L’immigration et la langue française: assez, les voeux pieux!

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Les audiences sur le projet de loi 77 portant sur l’immigration au Québec se terminent cette semaine. Pour Partenaires pour un Québec français (PQF), l’élaboration d’une nouvelle loi était l’occasion attendue pour effectuer les révisions nécessaires en vue de favoriser une immigration en phase avec le développement social, économique et culturel du Québec.

Malheureusement, le projet de loi sur l’immigration comporte plusieurs zones d’ombre et contient un nombre important d’articles de loi dont les modalités d’application seront déterminées par règlements (34 en tout !). C’est donc dire qu’ils seront soustraits aux débats démocratiques de l’Assemblée nationale. De plus, le projet 77 a été déposé sans que les divers intervenants aient pu avoir préalablement accès à la nouvelle politique d’immigration qui aurait normalement dû baliser les éléments législatifs.

Outre ces angles morts, la mission de la nouvelle loi inquiète. Avec l’actuel gouvernement, un glissement s’opère vers une conception de l’immigration conçue comme un strict outil de recrutement de main-d’oeuvre. Comme en a témoigné à cet égard l’association Manufacturiers et exportateurs du Québec lors des audiences du projet de loi, nombre d’employeurs conçoivent l’immigration comme une source intarissable de travailleurs « clés en main », dont la francisation se produirait par processus spontané. Si nous sommes en accord avec le fait que l’immigration contribue au développement économique du Québec, nous croyons qu’il importe aussi d’assurer l’intégration des nouveaux arrivants à tous les aspects de la société québécoise.

L’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) dévoilait récemment que le Québec rate déjà tristement sa cible en matière de francisation. Alors que l’immigration se concentre à 86 % sur l’île de Montréal, 40 % des petites entreprises de la métropole exigent l’anglais pour tous leurs postes affichés et 31 % pour plusieurs de leurs postes. Encore à Montréal, la proportion d’individus travaillant dans le secteur privé généralement ou uniquement en français est passée de 62,5 % à 43,7 % entre 1997 et 2010. En 2010, seulement 12 % des travailleuses et des travailleurs utilisaient seulement le français au travail.

Nous nous serions attendu à ce que la nouvelle Loi sur l’immigration permette au gouvernement du Québec de faire en sorte que l’immigration favorise la pérennisation de la langue française.

Dans les faits, nous constatons que peu d’efforts sont mis en avant. Au contraire, le projet de loi reste timide quant à la maîtrise du français pour les catégories de travailleurs temporaires étrangers ainsi que pour les travailleurs économiques. De plus, il atrophie les responsabilités du ministre quant au maintien des programmes d’intégration et à la dispensation de services d’intégration linguistique.

Nous croyons que pour assurer la vitalité du français ainsi que l’intégration harmonieuse de nouveaux citoyens, le gouvernement du Québec doit faire plus. Il doit consacrer les efforts nécessaires pour vérifier que le critère du français comme langue d’usage est respecté lors du recrutement et de la sélection des immigrants.

De plus, les compensations financières offertes aux étudiantes et étudiants pour participer aux cours de francisation à temps plein devraient être bonifiées pour être plus attrayantes. Elles devraient aussi être offertes aux étudiantes et étudiants qui assistent aux cours de francisation donnés par les commissions scolaires. Pour les immigrants déjà en milieu de travail, les cours de francisation en entreprise offrent une avenue intéressante et adaptée aux nouveaux arrivants. Malheureusement, les coupes opérées par ce gouvernement libéral champion de l’austérité se conjuguent difficilement avec le besoin criant de développer une offre de cours accessible et adaptée.

Comme beaucoup de Québécoises et de Québécois, nous croyons que l’intégration des nouveaux immigrants à la société québécoise passe par la connaissance du français comme langue commune. Madame la Ministre, l’heure n’est plus aux voeux pieux, mais aux actions et aux mesures structurantes pour vitaliser le français. De nos rêves naît le possible !


* Ont signé ce texte : Daniel Boyer, président de la FTQ, Jacques Létourneau, président de la CSN, Louise Chabot, présidente de la CSQ, Lucie Martineau, présidente du SFPQ, Sylvain Mallette, président de la FAE, Antoine Côté, président de la FECQ, Maxime Laporte, président général de la SSJB, Martine Desjardins, présidente du MNQ, Christian Rivard, président du Mouvement Québec français, Pierre Graveline, directeur général de la Fondation Lionel-Groulx.
8 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 février 2016 04 h 07

    … FRANÇAIS ?

    « Madame la Ministre, l’heure n’est plus aux voeux pieux, mais aux actions et aux mesures structurantes pour vitaliser le français. De nos rêves naît le possible ! » (Collectif de présidences)

    Oui, mais si la Gouvernance actuelle refuse de rêver autrement qu’en « anglais » ;

    Ou, si le Peuple continue de mettre à la tête du Québec une Gouvernance pro-fédéraliste, et ;

    Si, des activités de l’immigration, on préfère apprendre la langue de Shakespear sans problème,

    Qu’adviendra-t-il du …

    … FRANÇAIS ? - 11 fév 2016 -

  • Georges Tremblay - Abonné 11 février 2016 04 h 48

    Une évidence dont personne ne parle.

    Derrière le recul du français à Montréal se cache le recul du pouvoir économique des francophones.
    Croyez vous que les propriétaires des commerces qui exigent l'anglais sont des francophones ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 février 2016 15 h 55

      Très souvent, j'imagine. On est assez colonisé pour ne pas vouloir obliger d'éventuels clients à parler notre patois ethnique.

