Vers une nouvelle stratégie pour le «pays»

Le chef d’Option nationale, Sol Zanetti
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef d’Option nationale, Sol Zanetti

La stratégie des Catalans pour accéder à l’indépendance inspire le jeune parti Option nationale (ON), qui veut en finir avec l’étapisme mis de l’avant depuis quatre décennies par le Parti québécois.

La petite formation indépendantiste, fondée par Jean-Martin Aussant, s’apprête à adopter une nouvelle stratégie dans l’espoir de fonder le « pays » du Québec : la tenue d’une élection référendaire, la rédaction de la Constitution du pays québécois par l’ensemble de la société civile et la tenue d’un référendum sur la Constitution à la toute fin du processus.

« Les Catalans ont le meilleur des deux mondes : ils rompent avec l’étapisme et ils ont un projet démocratique. S’ils font l’indépendance, ce sera par le peuple, et non par un parti politique », dit Sol Zanetti, chef d’Option nationale.

Le petit parti, considéré comme « l’avant-garde du mouvement indépendantiste », doit débattre de ce changement de cap le week-end prochain, lors de son congrès annuel qui aura lieu à Québec. La commission politique d’ON, appuyée par le chef, proposera cette solution qui vise à « mettre fin à l’ambiguïté du Parti québécois ».

En entrevue avec Le Devoir, Sol Zanetti ne s’en cache pas : il dit souhaiter que le Parti québécois et Québec solidaire s’inspirent eux aussi de la stratégie catalane.

La coalition souverainiste de cette région d’Espagne a pris le pouvoir en septembre dernier avec 47,8 % des voix en promettant de mettre en branle le processus d’accession à l’indépendance. Il s’agissait d’une élection référendaire : un vote pour un parti souverainiste était un vote sans équivoque pour l’indépendance, rappelle Sol Zanetti.

Plutôt que de promettre la tenue d’un référendum sur la souveraineté, la coalition Junts pel Sí (« Ensemble pour le Oui ») s’est engagée à mettre sur pied une assemblée constituante chargée de rédiger la Constitution de la Catalogne indépendante. Le nouveau président catalan, Carles Puigdemont, a promis de soumettre cette Constitution à un référendum en 2017.

« Le référendum vient à la fin du processus plutôt qu’au début, souligne Sol Zanetti. Les gens se prononceront sur un régime politique qui serait meilleur et plus démocratique que celui qu’ils ont actuellement. »

Pour lui, il s’agit d’une rupture avec l’étapisme prôné depuis quatre décennies par le PQ, sous l’impulsion de Claude Morin. « Le Parti québécois dit : “ Votez pour nous, ça ne veut pas nécessairement dire l’indépendance du Québec, on va vous consulter là-dessus. ” Il faut mettre fin à cette ambiguïté », dit le chef d’ON.

Un pas à la fois

Avec ce congrès, la jeune formation compte franchir un pas de plus vers la maturité. Option nationale se veut un parti résolument indépendantiste. L’ancien député péquiste Jean-Martin Aussant a fondé le parti en 2011 après avoir claqué la porte du Parti québécois, qu’il jugeait ambigu sur la question de l’indépendance. Malgré un succès d’estime, notamment auprès des jeunes — et de Jacques Parizeau, qui appuyait le parti —, ON n’a jamais dépassé la barre de 1,89 % des voix lors d’une élection.

À son congrès de la fin de semaine prochaine, la jeune formation doit aussi proposer le développement d’une politique du numérique pour le Québec. ON compte prendre position en faveur du logiciel libre, de la neutralité du Web — en opposition à la commercialisation, qui donne la priorité aux riches entreprises qui ont les moyens de payer pour figurer en tête de liste dans les moteurs de recherche —, et de l’enseignement de la programmation dans les écoles publiques, entre autres.

23 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 27 janvier 2016 06 h 02

    Option nationale : Pourquoi dédoubler le programme de Québec Solidaire?

