Uber défie Québec

Jean-Nicolas Guillemette, d'Uber, était entendu jeudi à la consultation sur le transport rémunéré de personnes par automobile.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Jean-Nicolas Guillemette, d'Uber, était entendu jeudi à la consultation sur le transport rémunéré de personnes par automobile.

Le dirigeant d’Uber Québec, Jean-Nicolas Guillemette, défie le gouvernement du Québec. Il reste sourd aux demandes du ministre des Transports, Jacques Daoust, de suspendre les activités de son service de taxi illégal Uber X. « Non, on ne cessera pas nos services. Notre responsabilité, c’est de continuer à servir la population du Québec », a tranché l’homme d’affaires jeudi soir, après avoir encaissé les critiques des élus participant à la consultation sur le transport rémunéré de personnes par automobile.

M. Daoust lui a notamment reproché de se « réjouir » de court-circuiter la législation québécoise. « On est dans une société de droit. Il y a des règles. Pourquoi vous acharnez-vous à ne pas les respecter ? » a-t-il lancé. Le ton était donné. Pendant 45 minutes, les élus — sauf celui de la Coalition avenir Québec — sont l’un après l’autre tombés à bras raccourcis sur M. Guillemette.

Le ministre libéral a sommé Uber Québec de respecter la loi, à défaut de quoi la compagnie sera exclue de la vaste consultation en cours. « Si vous voulez travailler à établir une réglementation, on va commencer par respecter celle qui existe. Après ça, s’il y a lieu de la modifier, on le fera ensemble. Un parlement, ça existe pour ça », a-t-il déclaré avec aplomb.

M. Guillemette a inlassablement répété vouloir dissiper le « flou juridique » autour des services d’Uber avec les élus de l’Assemblée nationale. « Il y a une loi pour le covoiturage. Il y a une loi pour le taxi. Ce qu’on considère qu’on fait, ce n’est ni du taxi ni du covoiturage. On appelle ça du covoiturage urbain », a-t-il insisté.

M. Daoust a roulé des yeux. « Vous ne cherchez pas une solution. Vous cherchez une confrontation et vous risquez de l’avoir », a-t-il fustigé. D’ailleurs, l’élu libéral a mis en garde M. Guillemette des risques associés à son attitude « inacceptable ». « Vous n’êtes pas celui qui va nous imposer le modèle. On va vous imposer le modèle. […] Je ne suis pas persuadé que vous allez l’aimer, vous savez », a-t-il lancé.

D’autre part, le ministre des Transports a « formellement » demandé jeudi au numéro un d’Uber Québec de lui soumettre le relevé de toutes les courses effectuées par les « partenaires-chauffeurs » d’Uber au fil des derniers mois. Il soupçonne l’entreprise, ou à tout le moins ses « partenaires-chauffeurs », d’avoir éludé une somme d’argent appréciable du fisc québécois.

M. Guillemette s’est dit du bout des lèvres « ouvert à des discussions » sur l’instauration de mesures accrues de traçabilité des montants versés à ses « partenaires-chauffeurs ». « On respecte toutes les lois fiscales qui sont en place au Canada et au Québec », a-t-il souligné à gros traits, accusant ceux prétendant le contraire de « désinformation ». Il n’a toutefois pas nié user de techniques d’évitement fiscal, et ce, à l’instar de « la plupart, voire la majorité, voire la totalité des grandes entreprises technologiques qui opèrent ici » : Facebook, Amazon, Kijiji, etc.

L’associé principal de Taxelco, Alexandre Taillefer, a évalué à quelque 20 millions de dollars le montant de taxes et d’impôts impayé par Uber depuis son arrivée sur les routes québécoises. Le « dragon » a aussi dénoncé la situation d’« esclavagisme » dans laquelle sont plongés les chauffeurs de cette compagnie de « taxi de contrebande ». « Il faut à un moment donné mettre le pied à terre, le poing sur la table. »

 

« Hors la loi »

La députée péquiste Martine Ouellet a dénoncé l’« attitude corporative hors la loi », assortie d’une bonne dose de mauvaise foi, des représentants d’Uber au Québec. L’auteur du projet de loi visant à contrer le taxi illégal a suggéré à M. Guillemette de s’informer des dédales judiciaires dans lesquels les dirigeants d’Uber France sont englués.

