Cafouillage immobilier coûteux au CUSM

Les bureaux administratifs n’ont pas été intégrés dans le tout nouveau CUSM.
Photo: Jean Gagnon / CC Les bureaux administratifs n’ont pas été intégrés dans le tout nouveau CUSM.

Depuis dix ans, le CUSM paie des millions par année pour loger ses innombrables cadres dans un immeuble au centre-ville de Montréal. Mais à quelques mois de l’échéance de ce bail, qui n’était pas conforme, le CUSM n’arrive pas à trouver un endroit où déménager, ayant même annulé le dernier appel d’offres faute de soumissions intéressantes, a appris Le Devoir.

Le CUSM estime qu’il en coûte moins cher de procéder à une nouvelle location dans un immeuble commercial que de loger dans le tout nouvel hôpital. Mais on prévoit déjà une dépense de 14 millions liée aux frais de déménagements.

En 2005, sous la direction d’Arthur Porter, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a signé un bail pour prendre possession de treize étages dans une tour du 2155, rue Guy, pour loger ses cadres. Ces bureaux administratifs ont été « loués sans appel d’offres et, pour une partie importante, sans les autorisations requises », rappelait l’accompagnateur spécial du CUSM, Michel Bureau, dans un rapport daté d’avril 2015.

Devant tant d’irrégularités, celui-ci recommandait donc au CUSM de « réévaluer » les besoins en matière d’espace administratif et de déménager le 30 novembre 2016, date à laquelle le bail arrivait à échéance.

Appel d’offres annulé

Le CUSM a pris du retard dans ses démarches pour réimplanter ses bureaux administratifs. En effet, l’accompagnateur prévoyait que le nouveau bail « devrait être signé tôt à l’automne 2015 ». Mais ce n’est que le 26 octobre que le CUSM a lancé l’appel d’offres. Pis encore, l’appel d’offres n’a pas été concluant et a dû être annulé le 12 janvier. « Aucune des soumissions n’était conforme aux exigences du devis », explique la porte-parole du CUSM, Elizabeth McPhedran, dans une réponse envoyée par courriel.

Impossible de connaître le nombre de soumissionnaires ou ce qui clochait avec les devis présentés. Impossible également de savoir ce que fera le CUSM. Fera-t-il un nouvel appel d’offres ? Prolongera-t-il son bail au 2155 de la rue Guy ? « Les prochaines étapes concernant l’espace administratif du CUSM sont en cours de discussion », se contente de répondre Mme McPhedran.

Les délais commencent toutefois à être serrés, puisque l’appel d’offres original prévoyait que le CUSM puisse avoir accès aux nouveaux locaux « au plus tard le 1er mai 2016 ». Le directeur des communications du CUSM, Richard Fahey, refuse de dire s’il sera possible d’emménager dans les délais prévus. « Ça fait partie du processus d’approvisionnement, ça dépend de la disponibilité de locaux à Montréal ; là-dessus, je ne peux pas répondre à ce moment-ci tant que les appels d’offres n’auront pas été réalisés. »

L’idée d’un déménagement était de réévaluer à la baisse l’espace nécessaire et de faire des économies. En matière de superficie, l’appel d’offres en exige une minimale d’un peu plus de 14 000 mètres carrés, contre 17 000 mètres carrés pour les bureaux administratifs de la Tour Guy. « C’est 3000 mètres carrés de moins — presque trois étages —, c’est quand même considérable [comme différence] », répond le porte-parole du CUSM, Richard Fahey.

Ce dernier a refusé de préciser le prix du loyer de la tour de bureaux de la rue Guy, dirigeant Le Devoir vers la Loi sur l’accès à l’information. Un calcul rapide permet toutefois d’avancer que le loyer annuel avoisine les 4 millions, puisque le rapport de Michel Bureau précise que le loyer allait passer cette année de 22 à 25 $ le pied carré.

Une avance de 14 millions

Le montant économisé à la suite d’un déménagement « dépendra du résultat de l’appel d’offres », ajoutent les porte-parole du CUSM. Mais déjà, on prévoit qu’il faudra investir 14 millions pour assumer les frais de déménagement, et ce, avant même de pouvoir emménager dans les nouveaux locaux. L’appel d’offres prévoit par ailleurs que cet argent doive être avancé par le fournisseur de services au CUSM lors de la signature du bail et qu’il sera remboursé par le centre hospitalier à même son loyer des quinze prochaines années. Cette « allocation financière » doit servir à « couvrir les coûts anticipés du projet tels que les travaux d’aménagements, les honoraires professionnels, les infrastructures de télécommunications et d’informatique, le déménagement et le mobilier de bureau », précise l’appel d’offres, qui fait près d’une centaine de pages.