    «S’ils font l’indépendance, ce sera par le peuple, et non par un parti politique » - Sol Zanetti

    C'est exactement ce que propose Québec Solidaire avec une Assemblée constituante citoyenne, non partisane soutenue par 50 millions d'argent public. Soit écrire et adopter une constitution, suivie d'un référendum sur l'indépendance politique du Québec.

    Mais que fait donc Option nationale à prendre un paquets d'idées et de valeurs de Québec Solidaire sans jamais s'y joindre?

    - CM

    • Colette Pagé - Inscrite 27 janvier 2016 11 h 10

      Se pourrait-il que QS rejète tout projet d'alliance aussi bien avec ON qu'avec le PQ ? Ces socialistes purs et durs qui détiennent la vérité préfèrent rester un parti minoritaire limité à la région de Montréal.

    • Normand Bianchi - Inscrit 27 janvier 2016 11 h 51

      Vous proposez à ON de se joindre à QS, un parti de 3 députés, à Montréal. C'est clair que c'est QS qui bloque actuellement toute entente entre les partis indépendantistes. Voter QS, c'est mettre le PLQ au pouvoir.

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 janvier 2016 13 h 43

      «Se pourrait-il que QS rejète tout projet d'alliance aussi bien avec ON»-Claude Gélinas

      1) Apprenez qu'il y a «déjà» eu une alliance électorale entre QS et ON, alors que QS n'a pas présenté de candidat contre Jean-Martin Aussant et qu'ON n'a pas présenté de candidats contre Françoise David.

      2) C'est Option nationale qui a toujours rejeté QS en médisant sur le fait que nous n'étions pas de véritables souvevainistes, alors que nous sommes, et depuis longtemps, le seul parti de l'Assemblée nationale à garantir un référendum dans un premier mandat.

      S'il y a des «purs et durs» comme vous dites, ils sont bien d'avantage du côté des irréductible de la question nationale, et non du côté de Québec Solidaire.

      - CM

    • Michaël Lessard - Abonné 27 janvier 2016 13 h 58

      S'il vous plaît, mettons de côté nos émotions partisanes. Je suis de QS, mais je vais plutôt me réjouir que ON et QS peuvent s'unir sur un projet concret.

      On ne va pas aider le PQ dans le vide : QS va créer une alliance uniquement autour d'un projet concret, comme celui-ci.

      Merci

    • Luc Bertrand - Abonné 28 janvier 2016 01 h 15

      Monsieur Montmarquette, c'est tout simplement parce que QS et ON ne s'entendent tout simplement pas sur la priorité accordée à l'indépendance pour arriver au projet de société que nous voulons offrir aux Québécois(e)s. À voir les solidaires parler et agir, vous préféreriez gouverner la province de Québec sans avoir de prise sur les politiques imposées par Ottawa que de voir le Québec devenir souverain avec la possibilité d'être gouverné par un parti prônant des politiques de droite.

      Justement, nous, chez ON, considérons la réalisation de l'indépendance comme prérequis absolu au contrôle des politiques gouvernementales. C'est le seul moyen d'éviter des situations comme nous avons vécues, sous le règne fédéral de Stephen Harper entre 2011 et 2015, où le Québec était impuissant, malgré 59 député(e)s de gauche sur 75, à infléchir les politiques imposées par le gouvernement conservateur. Contrairement à notre statut de province où nous ne détenons que 22% des sièges à Ottawa, les Québécois(e)s, dans un Québec souverain, seraient les SEUL(E)S à décider des politiques qui s'appliquent sur leur territoire. Finis, donc, les possibilités de projet de pipeline comme Trans-Canada qui pourraient être imposés sur notre territoire par un organisme extérieur sans l'accord de l'Assemblée nationale et des Québécois(e)s.

      Au lieu d'entretenir des chicanes de clocher, vous devriez vous réjouir qu'il y ait un début de convergence entre les partis "indépendantistes" et enfin un espoir d'empêcher le PLQ d'être réélu, en 2018, par défaut de s'entendre entre nous!