« Irez-vous en prison à la place des conducteurs qui seraient condamnés à des peines de prison ? » a poursuivi le député solidaire Amir Khadir, quelques heures à peine après avoir porté plainte notamment contre M. Guillemette auprès de la section des crimes économiques de la Sûreté du Québec. Le porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi (CPCDIT), Guy Chevrette, s’est indigné de la participation de dirigeants d’Uber en commission parlementaire. « Qu’est-ce que tu fais avec un voleur ? Tu ne le convoques pas en commission pour essayer de le légaliser. Un voleur, tu le cites en justice, tu [le condamnes à une sentence], tu attends la décision. C’est le monde à l’envers ».

L’ex-ministre a tenté de dissuader le gouvernement libéral de procéder à une « déréglementation » de l’industrie du taxi. « Quand on joue avec l’emploi des gens […] Vous allez envoyer 22 000 personnes sur le BS, vous ne vous attendez [certainement] pas à ce qu’ils se croisent les bras. […] Une déréglementation totale, ce serait complètement l’anarchie. »

M. Guillemette a dû traverser une « haie de la honte » érigée par des chauffeurs de taxi afin de quitter l’Hôtel du Parlement.

12 commentaires
  • Bruno Beaudoin - Abonné 19 février 2016 07 h 20

    Les voleurs en commssion

    .... Guy Chevrette, s’est indigné de la participation de dirigeants d’Uber en commission parlementaire. « Qu’est-ce que tu fais avec un voleur ? Tu ne le convoques pas en commission pour essayer de le légaliser. Un voleur, tu le cites en justice, tu [le condamnes à une sentence], tu attends la décision. C’est le monde à l’envers ».
    -> Je suppose que monsieur Chevrette ne parlait pas de la commission Charbonneau!

  • Gilles Delisle - Abonné 19 février 2016 08 h 09

    En France!

    Il y a quelques jours, dans un débat au Canal Savoir, un jeune francais racontait qu'à Paris, les dirigeants d'Uber ont été mis en "garde à vue", après 3 jours d'opératon! Cà refroidit les ardeurs.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 19 février 2016 08 h 39

    ils se prennent pour qui?

    C'est comme si une compagnie étrangère venait s'installer au Québec pour y vendre de l'alcool en se foutant totalement qu'ici la vente de l'alcool est gérée par la SAQ.

    • Louis Fallu - Abonné 19 février 2016 09 h 31

      La comparaison tient la route !

  • Sylvain Rivest - Inscrit 19 février 2016 09 h 24

    Des projets d'avenir?

    Uber va t-il se lancer dans la loterie aussi?
    Parce que on a déjà des règles au Québec en matière de loterie.

  • Jacques Morissette - Abonné 19 février 2016 09 h 50

    Le libre marché, ça n'existe pas ou ça ne dure pas longtemps.

    Uber voudrait bien déréglementer. Une fois bien installer, il reviendrait en arrière en disant on veut de la réglementation, à l'avantage d'Uber. Le libre marché ça n'existe pas, malgré toutes les prétentions du monde qui diraient le contraire. Même si en coulisse, les grosses entreprises transnationales font tout en leur pouvoir pour déréglementer les États. Uber en est un exemple flagrant, le porte drapeau donc de toutes les grosses entreprises transnationales voulant faire tomber les États.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 février 2016 15 h 38

      «Le libre marché, ça n'existe pas ou ça ne dure pas longtemps.»

      ???

      On vous oblige à être abonné au Devoir?

      Votre épicier est obligé d'acheter une licence de plusieurs centaines de milliers de $ pour avoir le droit de vous vendre de la nourriture ?

      Vous vous avez payé combien pour avoir le droit de travailler ?

    • Micheline Gagnon - Abonnée 20 février 2016 06 h 07

      Cela prend un permis de conduire? voyons donc, je m'accorde le droit de conduire sans permis. Permis pour vendre de l'alcool dans un restaurant, à quoi bon? J'installe un comptoir/restaurant à la porte d'un restaurant, sans permis; le restaurateur se plaint à tort, il est simplement contre le libre marché. Les compagnies de camionnage feraient appel aux chauffeurs d'Uber au lieu de leurs chauffeurs réguliers, un genre de vente aux enchères avec app, pourquoi pas? Déjà beaucoup de nos emplois se retrouvent ailleurs, va-t-on en plus jouer à la chaise musicale avec les emplois qu'on a ici???? Misère!