Renseignement - Bush veut une enquête sur l'Irak

Washington — Revenant sur ses positions, le président George Bush annoncera au début de cette semaine la création d'une commission d'enquête indépendante sur les renseignements qui ont justifié l'intervention militaire en Irak, ont indiqué hier des représentants du gouvernement américain.

Bush s'était d'abord opposé à la mise en place d'une telle commission, mais des parlementaires démocrates comme républicains ont fait pression sur lui pour qu'il accepte une enquête indépendante sur les informations qui affirmaient l'Irak en possession d'armes chimiques et biologiques alors qu'on n'en a trouvé aucune depuis le renversement de Saddam Hussein. «Le président souhaite une étude large, bipartisane et indépendante de nos renseignements, en particulier concernant les armes de destruction massive et les efforts anti-prolifération», a déclaré un haut responsable de l'administration Bush qui a demandé l'anonymat.

On s'attend à ce que la commission se voie accorder jusqu'à l'an prochain pour présenter un rapport — et non cette année comme l'exigent les démocrates — afin d'éviter que ses conclusions ne se transforment en enjeu de la campagne pour l'élection présidentielle de novembre.

«Il est important que la commission effectue son travail d'une façon qui ne l'implique pas dans la politique partisane», a dit un responsable. «Il nous faut une commission qui regarde non seulement en arrière, mais aussi vers l'avant, en examinant les moyens d'améliorer la collecte des renseignements afin de répondre aux nouvelles et dangereuses menaces auxquelles nous avons affaire aujourd'hui.»

Neuf membres devraient être nommés au sein de la commission. Les uns seraient des experts extérieurs au gouvernement, d'autres pouvant être des membres du Congrès, ont dit des responsables en précisant qu'elle comprendrait des républicains et des démocrates.

Les responsables ont précisé que Bush avait commencé à envisager la création d'une commission indépendante au début de la semaine et avait pris sa décision finale ce week-end.

Kay contre les frappes préventives

Cette commission présente un risque politique pour le président, qui a mis en jeu la crédibilité des États-Unis en ordonnant que l'Irak soit envahi sur la base de renseignements qui semblent aujourd'hui sujets à caution.

En lançant la guerre contre le régime de Saddam Hussein en mars 2003, Bush avait invoqué des renseignements selon lesquels l'Irak possédait des armes chimiques et biologiques et mettait alors au point des armes nucléaires.

David Kay, qui a démissionné en janvier de ses fonctions de chef des équipes de recherche des armements en Irak, a déclaré mercredi dernier devant une commission du Congrès: «Nous avons eu pratiquement tout faux» en présupposant que l'Irak disposait d'armes illicites.

La commission obtiendra un «large mandat» pour s'intéresser non seulement à l'Irak, mais aussi à d'autres dossiers touchant aux renseignements dans le monde entier, a déclaré un responsable. «La commission aura un accès total aux renseignements dont elle aura besoin pour effectuer une enquête approfondie et complète», a-t-il dit.

Le fait de renvoyer à après les élections de novembre la présentation des résultats de la commission risque fort de se heurter à la résistance des démocrates.

Pour le sénateur démocrate Jay Rockefeller, vice-président de la Commission des renseignements du Sénat, l'enquête doit se dérouler avant les élections de novembre et doit aborder la question de l'utilisation des renseignements par ceux qui ont décidé d'entrer en guerre. «Il faut que cela soit inclus. Et cela n'a toujours pas été réglé», s'est-il plaint.

De son côté, David Kay a estimé hier que les déficiences que présentent les renseignements sur l'Irak remettaient en question la politique de Bush de «frappes préventives» contre des pays considérés comme une menace pour les États-Unis.

«Si vous ne pouvez pas vous fier à des renseignements bons, exacts, crédibles aux yeux du peuple américain et aux autres à l'étranger, vous ne pouvez certainement pas adopter une politique de frappes préventives», a dit Kay hier sur la chaîne Fox News.