« Au-delà de la situation particulière du CUSM, dans la location d’espaces commerciaux, on fait généralement un bail à l’intérieur duquel il y a un montant pour l’aménagement des locaux, précise M. Fahey. Le loyer inclut donc un investissement initial pour la configuration des locaux. C’est comme ça que l’appel d’offres a été bâti. Que ce soit un chiffre X ou Y, c’est le concept de l’allocation pour l’aménagement des espaces locatifs. »

Questionné sur la somme importante que cela représente, sur la façon dont elle a été évaluée, de même que sur la possibilité de réaliser des économies malgré cet investissement initial, M. Fahey s’en tient à la ligne officielle : « Le processus d’approvisionnement est encore en cours. Je ne peux pas le commenter parce que ça influence une soumission présente passée ou future. L’objectif, c’est de trouver des locaux disponibles pour le 1er décembre et de laisser le processus d’approvisionnement suivre son cours, et les soumissionnaires ont le loisir de faire des propositions à leur guise. »

Quant à savoir pourquoi les bureaux administratifs n’ont pas été intégrés dans le tout nouveau CUSM, construit au coût de 1,3 milliard, M. Fahey répond que « le coût au mètre carré est beaucoup plus grand dans un hôpital que dans un édifice commercial ».

14 millions
Montant nécessaire pour assumer les frais de ce déménagement, et ce, avant même de pouvoir emménager dans les nouveaux locaux
5 commentaires
  • Daniel Lemieux - Abonné 27 janvier 2016 05 h 55

    Les PPP de Jean Charest et Monique Jérôme-Forget

    Se trouve-t-il quelqu'un(e) aujourd'hui pour répondre de ces choix désastreux mis en place sous l'ère Charest ?

    Le Klondike promis aux investisseurs s'est avéré ardu et semé d'embûches, et les profits astronomiques n'étant pas au rendez-vous, il était alors prévisible que les intérêts privés se retireraient des projets.

    Permettre au privé de s'immiscer dans les établissements publics de santé n'était pas une bonne idée, nombreuses étaient les réserves des gens du milieu.

    Fidèles à leurs habitudes, nos élus du PLQ ont procédé sans réserve.
    Un autre gâchis du PLQ au pouvoir.

  • William Dufort - Abonné 27 janvier 2016 08 h 43

    Le cancer des gestionnaires

    J'ai beaucoup de difficulté à comprendre pourquoi le CUSM a besoin de 13 étages de gestionnaires qui n'ont pas besoin d'être sur les lieux de l'établissement pour faire leur travail.

  • Robert Beauchamp - Abonné 27 janvier 2016 09 h 23

    L'austérité?

    Cela coûte moins cher de louer un immeuble pour loger les cadres que d'avoir à les loger au CUSM. Trouvez l'erreur. Mais qui était ministre de la santé en 2005? Que dit le ministre actuel le maître des coupures en santé? Il serait plus que temps que vous interveniez à ces donneurs de leçons qui avaient pourtant la réputation d'être parmi les meilleurs gestionnaires. Vous devez intervenir.

    • Danielle Houle - Inscrite 27 janvier 2016 10 h 31

      Pour répondre à votre question, si je ne me trompe, Couillard était ministre de la santé en 2005 - un grand ami du regretté Arthur Porter. Je dis "regretté" parce qu'on regrette qu'il soit parti avant de vider son sac au sujet des bisbilles de Couillard.

  • Benoit Thibault - Abonné 27 janvier 2016 09 h 51

    Les coûts dans un centre hospitalier sont plus cher, mais..

    ... mais, il aurait été plus aisé de construire un édficie purement administratif, c.a.d beaucoup moins couteux environ 1500$/mc versus 4000$/mc pour un centre hospitalier sur le terrain et à des coûts très comparables à ce qu'il y a sur le marché.

    À ces coûts de location s'ajoute les frais de déplacement et sans doute de multiples autres frais tels que des raccordements réseaux! Tout cela aurait été nettement réduit dans un édifice administratif sur le terrain du CUSM.