Un énorme «non» à la centrale du Suroît

Des milliers de manifestants chaudement habillés sont descendus dans la rue hier à Montréal pour montrer leur opposition au projet de centrale thermique du Suroît. D’autres actions sont prévues dans les prochains jours.
Photo: Jacques Nadeau Des milliers de manifestants chaudement habillés sont descendus dans la rue hier à Montréal pour montrer leur opposition au projet de centrale thermique du Suroît. D’autres actions sont prévues dans les prochains jours.

Les groupes écologistes ont ouvert les hostilités hier en mobilisant des milliers de personnes dans les rues du centre-ville de Montréal pour dire non à la centrale thermique du Suroît projetée par Hydro-Québec et par le gouvernement du Québec.

«Il y a 30 ans, une centrale au gaz aurait été accueillie comme une bénédiction, car elle pollue moins que le pétrole, le charbon ou le plutonium. Aujourd'hui, on sait faire mieux [...] Les expertises qu'on a développées au Québec nous permettent de devenir des chefs de file planétaires en termes d'environnement», a lancé Nicolas Reeves aux quelque 4000 manifestants réunis hier après-midi devant le siège social d'Hydro-Québec. Prenant la parole au nom de son père, le physicien Hubert Reeves, il a encouragé les troupes à poursuivre la bataille contre le projet de centrale thermique annoncé il y a deux semaines par le gouvernement du Québec.

Les manifestants s'étaient donné rendez-vous au square Dorchester avant de se diriger pacifiquement vers les bureaux d'Hydro-Québec, boulevard René-Lévesque. L'appel à la mobilisation avait été lancé par la toute jeune Coalition vers-vert Kyoto née dans le but de faire échec au projet du Suroît. Mise sur pied par l'Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement (RNCREQ) et l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) avec l'aide du Parti vert, la Coalition a récolté, au cours des derniers jours, des appuis de plusieurs organismes, partis politiques et personnalités.

André Bélisle, président de l'AQLPA, a réclamé du gouvernement qu'il mette en branle une «révolution de l'énergie» en renonçant au projet du Suroît pour favoriser des principes d'efficacité énergétique et développer l'énergie éolienne. La centrale du Suroît augmentera de 3 % les rejets de gaz à effet de serre du Québec, ce qui équivaut à l'ajout de 600 000 voitures de plus sur les routes. Ce choix ne fera que contribuer davantage au réchauffement de la planète, a déploré M. Bélisle en signalant que le Québec avait déjà ressenti les effets de ce phénomène, notamment lorsque les eaux s'étaient déchaînées au Saguenay en 1996 et lorsque le verglas s'était abattu sur le Grand-Montréal en 1998. Et c'est également aux bouleversements du climat qu'il a attribué les inondations des derniers jours à Laval, à Terrebonne et dans le nord de l'île de Montréal.

En choisissant de promouvoir ce projet de centrale thermique, le gouvernement lance un message qui va à l'encontre de ses engagements à l'endroit du Protocole de Kyoto, ont répété les groupes écologistes. «Le Québec a été propre au niveau environnemental pendant des années. Maintenant, on peut bien être un peu plus sale. Laissons les générations futures, laissons les autres provinces et les autres pays ramasser nos dégâts par la suite», a ironisé Nicolas Reeves.

Venu appuyer la coalition, le Dr Harold Dion, du Collège québécois des médecins de famille, a signalé que de plus en plus de patients consultaient les médecins pour des problèmes de santé liés à la pollution atmosphérique qui seraient la cause, chaque année, de 4000 décès au Québec, dont 1900 à Montréal.

La coalition n'entend pas en rester là puisqu'elle organisera une autre manifestation demain soir devant l'hôtel de ville de Beauharnois où le conseil municipal doit se prononcer sur un changement de zonage pour autoriser la construction de la centrale thermique. Jeudi, les représentants de la Coalition se rendront à Québec pour remettre un manifeste aux membres du gouvernement. Ils tenteront ensuite d'encourager les citoyens à aller voir les élus, qu'il s'agisse du ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, du ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, ou du premier ministre, Jean Charest. «Ces gens-là acceptent un crime environnemental, acceptent un crime contre l'humanité littéralement. Je ne dose pas mes mots, car il faut mettre l'accent là-dessus. Ils en sont conscients, et je dirais que c'est, à la limite, un homicide volontaire qu'ils font», soutient Richard Savignac, chef du Parti vert.

De passage dans la circonscription de Gouin, le chef de l'opposition, Bernard Landry, a lui aussi condamné le projet de centrale thermique auquel avait renoncé son gouvernement. «Dès qu'on a signé la Paix des Braves et qu'on a pu commencer les travaux de la rivière Eastmain à 1500 mégawatts [deux fois le Suroît], j'ai personnellement annulé le projet de la Centrale du Suroît», a-t-il rappelé. «Et avec le projet éolien de plus de 1000 mégawatts en Gaspésie, on peut se passer de brûler du gaz.»

L'ex-ministre de l'Environnement et député de Gouin, André Boisclair, a de son côté déploré que le gouvernement libéral n'ait pas proposé de mesures de mitigation pour compenser l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre. «Ils ont des solutions à portée de main, autant du côté de centrales au mazout qui pourraient être converties au gaz, que du côté de l'efficacité énergétique. C'est choquant de voir que le Suroît revient sur la table sans qu'un débat plus large sur l'énergie ne soit mené et sans qu'on ne puisse comparer les alternatives», a-t-il indiqué.
4 commentaires
  • Jacques Demers - Inscrit 2 février 2004 07 h 23

    Publication sur le forum info07.com

    Le Québec à la croisée des chemins, si nous réussissons à bloquer ce projet, le Québec entrera dans une nouvelle ère.