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles

    • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2016 10 h 23

      "Finis, donc, les possibilités de projet de pipeline comme Trans-Canada qui pourraient être imposés sur notre territoire par un organisme extérieur sans l'accord de l'Assemblée nationale et des Québécois(e)s."

      En utilisant notre juridiction actuelle, nous pourrions sérieusement entraver ce projet, voire le bloquer. Question de volonté politique. Comme en Colombie-Britannique.

      Mieux vaut faire ceci le plus tôt possible plutôt que d’attendre un Grand Soir qui ne viendra peut-être pas.

  • Jacques Lamarche - Inscrit 27 janvier 2016 06 h 10

    Pourquoi pas?

    Depuis plus de quarante ans, la démarche souverainiste proposée par le PQ a échoué! Mais peu s'en fallut pour triompher! Cette voie semble aujourd'hui bloquée, les forces usées, la confiance ébranlée! Et l'adversaire de mieux en mieux armé!

    Pourquoi ne pas changer de voie, de vocabulaire, de soldats? Ou espérons l'union de toutes les factions!

    Et que dire de cette proposition portant sur les nouveaux paramètres du numérique pour freiner la publicité sur le WEB et le flot de propagande qui en découle - laquelle n'en a que pour les valeurs de la société marchande! Elle suppose une autre culture et une autre vision de l'avenir!

    Bonne chance, M. Zanetti!

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 27 janvier 2016 07 h 19

    Enfin.

    Voilà une approche au but qui ne niaise pas avec le "puck"!!Je vais monter à Québec
    pour participer à votre congrès.

    • Luc Bertrand - Abonné 27 janvier 2016 23 h 01

      Vous êtes tout à fait bienvenu à participer à ce congrès historique, monsieur Guillotte. Croyez-moi, plusieurs membres porteurs de cette nouvelle approche ont travaillé fort, en investissant toutes les instances du parti, jusqu'au Conseil national et la Commission politique, pour accoucher de cette proposition.

      Cette stratégie avait été proposée au Parti québécois lors du congrès national de 2005, mais les ténors du parti, incluant Bernard Landry, l'ont fait battre sur le plancher du congrès, ne voulant pas déroger du sacro-saint référendum. Jean-Claude St-André avait été l'unique candidat de la course à la succession de Bernard Landry, qui avait refusé son vote de confiance à 76,2% et claqué la porte au parti, à promouvoir cette approche, mais les membres lui ont préféré André Boisclair, avec les résultats que l'on sait.

      Jean-Martin Aussant, de son côté, a lui-même intervenu, au congrès d'ON de mars 2013, pour faire battre cette approche défendue par le politologue Denis Monière. Il a usé de mauvaise foi et de démagogie pour justifier ce rejet, prétextant qu'on ne pouvait "séparer" le Québec du Canada avec un appui de 30% (Pauline Marois et le PQ avaient pourtant échoué à obtenir un gouvernement majoritaire avec 32% des voix), qu'il fallait conserver le référendum pour obtenir la reconnaissance internationale (la Slovaquie et le Kosovo l'avaient pourtant obtenue sans référendum) et qu'on ne "corrigeait pas une injustice par une autre injustice" (une position pusillanime et candide face à notre réalité historique et parlementaire qui a permis à Londres et Ottawa de nous faire passer de 95% de la population à 22% de 1763 à 2016).

      Avec l'échec référendaire des Écossais et l'exemple en cours de la Catalogne, le contexte est probablement plus favorable cette année, Denis Monière présidant la Commission politique et la proposition recevant l'aval du chef, Sol Zanetti.

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 janvier 2016 08 h 43

    Répéter l'erreur du Budget de l'an un du PQ

    Au cours des deux référendums québécois, personne n’a demandé de voir la future Constitution du Québec avant de voter.

    Pour le mouvement indépendantiste, il est imprudent de risquer que la stratégie de la future campagne référendaire dérape au sujet d’un obscur article d’un texte constitutionnel hypothétique et répéter ainsi l’erreur du « Budget de l’an 1 » du Parti Québécois.

