Objets - Écrin malin pour tartiner sans effort

Beurriers bretons découverts chez Manureva.
Photo: Jacques Grenier Beurriers bretons découverts chez Manureva.

S'il est un objet de table qui fait un malheur au Québec depuis quelques années, c'est assurément le beurrier breton. Un objet simple, en terre cuite ou en porcelaine, qui donne au beurre l'avantage de se conserver et de se tartiner sans effort. On l'a découvert un soir de tempête du côté de Quimper, en Bretagne, et aujourd'hui, on le fabrique ici comme ailleurs.

Dans les temps immémoriaux, le beurre aura été une guerre Nord-Sud. Au Moyen Âge, le nord de l'Europe commença à utiliser le beurre alors que le sud utilisait l'huile d'olive. Les Normands, les Germains, les Flamands et les Danois voyaient déjà dans la vache la possibilité de faire avec le lait un produit qui donnait d'excellents résultats. On inventa en même temps le beurrier pour le conserver et la tinette (tonneau de bois) pour le transporter. En ajoutant plus ou moins de sel, la conservation était plus ou moins longue.

Pendant ce temps, au sud, le beurre était considéré par l'Église comme un produit à l'avantage des barbares ou des peuples sans grande moralité. Le beurre et le beurrier étaient vus comme capables de prodiguer des instincts de luxure ou de favoriser des hardiesses coquines.

Dans son Quart-Livre, Rabelais nota, lorsque Pantagruel rompit les Andouilles jusqu'aux genoux, qu'une certaine donzelle était assez belle, grande et grasse pour y emplir un pot beurrier.

Dans ce Sud alors puritain, on utilisait pour cuisiner l'huile d'olive ou de noix, le lard ou le saindoux à des fins de recettes de soupes ou de viandes mitonnées, qu'on retrouve dans les premiers livres culinaires, au début du XIVe siècle.

L'Église permit peu à peu l'usage du beurre les jours maigres et il fallut attendre le XVIIe siècle pour le voir triompher, surtout dans les recettes de sauces. Et c'est au XVIIIe siècle que le beurre fut considéré comme un véritable ami de la gastronomie. Il y eut encore quelques réticences, comme l'illustre cette phrase: la cuisine du Périgord est sans beurre et sans reproche... ou, plus récemment: le beurre demi-sel, c'est celui qu'on retrouve dans les livres de messe.

Pourtant, des provinces françaises utilisaient le beurre sans l'avis du prêtre, notamment la Bretagne et la Normandie. Et c'est ainsi qu'on développa tous les moyens pour conserver ce corps gras. De la baratte en bois au beurrier, le Breton se montra le plus malin. On dit que le beurrier breton trouva son origine du côté de Quimper, un soir de tempête. Cependant, que c'eût été un marin pris avec sa cargaison de beurre ou la femme du marin aux prises avec l'absence de frigo pendant ses longues attentes, l'histoire ne le dit pas.

On sait simplement que le beurre salé est connu depuis des lustres ici, pour la profusion de sel à prix dérisoire sur place, échappant ainsi à la coûteuse gabelle (impôt sur le sel).

Le beurrier breton est une invention très simple. Un contenant circulaire empli à moitié d'eau froide où on glisse un contenant de circonférence un peu moins grande, percé d'un ou de plusieurs trous adossés à un couvercle. Dans ce dernier, on place avec force le beurre légèrement mou jusqu'aux rebords. On trempe le second contenant dans le premier et le beurre se garde des semaines et des semaines, sans prendre un goût ou une odeur désagréables.

Dernier avantage: celui de pouvoir tartiner sans effort le beurre resté tendre. On conseille bien sûr de changer l'eau une fois par semaine.

En Bretagne, du côté de Quimper, le beurrier breton est souvent fait de porcelaine, avec des motifs dessinés à la main qui donnent dans le marin dansant, la bigoudaine endiablée ou le paysage océanique, criques et falaises à l'appui. On retrouve également des faïences où les bleus des motifs donnent au beurrier un air d'antan. Des légendes du pays beurrier y sont également ajoutées, comme celle selon laquelle on devait donner aux visiteurs d'un soir du beurre sur du pain, qu'on appelait le beurre d'accueil.

Chaque famille ou village avait des sceaux pour marquer le beurre, représentant une vache, une fleur ou un bateau. Dans la version beurrier normand, c'est absolument le même système, mais en terre cuite, de couleur terre foncée ou ocre. Pour les voyageurs, c'est du côté de Noron-La-Poterie qu'on en retrouve le plus, à quelques encablures de Saint-Lô, en Normandie.

Mais aujourd'hui, il n'est pas nécessaire de faire un voyage celtique ou de connaître un importateur privé pour pouvoir obtenir ce beurrier fortement tendance.

Au Québec, une multitude de potiers et de céramistes ont ajouté le beurrier breton dans leurs collections respectives. Il a ici l'avantage de respecter les mêmes règles de conservation mais de ne pas s'enfermer dans l'imagerie de la carte postale bretonne.

De forme ronde, carrée ou ovale, ces pots beurriers déclinent les inspirations de nos potiers d'ici. Avec une même tendance: celle de la conservation.

Repères

Les Touilleurs
152, rue Laurier
(514) 278-0008

Manureva
5141, boulevard Saint-Laurent
(514) 948-1717