    À noter, j'ai publié des extraits de votre article sur le forum info07.com , voir ce lien :

    http://www.info07.com/forum/phpBB2/viewtopic.php?p

  • René Vallée - Inscrit 2 février 2004 11 h 21

    La première responsabilité d'Hydro-Québec et l'avenir prévisible

    Hydro-Québec produit et distribue de l'énergie électrique. Sa première responsabilité porte sur la sécurité d'approvisionnement à assurer à sa clientèle du Québec, et ce, particulièrement pendant la saison froide. Si la population ne pouvait pas compter sur Hydro-Québec, elle ferait appel davantage à d'autres sources d'énergie avec tout ce que cela peut impliquer sur le plan environnemental.

    D'une façon réaliste, Hydro-Québec peut-elle compter sur les économies d'énergie dans la gestion de son réseau au jour le jour? Certaines politiques d'H-Q peuvent favoriser les économies d'énergie. Les retombées de toutes ces politiques sont probablement fort minimes sur le réseau. Nous n'avons qu'à considérer le nombre de véhicules utilitaires énergivores sur nos routes; les coûts des carburants n'encouragent pas les gens à chercher à économiser. Il en est de même pour les coûts de l'électricité pour la consommation domestique. Les politiques les plus efficaces pour favoriser les économies d'énergie passent par une augmentation significative des tarifs d'électricité et des taxes sur les combustibles. En autant que les impôts et les autres taxes soient réduits en conséquence. Ce sont des décisions qui n'appartiennent pas à Hydro-Québec, mais plutôt aux gouvernements à cause des incidences sur les activités économiques.

    D'une façon réaliste, Hydro-Québec peut-elle compter sur l'énergie éolienne pour répondre à la demande de sa clientèle? La réponse apportée par les études faites lors du choc pétrolier des années 1970 demeure réaliste. Le vent ne constituera pas une source d'énergie fiable, économique et significative. Combien de clients d'Hydro-Québec accepteraient d'acheter de l'électricité générée au gré du vent? L'Allemagne a réalisé un parc éolien fort considérable, à des coûts énormes; sa production demeure pourtant marginale. De nombreux Allemands comprennent maintenant que l'arrêt des centrales nucléaires risquent d'être reportées indéfiniment.

    Quant au respect du protocole de Kyoto, Hydro-Québec possède deux options réalistes : l'hydroélectricité et l'énergie nucléaire. Sa décision de réaliser la centrale du Suroît pourrait uniquement s'expliquer par l'impossibilité de mettre en oeuvre une autre solution en temps utile.

    Par ailleurs, les Finlandais aussi devaient réaliser une nouvelle centrale électrique. Ils ont choisi de construire une cinquième centrale nucléaire au lieu de brûler du gaz naturel dans une centrale thermique, afin notamment de réduire leur dépendance économique envers un de leurs voisins. Cette décision leur permet en outre de respecter le protocole de Kyoto.

    Nous pouvons appréhender une nouvelle crise énergétique mondiale dans les prochaines années. La nouvelle Chine deviendra un grand consommateur. La demande de pétrole, de gaz et de charbon augmentera beaucoup plus rapidement que l'offre. Dans cette perspective, il est impératif que le Québec, le Canada et Hydro-Québec commencent à planifier cinq, dix, quinze et vingt ans en avance. C'est de cette façon que nous pourrons prévenir de nouvelles centrales du Suroît. et qu'Hydro-Québec pourra continuer d'assurer la sécurité d'approvisionnement en électricité des Québécois dans le respect de l'environnement.

  • Hugues Charbonneau - Inscrit 3 février 2004 08 h 49

    L'inefficacité énergétique

    Méditons:
    Le rendement énergétique d'une centrale thermique centralisée versus le rendement énergétique des foyers au gaz: la gaffe no 1.

    Les économies d'énergies, un gisement rapidement accessible: la gaffe no 2.
    La décentralisation assure une meilleure sécurité des approvisionnement: la gaffe no 3.
    Les besoins évoqués par Hydro...il s'agit plutôt de satisfaire les besoins des américains.

    C'est le gouvernement qui satisfait son besoin d'argent: la gaffe no 4. On a plutôt prévu de pas pouvoir satisfaire les besoins pour justifier des projets à la va-vite. Bien manupulés nous sommes.

    L'éolien...la grande gaffe québécoise en matière d'énergies. Mais encore, ne réglons pas des problèmes de résidus organiques (lisiers, boues)en fabricant de l'électricité...subventionnons plutôt le harnachement des rivières et le thermique et buvons du lisier! J'oublais, Hydro possède une part importante de gaz Métro qui préfère vendre des gaz à effet de serre plutôt que des biogaz...

    Rendu là...on aurait possiblement plus de pouvoir sur Hydro si c'était une entreprise privée?

  • Alain Richard - Inscrit 11 février 2004 22 h 33

    Je suis contant

    J'ai acces a mon devoir sur mon petit surfeur aol que j'aime bien. Merci a tous aussi pour votre si beau et constant travail... Que de devoir en le coeur du devoir de tous que de vérité a faire gesmé et quelque fois avec dureté et d'autre fois politesse.. Le savoir faire vient de l'expérience et souvent le devoir nous ouvre les yeux agéablement..

    Merci