    D’où vient cette manie de créer des vulnérabilités inutilement ? De toute évidence, certains indépendantistes ne tirent jamais de leçon des erreurs du passé.

    • Luc Bertrand - Abonné 27 janvier 2016 23 h 18

      Monsieur Martel, ce sera au peuple québécois lui-même de définir ses institutions démocratiques et publiques, son régime politique, les fondements de sa démocratie, ses principes et valeurs fondamentales. L'assemblée constituante sera formée de citoyens ordinaires, représentatifs des régions et de la démographie québécoise, indépendants des partis politiques et autres lobbies particuliers. Il serait difficilement envisageable que le peuple québécois vote ainsi contre lui-même en refusant sa première constitution écrite par lui-même pour lui-même.

      Ce référendum opposera véritablement le droit du peuple québécois à son autodétermination à la légitimité du cadre constitutionnel canadien, qui a été conçu sans consultation de la population ni l'accord du gouvernement du Québec.

      La démocratie ne suppose-t-elle pas que la souveraineté du peuple passe avant celle de ses élu(e)s?

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles

  • Daniel Raunet - Inscrit 27 janvier 2016 09 h 53

    Les contradictions d'Option nationale

    La démarche de Sol Zanetti et de Québec solidaire semblent comparables, puisque l'assemblée constituante serait désormais ouverte à «l'ensemble de la société civile» et pas uniquement aux seuls indépendantistes et que seul un référendum final scellerait le destin indépendant du Québec. Je note toutefois que deux différences majeures subsistent. D'abord, le programme de QS parle d'une assemblée constituante élue au suffrage universel. La version ON ne me semble pas offrir de telle garantie démocratique, conservant un certain flou par rapport à la position du PQ qui, lui, ferait nommer les membres de sa Constituante par sa majorité parlementaire à l'Assemblée nationale. Mais surtout, dans sa plateforme (http://www.optionnationale.org/la-plateforme/1-pou, Option nationale prévoit toujours que dès le lendemain de son élection, un gouvernement oniste agirait en gouvernement souverain (prédominance des lois de l'Assemblée nationale sur celles du Canada, rapatriement des impôts, etc.). Ce qui laisse une contradiction flagrante dans la démarche de ce parti : quand le peuple québécois se prononcera-t-il sur l'indépendance, aux prochaines élections ou bien plus tard, à l'issue d'un référendum sur la souveraineté et une nouvelle constitution ?

    • Luc Bertrand - Abonné 27 janvier 2016 23 h 47

      Votre dernière question est tout à fait pertinente et légitime, monsieur Raunet. Elle a d'ailleurs été discutée au congrès régional d'ON Montréal.

      Il a été proposé que le moment de la déclaration d'indépendance dépendrait du verdict populaire lors de l'élection - référendaire - de 2018.

      Si Option nationale formait un gouvernement majoritaire (seul ou en coalition avec d'autres partis indépendantistes) avec la pluralité combinée des voix (50% + 1 voix), l'Assemblée nationale pourrait proclamer l'indépendance du Québec. Le référendum ultérieur ne porterait uniquement que sur la constitution populaire rédigée par l'assemblée constituante convoquée par l'Assemblée nationale. Il ne remettrait pas en cause le nouveau statut de pays souverain;

      Si ON formait également ce gouvernement majoritaire (à nouveau, seul ou en coalition avec le PQ, QS et le PI), mais SANS la majorité combinée des voix, l'objet du référendum ci-dessus porterait à la fois sur la constitution et le statut de pays. Une majorité absolue (50% + 1 voix) conférerait à l'Assemblée nationale la légitimité de déclarer le Québec indépendant du Canada.

      Si ON ne pouvait former qu'un gouvernement minoritaire, il devra négocier avec les autres partis la possibilité de convoquer l'assemblée constituante et la tenue du référendum sur la constitution populaire et le statut de pays. En cas d'échec, le gouvernement oniste minoritaire chercherait à gouverner du mieux possible la province en attendant la tenue de l'élection suivante.

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles