par la voix de son attachée de presse, que le gouvernement a donné le « coup de barre » qu’il fallait en 2015 dans les technologies de l’information. « En mars 2015, nous avons mandaté l’UPAC et le Vérificateur général afin qu’ils relèvent les lacunes et émettent des recommandations, a indiqué au Devoir Cynthia St-Hilaire. Et nous avons donné suite à l’ensemble des recommandations. »

Plus de 24 heures après un lancement plutôt discret, la pétition de Crypto.Québec, ouverte au public jusqu’au 22 mai prochain, a récolté près d’une centaine d’appuis.