Le «moi» pluriel

Une scène tirée de «Moi&lesAutres» 
Photo: Lumanessence Photography Une scène tirée de «Moi&lesAutres» 

Dans l’intitulé « Moi&lesAutres », toutes les lettres sont collées et le « moi », pluriel. Ici, la Otra Orilla explore les multiples formes du rapport à cet autre qui peut être aussi bien homme, femme, musique ou tout autre objet de création. Menée par la danseuse-chorégraphe Myriam Allard et le chanteur-artiste pluridisciplinaire Hedi Graja, la troupe montréalaise offre, dans une coprésentation de Danse Danse et de la Place des Arts, huit représentations de son nouveau spectacle à la Cinquième Salle à compter de ce mercredi. Sur scène, en plus des deux chorégraphes de la Otra Orilla : la guitariste-compositrice Caroline Planté et le percussionniste Miguel Medina. Rendez-vous avec un flamenco libre, hybride et décloisonné.

« On est allé apprendre le flamenco dans la plus pure orthodoxie à Séville, puis on a commencé à faire un travail de création, explique Hedi Graja. On s’est demandé comment faire du flamenco, mais en sortant de tous les réflexes de mimétisme. On a essayé de se laisser le plus de marge de liberté, tout en sachant qu’on vient du flamenco. » Myriam Allard renchérit : « On fait aussi au Lion d’Or des formats cabaret qui sont plus traditionnels, mais à Danse Danse, on se permet un gros travail de mise en scène, de conceptualisation. On se sert du flamenco pour développer une thématique, alors que dans un spectacle traditionnel, c’est du flamenco pour du flamenco. »

La relation à l’autre

Tous les aspects scéniques, de la musique à la danse et au décor, appuient donc une idée, un concept. Dans Moi&lesAutres, on traite de la relation à l’autre et on crée les éléments visuels qui la représentent, loin des jupes à volants et de plusieurs autres codes de la tradition. Mais quelle est la nature de cette relation entre le « moi » et « les autres » ? « Par moments, le protagoniste change. Le “ moi ”, ce n’est pas toujours Myriam, ça peut être aussi Caro, Miguel, Hedi ; ça peut être la musique qui devient le centre, répond Myriam Allard. On utilise le corps des musiciens comme faisant partie de la chorégraphie. Il y a cette idée du “ moi ” qui est changeant, ce qui nous permet de nous jouer de ce côté du flamenco où tout le monde va dans une direction. »

Y a-t-il dans chaque tableau à la fois le flamenco et cette volonté de s’en dégager ? « Je pense que oui », affirme la danseuse-chorégraphe. « Ma formation, c’est vraiment le flamenco, mais à un moment, ça devient très particulier à mon corps. Je suis très grande et longiligne, ce qui fait que les gens qui ont ma forme de corps sont des hommes. J’ai été obligée de trouver assez rapidement ma façon de bouger. »

Comme un aigle

On a dit d’elle qu’elle pivote comme un général et qu’elle fonce comme un aigle. On a parlé de son instinct et de son raffinement. Dans Moi&lesAutres, elle dansera sur la musique de Caroline Planté, qui a fait paraître en 2010 l’excellent 8 Reflexiones, premier album de flamenco de l’histoire qui aura été entièrement composé et interprété par une femme. Un flamenco interprété avec grande sensibilité et qui s’éloigne aussi de ses codes. Hedi Graja évoque la trame sonore de Caroline Planté : « Sa musique, par moments, était composée un peu comme on compose de la musique à l’image, comme de l’illustration sonore, des ambiances. Dans la pièce, il y a des moments où elle joue, mais elle incarne plus un personnage, un état d’âme. La musique vient juste appuyer un tableau, plutôt que de porter systématiquement une énergie comme c’est le cas du flamenco traditionnel. »

Hedi Graja est un chanteur à la voix de baryton, à l’inverse des ténors que l’on retrouve habituellement dans le flamenco, mais lorsqu’il chante, c’est du pur et dur. Quant à Miguel Medina, il jouera palmas, cajon et batterie. En bougeant lui aussi, comme dans un solo de danse… à quatre.

Moi&lesAutres

La Otra Orilla. À la Cinquième Salle de la Place des Arts. Du 27 au 30 janvier et du 3 au 6 février à 20 h. Rencontre postspectacle avec les artistes le 29 janvier et le 5 février. Renseignements : 514 842-2112.