  • Jacques Lamarche - Abonné 11 février 2016 05 h 52

    Tous doivent s'intégrer au Canada!

    Notre gouvernement est d'allégeance canadienne et agit comme tout autre gouvernement canadien. Sa façon de penser, à en juger par ses déclarations et positions, épouse celle du reste of Canada.

    Les immigrants qui s'installent au Québec arrivent au Canada! Ils s'intègreront au Québec comme tous les autres qui s'intallent en Ontarion ou en Alberta! Ils apprendront l'anglais, comme nous-mêmes l'avons fait!

    Leur intégration va de pair avec notre propre assimilation! Et notre gouvernement n'y voit aucune raison d'inquiétude, aucun motif pour lancer de grandes opérations! Il est porté à voir dans l'agitation de la sensiblerie, de la nostalgie et ou la haute stratégie pour combattre son idéologie!

    Le PLQ est en-tête dans les sondages! La polulation partage suffisamment son point de vue pour le convaincre de rester bien sage!

    L'information et les perceptions sont bien différentes selon le territoire où l'on vit , selon le journal que l'on lit! A l'ouest de Montréal, c'est un autre pays, autour de Québec une colonie qui lorgne du côté des Etats-Unis! Là où Gesca règne en roi ou que Radio-Canada fait la loi, ce qui crée l'émoi parmi les lecteurs du journal Le Devoir, les gens ne le savent même pas! Ou n'y croient pas!

    Le Québec perd petit à petit les leviers qui lui permettraient de bondir et de réagir! Il est en voie d'être muselé! La désinformation explique en grande partie cette apathie généralisée qui nous rend tristes et frustrés!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 11 février 2016 06 h 02

    L'anglicisation de Montréal est indéniable

    Dans une étude publiée en 2013 sous le titre de ‘Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011’, je révélais que le pourcentage de Francophones avait régressé d’un pour cent sur l’ile de Montréal et également d’un pour cent dans l’ensemble de la région métropolitaine et ce, en seulement cinq ans.

    Ce déclin annonce la disparition du français au Québec à moyen terme. Sous un seul critique (que personne ne connait) le déclin sera irréversible et final.

    On ne peut pas accepter un demi-million de Néoquébécois par décennie qui choisissent de s’angliciser à 60% (selon Statistique Canada) sans que cela constitue un bouleversement démographique dans une province à 80% francophone.

    Donc je remercie les signataires de cette lettre et je souhaite (sans grand espoir, dois-je l’avouer) que leur cri du coeur sera entendu, sinon de notre gouvernement de Vichy national, du moins des lecteurs du Devoir.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 11 février 2016 10 h 28

      M Martel,excellent commentaire.Aussi j aime bien votre expresion "de notre gouvernement de Vichy"pour qualifier le gouv.Couillard et ses collabo:ses ministres et les Chambres de Commerce .Sans parler de ceux qui avalent les mievreries que l on fait dire au gentil Justin. J-P.Grise

    • Gilles Théberge - Abonné 11 février 2016 11 h 14

      Et notre seul espoir sérieux PKP croupit dans les sondages.

      Nous n'avons que peu de chances de pouvoir inverser le courant.

      Ce gouvernement est sourd à l'appel des auteurs de cette lettre, et il le restera!

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 11 février 2016 18 h 51

    Un début

    Je soumet que l'immigration effrénée est en train (si ce n'est déjà fait) de nous faire perdre notre pays. Avec une immigration galopante dont une trop grande proportion n’arrive pas à s’intégrer à la majorité francophone du Québec, on assiste actuellement au début d’un ethnocide, d’un génocide culturel.

    Plus de 50% des allophones vont au cégep et à l’université en anglais, et commencent ainsi leur vie sociale et adulte en anglais : la meilleure recette pour qu’ils restent anglophones le reste de leurs jours! Alors, avec plus de 50 000 nouveaux immigrants par année, proportionnellement plus que tout autre pays qui n’est même pas menacé de survie, et dont 60 % ne parlent pas français et ne veulent pas l’apprendre, la tendance est très inquiétante pour le peuple québécois francophone.

    Si, et seulement si on a besoin d’immigrants, ce qui n’est pas prouvé, on devrait aller les chercher dans des pays aux cultures et traditions plus près des nôtres, comme par exemple les Européens de souche latine ou encore de Sud-Américains. Et commencer par attirer ici les francophones hors-Québec. Quand on voit le fiasco de l’immigration non-intégrée en Europe, on est en droit d’être très sélectifs et circonspects ici au Québec.


    L’une des causes du déclin du français à Montréal est l’immigration incontrôlée de personnes qui ne s’intègrent pas à la majorité francophone, mais qui s’intègrent à la minorité anglophone.

    Il y a un parti au Québec qui s'accommode très bien de cela, le parti libéral, qui va chercher la majorité de son appui électoral chez les anglophones et les allophones, et qui arrive au pouvoir grâce à la division des francophones. C'est démocratique, mais c'est suicidaire pour le Québec français.


    Nous avons pleinement le droit d'être et de demeurer ce que nous sommes. Les Québécois ont le droit d’être différents des autres peuples, ni meilleurs ni pires, comme tous les autres pays ou nations qui ont des langues et des cultures qui leur sont propres.